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« City of Lies », ou Johnny Depp toujours au sommet

« City of Lies », ou Johnny Depp toujours au sommet

Cette semaine, Arty Magazine était sur les planches de Deauville pour le 47ème Festival du cinéma américain. Outre le soleil, la plage et quelques Orangina frais, on a pu voir Johnny Depp en conférence de presse et la présentation attendue de son dernier film maudit (encore un), City of Lies, de Brad Furman.

Johnny Depp partage l’affiche avec Forest Whitaker, un journaliste alcoolique qui le sollicite vingt ans après le double meurtre

À la fin des années 1990, l’inspecteur Russell Poole enquête sur la corruption au sein de la division Rampart du LAPD. Ces évènements sont également liés aux assassinats des célèbres rappeurs The Notorious B.I.G. et Tupac Shakur et au label de ce dernier, Death Row Records. Avec le journaliste Jack Jackson, il va tenter de tirer au clair ces affaires, malgré le manque de soutien de sa hiérarchie.

L’interminable malédiction

Elle est ici double : rattrapée par une apparente fausse affaire de violences sur le tournage, la sortie du film est d’abord reportée puis simplement annulée. La projection de Deauville, trois ans plus tard, signe ainsi la première (et unique ?) diffusion de l’œuvre dans un cinéma français. La seconde malédiction, c’est celle plus intrinsèque du sujet traité, à savoir le dénouement tortueux qui affole les complotistes et les passionnés d’enquêtes judiciaires depuis plus de vingt ans – qui a tué Christopher Wallace, soit The Notorious B.I.G., soit Biggie Smalls, soit l’un des plus beaux timbres de voix de la culture hip hop. Le film, disponible en DVD (sortie confidentielle) depuis le début de l’été, nous donne enfin toutes les bonnes réponses (a priori !).

Ce qu’on nous explique dans le film, c’est d’abord que Los Angeles porte bien le titre du film : City of Lies, la ville des mensonges. L’ensemble de l’œuvre conforte le spectateur dans cette croyance légalement infondée mais populairement admise, et que chacun friand des péripéties de XDdL le nantais et O.J. le californien connaissent bien : on sait tous ce qu’il s’est passé, on n’a juste jamais réussi à le prouver. S’installe alors un léger sentiment d’injustice, comme celui qui, l’été, envahit l’amateur de mots fléchés sur la plage de ses vacances lorsqu’il réalise qu’il s’est trompé de marque et que les grilles sont relativement barbantes à compléter : on est déçu d’abord, doucement colérique ensuite.

Le film de Furman, comme tous ceux qui avant lui ont relaté des enquêtes parfois évidentes mais restées ouvertes par manque de preuves et, ou corruption manifeste, ne manquera pas de laisser le détective amateur frustré d’une énième irrégularité. Spoiler free bien sûr, mais un certain caméo, si on peut le qualifier ainsi, contribuera forcément à asseoir cette rage sourde quant au résultat de l’investigation.

Péché mignon de mélomane : on regrettera que la bande son ne comporte pas davantage de titre de The Notorious B.I.G. ou bien Tupac

Le jeu d’abord, le reste on verra

Ces dernières années n’ont pas été tendres pour Johnny aux mains d’argent. Il décrochait le rôle de Russell Poole, l’enquêteur attitré de Christopher Wallace, en 2016. Choisi par Brad Furman, qui offrait en 2011 un coming back inespéré à Matthew McConaughey (La Défense Lincoln, une affaire judiciaire, après une décennie à parader torse nu sur toutes les plages de l’hémisphère sud), le pirate le plus punk rock des Caraïbes gagnait ici une superbe occasion de revenir au jeu, à la transformation, à l’incarnation. Johnny Depp y est parfait, touchant, et joue peut-être pour la première fois de sa longue carrière, un type « normal » : un homme de la vie de tous les jours, certes lié à des événements exceptionnels, mais toujours assailli par les doutes et une certaine difficulté du quotidien.

Sans révolutionner le genre de l’enquête policière, le film de Brad Furman apporte un plaisir certain. À la forme au départ hybride mêlant documentaire et archives, l’œuvre finit par plonger à corps perdu dans la pure fiction. Le réalisateur joue du montage, globalement maîtrisé, et des temporalités pour relater efficacement la course-poursuite vers la vérité. On en sort à de rares instants un peu confus, néanmoins rien de foncièrement handicapant. La bande son se résume presque uniquement à une partition mélodique du champ sémantique de l’urgence, soulignant la pression constante qui entoure les différentes révélations et cachotteries sous forme de poupées russes, tout au long du film. On aurait évidemment souhaité un peu plus de titres des deux rappeurs concernés par l’enquête, même si la requête relève ici bien plus de l’admiration musicale que d’un réel intérêt narratif.

Sans autre forme de procès, le film vaut dans l’absolu pour son acteur principal. Pendant la session « Conversation avec… » chère au festival, le comédien aux mille visages nous expliquait qu’il ne se sentait pas forcément acteur de profession : il a juste fait certains choix personnels. Jouer dans City of Lies en était un bon.

CITY OF LIES
Réalisé par Brad Furman
Avec Johnny Depp, Forest Whitaker, Shea Whigham
Disponible en DVD

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