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Xavier-Marie Garcette : « Trévizac est une histoire intime et profondément sociale »

Xavier-Marie Garcette : « Trévizac est une histoire intime et profondément sociale »

Ne cherche pas Trévizac sur une carte. Pourtant, ce lieu imaginaire est l’un des points de départ et le titre du deuxième roman de Xavier-Marie Garcette, sorti aux éditions le Lys Bleu le 11 octobre 2021. C’est d’un château sur la route entre Poitiers et Limoges que le château de Trévizac est né. Et avec lui, l’histoire de Jean qui rend hommage à sa grand-mère qui l’a élevé seule. Derrière le récit de vie, l’auteur aborde la grande question de l’existence, la transmission et des thèmes sociétaux actuels relatifs aux personnes âgées.

Anaïs : Éludons tout de suite cette question. Ce deuxième roman, Trévizac, est-il votre autobiographie ? Parce que l’on a parfois l’impression que vous parlez de vous…

Xavier-Marie Garcette : Tout le monde me le dit. Pour l’anecdote, même mon papa qui a 96 ans à qui j’ai fait la lecture de mon roman m’a dit au bout de quelques chapitres qu’il trouvait mon autobiographie très intéressante… Alors qu’il est particulièrement bien placé pour savoir que je ne parle pas de moi (rires). Je ne suis pas orphelin et je n’ai pas été non plus élevé dans un château du limousin. Mon père n’en a pas démordu pour autant.

A. : Ça veut dire qu’il y a quand même des points communs avec vous, non ?

X.G. : Ce n’est absolument pas autobiographique. Mais, c’est vrai que je raconte plein d’anecdotes que j’ai vécu directement ou qui sont arrivées à ma famille.

A. : Vous n’êtes donc pas orphelin et n’avez pas été élevé dans un château de 43 pièces. Quels sont les points communs entre vous et Jean, votre personnage principal ?

X.G. : Comme lui, j’ai toujours été plongé dans les bouquins. Je suis également le cadet de ma fratrie. Et, j’étais moi aussi un garçon hypersensible. Mon père devait effectivement me reconnaître en lui pour avoir une telle réaction.

A. : Vous ne venez pas non plus d’un milieu aristocratique. Pourtant, vous le décrivez extrêmement bien dans votre roman. Comment connaissez-vous ce milieu ?

X.G. : Mon père était officier et j’ai toujours évolué dans un milieu catholique traditionnel. C’est un milieu dans lequel on retrouve l’aristocratie.

A. : C’est de votre passion pour la lecture que vous en êtes venu à l’écriture ?

X.G. : C’est évident. Les livres ont toujours fait partie de ma vie d’aussi loin que je peux m’en souvenir. Et j’ai toujours eu le désir d’écrire. J’ai d’ailleurs écrit mon premier roman à 9 ans.

A. : De quoi parlait-il ?

X.G. : C’était vraiment un roman d’enfant ! Je racontais les aventures d’un chien et d’un chat… Je ne suis pas sûr qu’il ait une très grande valeur littéraire (rires).

A. : Y a-t-il un livre qui vous a marqué parmi toutes vos lectures ?

X.G. : C’est difficile à dire, j’en ai lu tellement… Mais je dirais peut-être les Saint-Exupéry à l’aube de l’adolescence, Le Petit Prince, Terre des hommes, ou encore Vol de nuit.

A. : Votre premier roman était un roman historique. Trévizac l’est aussi mais avec un volet plus social dans lequel vous abordez notamment la relation entre une grand- mère et son petit-fils. Comment ce thème vous est-il venu ?

X.G. : Je portais ce roman depuis très longtemps. J’ai toujours été très frappé d’observer la manière dont les gens abordent l’existence. Il y a d’une part des gens qui ont a priori tout pour être heureux mais qui remâchent sans cesse des désagréments et d’autre part, des gens qui ont plein de malheurs et qui décident toujours de voir la vie du bon côté. Je ne sais pas si c’est une injustice de l’existence mais je me rends compte qu’il y a des gens qui ont une propension naturelle au bonheur, indépendamment de ce qui peut leur arriver. C’est à travers la relation entre Jean et sa grand-mère Madeleine que l’on sent toute la fureur de vivre de Madeleine. J’ai toujours admiré la résilience chez les gens.

A. : Étiez-vous vous-même très proche de vos grands-mères ?

X.G. : J’avais beaucoup d’affection pour ma grand-mère maternelle. Je garde un souvenir très vif d’après-midi que je passais seul avec elle. J’adorais quand elle ressortait des boîtes à biscuits pour me montrer des vieilles photos de mes parents quand ils étaient petits, d’elle plus jeune, ou encore de son mariage.

A. : Vous parlez énormément de transmission dans votre roman. Que votre grand-mère maternelle vous a-t-elle transmis ?

X.G. : J’avais beaucoup d’admiration pour son courage, mais aussi sa douceur, sa tendresse et sa capacité de résilience. Après, j’ai eu plusieurs sources d’inspiration dans ma famille et qui ont également un impact sur le personnage de Madeleine.

A. : Ah oui ?

X.G. : Il y a des petits morceaux de ma mère dans le personnage de Madeleine. Comme elle, elle pouvait se mettre à danser pour me faire rire. Il y a aussi un peu d’une de mes grandes tantes dont j’admirais la curiosité et l’intérêt qu’elle avait pour les autres. Elle n’était pas du tout repliée sur elle-même alors qu’elle avait une vie d’une austérité folle. Elle vivait seule dans un petit appartement parisien du 5ème étage sans ascenseur. Elle souffrait d’une scoliose extrêmement forte. Une vie pas marrante du tout.

A. : Au milieu de ce récit de vie, vous abordez aussi certains sujets de société, parmi lesquels la stérilité, la mort, ou plus largement le basculement vers la fin de vie. Ce sont des thèmes qui vous touchent particulièrement ?

X.G. : Je suis extrêmement sensible à la question du respect de la vie qui est pour moi une valeur fondamentale. Si l’on n’en fait pas un principe absolu, le risque est grand de tomber dans la barbarie.

A. : C’est-à-dire ?

X.G. : On pourrait être tenté de penser et de dire qu’une vie ne mérite pas d’être vécue, celle d’une personne âgée ou d’un handicapé mental par exemple. Or, si l’on commence à penser que certaines vies ne valent pas la peine d’être vécues, c’est la porte ouverte à toutes les dérives.

A. : En France, on se soucie d’ailleurs assez peu du bien être de nos personnes âgées et de savoir ce qu’elles veulent vraiment. On décide beaucoup à leur place.

X.G. : Exactement. Je n’entends pas faire de la littérature un message mais il n’est pas anodin dans le développement de mon histoire que l’entourage de la grand-mère de Trévizac pense, après son accident, qu’elle a fait son temps et que l’on peut passer à autre chose. Finalement, heureusement qu’elle a survécu parce qu’il se passe encore plein de choses après son accident. Trévizac est une histoire intime et profondément sociale.

A. : Vous qui vous-êtes penché sur la question, comment fait-on pour rebondir après un drame ? Le rôle des proches est-il crucial ?

X.G. : Il n’y a évidemment pas de recette miracle mais je pense que le meilleur moyen de rebondir est de s’appuyer sur l’amour. Finalement, les personnages de mon roman sont à chaque fois sauvés par l’amour et leur lien solidaire indéfectible. D’autant que l’amour oblige à sortir de soi donc à être tourné vers les autres.

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