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Rencontre avec Oete, le Soulages de la pop française

Rencontre avec Oete, le Soulages de la pop française

Marin Woisard

Armes et Paillettes, son premier album, a conquis la France au cours d’une tournée passée par les festivals les plus illustres. On retrouve le brillant chanteur flingueur, Oete, en plein été, lors de son passage aux Francos de la Rochelle.

Au saut de son live aux Francofolies de la Rochelle, on retrouve Oete. Un midi en terrasse qui ressemble à un petit déjeuner. Café fumant et jus détox. Incandescente, la table en fer forgé où l’on se cache du soleil sous un parasol, comme les douces brûlures de son premier album, Armes & Paillettes.

Quel signe du destin de retrouver Oete à quelques jours de la fermeture d’Arty Magazine. Nous qui, orgueil éditorial, étions les premiers à soutenir son premier single, La tête pleine. Puis, les terrasses à Pigalle où l’on voguait la nuit pleine avec le poète au p oublié – comme certains de nos souvenirs parisiens. Depuis, l’artiste a inscrit sa poésie partout, de chevrotines brillantes sur les scènes de France, dans les cœurs de milliers d’émotifs anonymes.

Au premier virage de sa carrière promise à tous les superlatifs, Oete fait avec nous le bilan de sa première tournée passée par les Francofolies, où les terrasses pigalloises ont été délocalisées le temps d’un entretien en bas des remparts de la cité rochelaise.

Marin : Salut Oete, comment tu vas ? J’ai l’impression que le soleil des Francos te fait du bien.

Oete : Il est très doux, il tape un peu sur la tête mais ça va. 

M. : Des soleils, tu as eu l’occasion d’en voir de nombreux pendant ta tournée, passée par les Solidays, Rencontres & Racines et bientôt le Paléo Festival. Comment évolue ton live au fur et à mesure ?

O. : On a fait une résidence pour créer ce live avant de partir en festival, j’avais envie de quelque chose de hyper minimaliste. On a bossé avec Bénédicte Lelay, contributrice au Chantier des Francos. Je suis content de la mise en scène que l’on a réussi à trouver, notamment en réduisant les lumières pour trouver quelque chose de très brutaliste.

M. : Tu es indirectement un enfant de La Rochelle, puisque tu es passé par Le Chantier des Francos, le dispositif d’accompagnement scénique des Francofolies de la Rochelle. Comment cette expérience formatrice s’est passée ?

O. :J’ai eu un Chantier des Francos assez particulier parce que j’étais en tournée au printemps, du coup j’ai travaillé depuis Paris. Ils sont venus me voir sur le tour, ce qui a créé un échange constructif et enrichissant. C’était génial de faire ces concerts et d’avoir des retours en direct : « Tiens, tel élément a évolué, et cet élément aussi. »

M. : Quelles étaient tes références pour construire ce live « brutaliste » ?

O. :J’ai passé deux ans à regarder beaucoup de concerts, au rythme de trois par semaine. Donc j’ai mangé du live, quoi. Je ne savais pas ce que je voulais, mais je savais surtout ce que je ne voulais pas. C’est comme ça que j’ai pu voir que je n’aimais pas les lumières, sauf quand elles étaient rouges et blanches.

M. : Il y a un peu de bleu, aussi ?

O. :C’est un blanc travaillé, mais c’est du blanc. Ne me dis pas qu’il y a de bleu, je vais engueuler ma lighteuse (rires).

M. : Et il y a les praticables…

O. : On a choisi une scénographie que l’on puisse emmener dans tous les festivals sans que cela ne demande de transport, c’est pour ça qu’on a choisi l’option des praticables. Tu les alignes à trois, de manière très géométrique et précise, et au milieu, mon énergie vient casser toutes ces lignes-là.

Oete en guitare paillettes aux Étoiles © Louis Comar pour Pop & Shot
M. : Ces espaces ne sont pas du tout hermétiques, les corps s’y croisent régulièrement dans un ballet entre chanteur et musiciens.

O. : C’était important que toutes ces énergies puissent se rencontrer, parce qu’on a eu peur de s’enfermer dans un carcan quand on s’est mis sur les praticables. J’ai envie d’aller voir ma claviériste ou mon guitariste selon les moments. Ça venait apporter de la dramaturgie au live, quitte à diriger directement le sujet des chansons sur eux.

M. : Ces énergies évoluent, ou la scénographie est vouée à rester figée pour la tournée ?

O. : Ça évolue tout le temps, de festival en festival, et même réécrire plus loin pour la prochaine tournée.

M. : Ce qui est étonnant c’est de te voir avec tes musiciens en tenues noires, dans un ensemble harmonisé qui est peu courant dans la musique pop, d’autant que l’on vous attendait en scintillant avec ton album qui s’appelle Armes et Paillettes. Tu as remisé les paillettes au placard ?

O. : Je suis un peu en transition entre mon premier album et ce que je suis en train d’écrire pour la suite. Il y a déjà trois nouvelles chansons inédites qui ont intégré le live. J’avais aussi la volonté que l’on porte quelque chose d’hyper sobre, soit fondamentalement trois costumes noirs, qui dénotent parce que ce sont des shorts et non des pantalons. Aussi, j’avais envie que mes musiciens puissent avoir des tenues de travail. C’est drôle, parce que j’ai l’impression que ça a créé du lien entre nous trois, le fait qu’on soit habillés tous pareils.

M. : Forcément tu me parles de tes trois nouveaux morceaux, j’ai envie que tu me parles de la suite… À quelle direction s’attendre ?

O. : C’est la suite logique de ce que j’ai pu faire avec Armes et Paillettes, qui était la réconciliation entre l’adolescent et l’enfant, et maintenant je suis dans une période de soulagement très intense. D’apaisement très intense. C’est ce que raconte mes nouvelles chansons. Par exemple, mon nouveau morceau Feu Rouge raconte mon choix de partir de province pour aller à Paris.

M. : Et en terme d’esthétique musicale ?

O. : Ça j’y travaille encore, c’est au stade d’exploration.

M. : Tes rêves pour la suite, en terme de live ?

O. : J’ai de très grandes idées de scénographie…

La serveuse nous interrompt : « Il y a un détox et un expresso. Est-ce que vous prendrez du sucre monsieur ? » Ding ding, les soucoupes sur la table en fer forgé. Je ne sais plus si l’on doit prendre à manger ; s’il y a petit déjeuner ou déjeuner ; un lendemain de soir de festival. Ce sera un cheesecake.

M. : On en était aux grands rêves…

O. : Tu vois Mylène Farmer ? Je rêve de ça. Tout a un sens malgré la démesure, c’est réfléchi pendant des heures.

M. : Pour ma dernière question, tu as le droit à l’emblématique signature d’Arty Magazine : quelle est ta définition d’un artiste ?

O. : Pierre Soulages dit que « l’artisan sait toujours où il va. L’artiste, pas forcément. » Je pense qu’un artiste, c’est un trouveur et un parcoureur de moyens.

Je te souhaite maintenant devenir le Soulages de la pop (rires).

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