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« Un homme sans volonté » : Marc Desaubliaux interroge l’ennui de l’existence

« Un homme sans volonté » : Marc Desaubliaux interroge l’ennui de l’existence

Le 24 janvier dernier, paraissait aux éditions Des auteurs des livres le 7ème roman d’un auteur habitué à interroger l’intime, et les préoccupations des individus. Avec Un homme sans volonté, Marc Desaubliaux aborde une thématique viscérale : la recherche de soi et la quête de sens. En somme, l’existence. Solitude, attente, ennui : il fait ici le récit d’un homme qui refuse de se battre, sans volonté. Rencontre avec l’auteur.

Psychopathe machiavélique, père de famille reconverti en baron de la drogue, les anti-héros sont nombreux. Ils n’entrent pas dans les clous du héros classique aux qualités morales irréprochables et pourtant, on ne peut que les aimer. Sur le papier, Louis n’a rien pour plaire. Il est paumé, mal à l’aise dans sa vie, a un penchant pour la violence et se complaît dans une certaine souffrance – familière. Il s’ennuie. Il rêve d’une vie qu’il ne vivra jamais. Il est le grand oublié de cette histoire, tout en en étant le héros, dit Marc Desaubliaux. Ce personnage, au profil atypique, est peu présent en littérature.

Louis, un anti-héros proche de son auteur

On sent ici d’ailleurs, tout au long du récit, que l’auteur s’est attaché à décrire un profil psychologique détaillé de son héros Louis. Il nous confie qu’il avait « un point de départ sans avoir une ligne d’arrivée » et que Louis a échoué « là où son imagination d’auteur l’a conduit. » Un homme sans volonté, qui ne sait pas ce qu’il veut, qui ne prend jamais de décision, qui n’ira jamais au bout de son talent pour la peinture. Un anti-héros pour qui on a forcément de la compassion. Quant à Louis, il n’est même pas profondément malheureux et s’accommode finalement bien de cette vie.

Si l’auteur décrit très bien Louis, il ne sait cependant pas pourquoi il est comme ça… Et étrangement, Marc Desaubliaux nous avoue qu’il a lui-même beaucoup de mal à s’exprimer en profondeur. La coïncidence est troublante. Et si le récit était quelque peu autobiographique ? L’auteur a fait carrière dans la fonction publique, après être passé rapidement sur les bancs de l’ENA, et c’est en s’ennuyant qu’il commence à s’intéresser à la musique, puis à l’écriture. Louis pourrait donc être une sorte de nostalgie du temps perdu. En tout cas, contrairement à lui, Marc Desaubliaux n’est pas passé à deux doigts de son talent pour l’écriture.

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L’insoutenable questionnement de l’existence

« Je m’ennuie depuis toujours (…) Alors je fais l’acteur et j’attends… La solitude… Et la pire, celle qui sera toujours la même au moment de mourir… ». La première page du roman est déconcertante. Une question existentielle – toujours la même, nous plonge dans une sorte de malaise : pourquoi vivre et se donner tant de mal alors qu’on meurt à la fin ? Une question qui fait partie des thèmes de prédilection de l’auteur : la vie, la mort, la quête de sens, la recherche de soi.

Non seulement cette recherche de soi n’est pas évidente, mais elle serait, selon l’auteur, biaisée par un fort déterminisme social. À plusieurs reprises dans le récit, Marc Desaubliaux parle de la détermination de la vie qui consisterait à remplir des cases. L’exemple est flagrant au sujet de l’avenir de François : « finir tranquillement ses études de droit, reprendre la charge familiale d’agent de change ; un mariage et des enfants forcément beaux et intelligents, une vie heureuse et paisible entre Paris et Chézy, des réceptions, des chasses… ». Comme si tout était écrit. Mais l’auteur parle aussi de généalogie psychanalytique, selon laquelle les événements, traumatismes, secrets et conflits vécus par les ascendants d’un individu conditionnent troubles, comportements et maladies des individus. Avec Louis, on cerne bien le poids du bagage familial dans la construction de l’identité.

Quant à la manière de meubler sa vie, l’auteur n’apporte guère de réponses. Il souligne toutefois qu’il a été inspiré par Henry de Montherlant, selon lequel on ne progresse qu’à travers des crises. La question de l’existence reste insoutenable. En tout cas, c’est peut-être avant tout une lutte contre l’ennui qu’il faut mener de front, même si l’on ne sait pas ce que l’on deviendra. Comme le destin de Louis, entre les mains d’un auteur qui ne sait pas vraiment ce que son héros devient, une fois le roman accouché.

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