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Odieux Boby, le photographe le plus irrévérencieux de sa génération

Odieux Boby, le photographe le plus irrévérencieux de sa génération

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Sous son bob et derrière sa grosse barbe rousse se cache Boris Allin, plus communément connu sous le charmant pseudo de Odieux Boby.

C’est probablement l’un des photo-journalistes les plus sarcastiques et talentueux de sa génération. À l’aise pour couvrir les nombreuses (violentes) manifestations qui se sont déroulées depuis 2019 – quitte à se prendre du gaz lacrymo – autant que pour photographier les mannequins et autres célébrités lors du défilé Chanel ou partir en tournée avec Deluxe et Bigflo et Oli, il navigue entre ces différents univers tel « un poisson dans l’eau ».

Ses images pour Libération livrent un témoignage choc des maux de notre société et de ses fractures. Malgré des images puissantes, historiques et parfois graves, Odieux Boby a également à cœur d’y apporter de la beauté, comme pour contrebalancer la violence d’un monde, parfois hors de contrôle et que l’on ne comprend plus. Enfin, au même titre que le message et l’information transmis par ses photos, l’irrévérence, qui semble être l’un de ses moteurs et traits de personnalité, est tout aussi importante dans son travail.

Rencontre avec Boby, un photographe aux convictions affirmées, fervent supporter de l’Olympique de Marseille, qui n’a pas la langue dans sa poche, ne craint pas de déplaire et se moque bien du politiquement correct.

Pendant les manifestations des gilets jaunes, en décembre 2019
Anoussa : Salut Boris ! Pourquoi avoir choisi ce pseudo Odieux Boby ?

Boby : C’est marrant parce qu’on m’a posé cette question hier. A l’époque, avec ce pseudo, j’essayais de me faire insulter par les mecs d’extrême droite qui débattaient sur Internet, pour pouvoir les signaler et les faire virer. Aussi, au collège, on était tous à fond dans le rock, on avait tous pris des noms américains. Boris – Boby, je trouvais que ça marchait bien. C’est resté. Mes parents m’appellent Boby maintenant. Je suis un peu sentimental, j’aime bien garder les choses.

A. : Tu as un diplôme en journalisme presse écrite. Comment es-tu passé de la presse écrite à la photo ?

B. : Au lycée, je savais que je voulais devenir journaliste pour la presse écrite, mais je ne savais pas si je voulais être journaliste politique ou musical. C’était ce que j’adorais le plus. J’ai rencontré un journaliste qui m’a dit que je devais acquérir le plus d’expérience possible et le plus rapidement. J’ai donc créé un blog de musique. J’ai commencé à écrire des chroniques d’albums et de concerts. Je me suis rendu compte que s’il n’y avait pas d’images, les gens s’en foutaient. J’ai ensuite acheté un appareil photo premier prix pour faire des photos de concerts. Un jour, le site Concert & Co m’a contacté pour que j’écrive des chroniques en échange d’accréditations aux concerts. Forcément, j’étais comme un fou. Le premier concert pour lequel j’ai été accrédité, c’était avec Tryo. Ça me semblait illusoire d’arriver à un concert et d’avoir un billet à mon nom. À la base, la photo était un moyen pour que les gens viennent lire mon blog.

 

Ensuite, à la fac, je me suis spécialisé en presse écrite. En dernière année, il y a eu les présidentielles de 2012 que j’ai beaucoup suivies. J’écrivais et faisais les photos. Mais, je me suis rendu compte qu’il était impossible de faire correctement les 2. À la fin des présidentielles, naïvement, je me suis dit que la photo me rapporterait le plus d’argent et me demanderait le moins d’effort. Et, c’est comme ça que je me suis lancé dans la photo.

A. : Tu travailles pour le journal Libération depuis 6/7 ans. Comment votre collaboration est-elle née  ?

B. : Ça a été de la chance. À l’époque, je faisais déjà des portraits et des photos de presse pour des artistes. Quelques mois après mon arrivée à Paris, j’ai reçu un appel de Tess Raimbeau (ndlr : iconographe de Libération) qui cherchait quelqu’un pour faire le portrait du rappeur Médine au Havre.

 

L’histoire est folle. Mon train pour le Havre avait été annulé. J’étais un peu en panique. Tess avait perdu son téléphone la veille, je ne pouvais prévenir personne d’autre à Libération. Mon portable était cassé. J’ai emprunté un portable à un mec qui était dans la queue de la SNCF pour essayer de trouver un numéro à la rédaction de Libération. Ma cousine m’a prêté sa voiture. En roulant très vite, je pouvais arriver à l’heure au Havre. J’ai roulé à 160 sur l’autoroute, la fenêtre de la voiture ne fermait plus, on était en janvier et il faisait très froid, c’était l’enfer. En arrivant chez le barbier, je suis tombé sur le mec qui m’avait prêté son téléphone à la gare, qui était un journaliste néerlandais venu aussi pour faire un portrait de Médine. C’était fou ! Ce portrait a eu beaucoup de succès au sein de Libération et a été un peu ma porte d’entrée. Pendant 6 mois, on m’en a beaucoup parlé. Libération n’était pas un objectif. Je rêvais de travailler pour l’AFP. Au final, Libération m’a vraiment ouvert sur autre chose et a été le déclencheur.

Le rappeur Médine, chez le barbier, au Havre
A. :  Dernièrement, tu as couvert de nombreuses manifestations (les gilets jaunes, la loi Travail, la loi Sécurité). Comment ça se passe sur le terrain ? Comment travailles-tu ?

B. : Même si la rédaction de Libération me donne des angles à couvrir, je suis un peu comme un poisson dans l’eau, je me laisse guider par ce qu’il se passe, par la manière dont la manif se déroule. J’aime bien chercher des angles différents. J’essaie de prendre le contrechamp mais c’est compliqué parce qu’il y a beaucoup de gens et de photographes dans les manifs. C’est un challenge d’obtenir quelque chose de différent. Je suis content quand j’arrive à voir quelque chose que personne n’a vu. C’est là où je suis le plus ravi.

A. : En ayant assisté à toutes ces manifestations, quel est ton point de vue sur le climat ambiant et pesant du moment ? Qu’est ce que ça dit sur l’état de notre société ?

B. : On dit souvent que les Français ne sont pas résilients. Mais depuis 1 an, on voit que c’est tout le contraire. Quand c’est vraiment important et urgent, on sait respecter les règles et mettre nos envies personnelles de côté. Il suffit de voir la manière dont le confinement et le couvre-feu sont respectés. Il y a 1 an, personne ne penserait que les Français resteraient 3 mois chez eux sans bouger.

 

Ce qui est un peu plus inquiétant, c’est qu’on a essayé de nous vendre un nouveau monde qui devait faire barrage au Front National. Mais dans les faits, c’est hallucinant de voir Gérald Darmanin prendre une leçon de religion par Marine Le Pen (ndlr : lors du débat du 11 février 2021 sur France 2). J’ai l’impression que le gouvernement a fait sauter toutes les digues. À chaque fois, ce sont des problèmes assez mineurs qui reviennent. Depuis quelques jours, on tourne en boucle sur l’islamo-gauchisme dans les universités mais à mon humble avis, les jeunes qui sont actuellement en précarité et qui font la queue pour avoir un panier repas est un problème plus préoccupant que celui de l’islamo-gauchisme rêvé par Frédérique Vidal.

A. : Quel est ton avis sur les violences policières ?

B. : J’ai fait un reportage d’une journée avec la police. Ça m’a fait bizarre de voir la manif depuis un seul angle de rue. Généralement, je bouge et j’ai une vue assez globale de ce qu’il se passe et je comprends les mécanismes et les raisons pour lesquelles ça peut ou non dégénérer. La police ne voit qu’un bout de la manif. Si ça pète 3 rues avant et que ça arrive sur eux, ils sont sur les nerfs parce qu’ils ne comprennent pas ce qu’il leur arrive. C’est assez paradoxal d’avoir une seule vue mais ça m’a permis de mieux les comprendre.

 

Il y a toujours eu des violences policières dans les manifs, mais aujourd’hui, on peut davantage les filmer avec les portables. Pendant les gilets jaunes, il y a eu plus d’une cinquantaine de photo journalistes qui ont été blessés sur l’ensemble des actes. Ce sont des chiffres inédits. Tous les policiers ne sont pas concernés, bien sûr, mais dans les manifs, c’est assez symptomatique.

A. : Comment expliques-tu la défiance persistante qui existe à l’égard de la police ?

B. : Malheureusement, il n’y a aucun contre-pouvoir à la police. Il y a vraiment un gros problème au niveau de l’IGPN. Elle a beau être saisie, aucune sanction n’est prononcée. Pendant l’acte III des gilets jaunes, j’étais dans le Burger King (ndlr : une quinzaine de CRS ont violemment frappé plusieurs manifestants, dont certains allongés, et quelques journalistes). Il y a toutes les vidéos de surveillance, les témoignages des journalistes, Martin Colombet (ndlr : également photographe pour Libération) et moi avons témoigné 2 fois à l’IGPN. Ça va faire 2 ans que l’enquête traîne. On attend toujours. Si ça avait été n’importe qui d’autre, il aurait déjà été identifié et placé en comparution immédiate. Il y a deux poids, deux mesures et c’est très problématique. Ces différences de traitement entraînent encore plus de haine et de radicalisation chez les gens. C’est un cercle vicieux. Le rapport de force n’est pas équitable.

Pendant les manifestations des gilets jaunes, en décembre 2019
A. : As-tu assisté à des scènes qui t’ont particulièrement marqué ?

B. : Pendant l’acte III des gilets jaunes, j’ai vraiment eu l’impression de photographier l’Histoire. Quand je suis allé dans l’Arc de Triomphe, c’était un moment que je ne comprenais pas. Les statues étaient explosées, des gens non cagoulés volaient des puzzles dans la boutique de souvenirs. C’était assez fou et c’est l’une des rares fois où je me suis dit qu’il se passait quelque chose d’historique, où j’ai vu la police être repoussée dans ses retranchements.

À l’intérieur de l’Arc de Triomphe, lors de l’acte III des gilets jaunes, en décembre 2019
A. : As-tu des principes auxquels tu ne dérogeras jamais ?

B. : À Libération, la règle est de ne pas publier de photo non floutée. On n’est pas des policiers, on n’est pas là pour permettre à la police d’incarcérer les gens. Si je publie des photos non floutées et que la police s’en sert, les manifestants vont me chopper et je ne pourrai plus témoigner et faire ces photos. Travailler de cette manière me permet de protéger mes sources. Le plus important est de faire des photos et de témoigner par ce moyen. On est spectateurs. On n’est pas là pour interférer avec l’action mais pour l’immortaliser et la rapporter. Je mets un point d’honneur à ne pas toucher à l’action qui se déroule.

A. : As-tu photographié des images fortes que tu as refusé de publier parce qu’elles étaient trop choquantes ou auraient pu porter préjudice  ?

B. :  Pendant l’acte III, j’ai fait une photo d’un flic à terre sur le point de se faire taper par des mecs dont on voyait les visages. Je ne l’ai pas envoyée à Libération. On n’a pas besoin de voir les visages ou la violence pour que ça soit une bonne photo. Par exemple, quand il y a un feu, tout le monde va photographier le feu mais les photographes de Libération préfèrent faire une photo du feu qui passe à travers un arbre plutôt que de la voiture en feu.

A. : Qu’est ce qui est le plus compliqué dans le photo-journalisme  ?

B. : Pour les manifs, c’est pas compliqué. C’est comme si tu allais au Flunch, il y a un buffet à volonté et tu n’as plus qu’à te servir. En photo-reportage, tu dois ramener des images quoi qu’il arrive, tu es soumis à tellement de paramètres : les gens qui sont sur place, la lumière, l’action qui se déroule. Au final, tu as toujours un moyen de trouver un truc. Tu as des recettes qui marchent : des plans proches, des portraits… Le reportage se constitue sur un ensemble. À chaque fois, j’essaie d’avoir une photo forte comme un rappeur qui aurait une grosse punchline. Pour moi, le portrait est le plus dur. Ça dépend de la relation que tu as avec la personne. C’est un combat assez psychologique.

A. : Qu’est ce qui fait un bon photo-journaliste  ?

B. : C’est quelqu’un qui essaie d’avoir des images différentes des autres et qui essaie de rester honnête. Il y a de plus en plus, dans la photo, une recherche d’esthétisme contrairement à la télé. Amener de l’esthétisme est aussi une bonne façon d’apporter de l’information, d’intéresser les gens qui n’ont pas forcément l’envie ou la démarche de s’y intéresser. C’est souvent quelque chose qui revient dans mes publications sur Instagram. L’esthétisme doit être aussi important que le message.

 

J’avais posté les photos de l’évacuation des camps de migrants à République, en novembre 2020. J’ai été étonné par le nombre de fans de Bigflo et Oli qui les ont repartagées. Ça m’a vraiment réjoui de les voir s’intéresser à autre chose et d’être aussi sensibles à une cause qui n’est pas celle pour laquelle ils me suivent. Je pense que l’esthétisme des photos a largement contribué à ce qu’ils soient touchés par ces images.

L’évacuation des camps de migrants de la place de la République, en novembre 2020
A. : Dirais-tu qu’il y a une patte Odieux Boby ?

B. : Ma maman dirait oui ! À chaque fois qu’elle voit une de mes photos dans les médias ou sur Instagram, elle sait qu’elle est de moi avant que mon crédit soit mentionné. Je pense qu’on peut l’expliquer par la façon dont je retouche, dont je prends les photos. J’aime avoir des premiers plans un peu flous. J’utilise souvent un bouchon de parfum transparent que je mets devant l’objectif pour que ça fasse des flares, des flous pour habiller l’image. J’essaie aussi d’avoir une touche d’irrévérence, un ton sarcastique, ce qui est le plus dur. Il faut de la beauté, de l’irrévérence et de l’information. Quand t’as une belle photo, informative et drôle, c’est le jackpot !

A. : Comment as-tu travaillé ta technique  ?

B. : Il n’y a pas de secret. Plus tu travailles, plus tu apprends des choses. Au tout début, je prenais tout et n’importe quoi en photos. Le week-end, sur la terrasse de mes parents, je jetais des trucs dans du lait que j’avais versé dans des tasses. Je faisais des photos des splash pour apprendre à photographier rapidement, travailler la vitesse et le sens du cadre. Faire des photos de concerts dans des petites salles est formateur parce que la lumière n’est pas forte et bouge tout le temps. Depuis que j’ai commencé, je n’ai jamais arrêté de pratiquer et d’apprendre plein de choses. Je me remets souvent en question. Avant publication, j’envoie souvent mes photos à Tess, qui a un regard assez acerbe et n’hésite pas à me dire si c’est moyen, à mes parents, à ma copine, à mes potes. J’aime bien avoir leurs avis. Pour le reportage sur l’antenne 4G de Orange en pleine neige, je n’étais pas sûr de vouloir publier les photos, c’est ma copine qui m’y a incité. Il faut écouter les gens qui t’entourent. Avoir plusieurs avis différents et être ouvert à la critique te permet de t’améliorer.

A. : Dans l’interview avec Goledzinowski, il a dit qu’il aimait « être le témoin de gens qui sont en train de se réaliser« . De qui serais-tu le témoin ?

B. : J’ai vu Bigflo et Oli réaliser leur plus grand rêve qui était de remplir le stade de leur ville. C’était quelque chose de fabuleux. J’aime aussi voir mes stagiaires se réaliser. Quand je vois l’évolution de ma première stagiaire Emma Birski, c’est hallucinant. Elle est trop forte et ça fait plaisir. À la fin du confinement, j’ai pris une autre stagiaire pendant 1 mois, Marie Flament. On s’est tellement bien entendus que maintenant, c’est un peu mon assistante. En 6 mois, elle a eu une évolution assez marquante sur ses photos. Elle commence à aller sur des clips, faire ses propres trucs, chercher des images différentes, développer cette recherche des petits détails qui font sourire. C’est intéressant de voir qu’on peut influencer d’autres personnes, de les voir prendre leur envol et le chemin qu’ils vont suivre.

A. : Tu côtoies plusieurs univers : les manifestations, la mode, la musique, le luxe. Qu’est ce qui te plaît dans cette diversité ?

B. : J’aime bien être un couteau-suisse. Ce qui me plait, c’est de voir des choses différentes. Je suis très curieux, je pose toujours des questions, je suis très intéressé par tout, j’ai envie de tout savoir et de tout voir. Bigflo et Oli m’avaient donné le surnom de Curioso. J’aime que ma semaine commence par un défilé Chanel, enchaîner avec un portrait d’un artiste et finir par une manif’ au milieu des gens qui vivent dans une grande précarité. C’est intéressant de voir toutes les facettes du monde, d’avoir accès à des choses auxquelles je n’aurais pas forcément eu accès si je n’avais pas été photographe.

Benoît Poelvoorde, dans un hôtel bruxellois, en 2019
A. : D’où te vient cette curiosité  ?

B. : Mes parents m’ont inculqué ça quand j’étais petit. Tous les week-ends, on allait dans des musées, on visitait des églises. Ils m’ont intéressé à plein de choses et c’est resté. Si on n’est pas curieux, si on n’a pas envie de savoir et de pousser les portes, c’est difficile de faire ce métier. La curiosité est très importante et centrale. Je n’ai pas une grande culture photographique, je suis assez inculte. Mais, je suis cultivé sur tout le reste. J’essaie d’apporter tout le reste de ma culture dans la photo, en m’inspirant des films, de l’architecture, du design, de la télé. Je suis un grand consommateur de télé bien que je trouve les reportages moches. Voir de mauvais exemples me donne d’autres idées pour m’améliorer.

A. : J’imagine que tu appréhendes ton travail de manière différente selon ce que tu photographies…

B. : Je suis quelqu’un qui trouve les trucs au dernier moment. On me laisse pas mal de marge de manœuvre. Bizarrement, je suis plus stressé pour faire une pochette d’album alors qu’il y a plus de préparation en amont. C’est peut-être parce que j’en fais moins et que l’enjeu est plus grand. Je me demande si tout va bien marcher. En reportage, tu dois contenter ta rédaction alors qu’un artiste, ça peut parfois être un peu plus compliqué.

La photo de la pochette de Meilleure vie, le dernier album de Jérémy Frérot, prise dans un atelier de restauration de bateaux
A. : Tu n’hésites pas à dénoncer ce qui te déplait sur Instagram. Les derniers à avoir subi tes foudres sont les JRI (Journalistes Reporters d’Images) …

B. : Comme les JRI ont des grosses caméras, ils s’imposent, poussent tout le monde et se mettent devant sans faire attention aux autres journalistes. Pendant le reportage sur la campagne de vaccination dans un village, les infirmières volontaires qui étaient en train de vacciner se sont senties oppressées. J’ai reçu des messages, y compris de la part de JRI, qui étaient d’accord avec mon propos.

 

Il y a un décalage entre mon reportage et ce que je vois à la télé. En terme d’esthétisme, ce qu’ils ont fait est immonde. Alors que dans le gymnase du village, il y avait une lumière de dingue, des ombres magnifiques, un beau soleil ; tu n’as pas besoin de rajouter une lumière artificielle. Ça fait partie des choses auxquelles il ne faut pas toucher. Pour obtenir des images naturelles et intéressantes, il faut savoir se faire oublier. Il y a une photo d’une infirmière qui rhabille un monsieur d’un certain âge. C’était un moment tendre et touchant voire, peut-être, plus important que la vaccination. Par rapport à la défiance qui existe à l’égard des vaccins, c’est joli, rassurant et important de montrer ce genre d’images.

A. : Y a-t-il un évènement que tu aurais voulu couvrir  ?

B. : J’aurais kiffé photographier le Capitole ! J’ai été assez déçu quand j’ai vu les images qui sont sorties. Il y a eu beaucoup de photos grand angle, qui sont moins dans le registre que j’aime, sans parti pris et sans réel recherche d’esthétisme alors que ça avait l’air d’être fou. Ils étaient tous armés, avec plein de drapeaux. C’est un peu présomptueux mais je pense que si j’y avais été avec d’autres photographes de Libération (Martin Colombet, Marie Rouge et Cyril Zannettacci), on n’aurait pas eu les mêmes photos. Mais, on ne travaille pas de la même façon. On utilise tous des focales fixes, du 35mm ou 50mm, ce qui nous oblige à être proche du sujet.

 

Mon rêve serait de photographier Iggy Pop habillé en pape pour faire Iggy Pope. Ça serait extraordinaire ! J’aimerais aussi photographier Gérard Depardieu, mais la vraie raison est que j’adorerais boire et faire un dîner dantesque avec lui et passer quelques jours dans sa maison pour photographier son intérieur.

A. : Qu’est ce qui te plaît le plus dans la photo  ?

B. : Je ne suis pas un maniaque mais voir que tout s’aligne bien – l’attitude, la lumière, le cadre, le flare que je vais mettre devant – est extrêmement satisfaisant, c’est l’extase pour moi. J’aime aussi voir l’impact de la photo sur les gens.

A. : Tu as été bassiste dans un groupe. Tu écoutes quoi en ce moment  ?

B. : C’est parce que j’étais mauvais bassiste que je suis devenu bon photographe. J’écoute le dernier album de Miley Cyrus et de Lady Gaga, Deportivo, un des meilleurs groupes de rock français qui a une énergie folle, Last Train, Fianso qui a de bonnes punchlines, les Libertines, les 2 derniers morceaux de La Femme (Cool Colorado et Paradigme), Bonnie Tyler, The Clash, Miossec, Jul, Tame Impala (Lost in Yesterday est un morceau parfait). Et, je m’endors beaucoup en écoutant Radiohead. Le spectre est assez large parce que j’ai beaucoup écouté Nostalgie quand j’étais petit – alors que tout le monde écoutait NRJ ou Skyrock – il y avait un mélange de rock, de disco et de variété française. Même mes parents se foutaient de moi en me disant que j’étais un petit vieux.

A. : On arrive à la fin de notre interview et à notre question signature. Quelle est ta définition d’un artiste  ?

B. : C’est quelqu’un qui ressemble à un branleur, qui donne l’impression d’être un branleur mais qui au final est un gigantesque travailleur. Je pense que cette définition correspond à beaucoup d’artistes que j’ai côtoyé et correspond aussi un peu à ce que je suis. On a parfois l’impression que je suis un branleur, alors que derrière, ça charbonne dur !

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