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Limbo, le thriller de l’année made in Hong Kong

Limbo, le thriller de l’année made in Hong Kong

Thierry Champy

Véritable bijou de noirceur attendu de pied ferme par les fans de film noir, Limbo de Soi Cheang propose une expérience cinématographique hors du commun. C’est le thriller de l’été à ne rater sous aucun prétexte.

Dans les bas-fonds de Hong-Kong, un flic vétéran (Gordon Lam) et son jeune supérieur (Mason Lee) doivent faire équipe pour arrêter un tueur qui s’attaque aux femmes, laissant leur main coupée pour seule signature. Quand toutes leurs pistes s’essoufflent, ils décident d’utiliser une jeune délinquante (Cya Liu) comme appât.

Gordon Lam nommé « Meilleur acteur » à la 40ème cérémonie des Hong Kong Film Awards

La cité des vices

Dans cette cité gangrénée, les vices côtoient l’animosité, la violence est banalisée, être ripou est de rigueur, les parias, sans-abris et toxicomanes squattent dans des trous à rat, la névrose parasite une ruelle à l’autre, les gratte-ciels barricadent et surveillent les malfrats pendant que les flics cavalent dans les abysses de Hong Kong à la recherche d’un meurtrier. Jamais l’ancienne colonie britannique n’avait été présentée sous ces facettes aussi sombres.

Soi illustre sa vision du chaos, au même titre que Dog Bite Dog – le film qui lui a valu un gain de notoriété. La violence poussée à l’extrême peut engendrer des meurtres. Elle est également « une forme intrinsèquement destructrice qui est source de souffrance » affirme-t-il dans une interview. Selon lui, dans chaque être humain sommeille une certaine animosité. Le but du metteur en scène est de mettre en corrélation la vie et les scènes de violence. Dans son Hong Kong apocalyptique, chaque individu, bon ou méchant, révèle son démon intérieur. Qu’importe la hiérarchie, tout le monde en prend pour son grade jusqu’à même dévaloriser l’image de la police. Et accessoirement s’attirer leurs foudres.

Initialement tourné en couleur, le film vire non pas au vinaigre mais en noir et blanc, afin de lui donner davantage de caractère. Il suit attentivement les règles du genre policier (et du film de monstre dans une certaine mesure), tout en décrivant un Hong Kong méconnaissable, loin des décors de carte postale – dans une ambiance lugubre, morbide et nauséabonde. Avec un brin de nostalgie, le spectateur retrouve toute la noirceur et la violence esthétisées dans les polars de Ringo Lam, John Woo ou encore Johnnie To. Décrire ce Hong Kong, c’est aussi raviver les souvenirs d’enfance du cinéaste qui a vécu à Sham Shui Po (l’un des quartiers de l’archipel réputé pour sa pauvreté) et appréhender l’avenir incertain d’une ville sous l’emprise de l’autoritarisme communiste.

Dead or alive

Soi Cheang vs. la Chine continentale

Il y a dix ans, le cinéaste hongkongais était en Chine pour le tournage de Monkey King. Pendant ses temps de pause, Soi bouquinait. Plus précisément Wisdom Tooth, le roman de Lei Mi. Il éprouve la soudaine envie de l’adapter sur grand écran et de (re)tourner à Hong Kong. Le projet Limbo débute mais à une seule condition : le film devait être hongkongais et façonné dans les pures traditions de l’ex-colonie britannique.

Seulement, représenter un monde d’une noirceur inouïe, une police inhumaine et violente, irait à l’encontre des dogmes du régime maoïste. Dépeindre des soldats bien rangés va à contre-courant du cinéma de Soi Cheang. Après une lutte infernale contre la censure chinoise (le film a fait l’objet de censure suite à la réforme d’octobre 2021 visant à interdire toute œuvre cinématographique portant préjudice aux intérêts sécuritaires chinois, ndlr), l’œuvre voit enfin le jour. En Asie, le film reçoit les Prix du Meilleur film aux Hong Kong Film Critics Society Awards et prix du meilleur scénario aux Hong Kong Film Awards. La revanche.

Provocation ? Désinvolture ? Une chose est sûre : le réalisateur de Coq de Combat défie cette vision nationaliste et salutaire que véhicule le cinéma de Chine continentale. Malgré un pessimisme prononcé, Soi Cheang répand toutefois un message positif et universel allant à l’encontre de celui-ci. Il ponctue efficacement la présence d’une once d’humanité à travers son cinéma. En somme, le film marque un tournant dans le cinéma de l’archipel qui connaît une crise majeure avec l’avènement du cinéma chinois. Une pépite cinématographique de Hong Kong qui parle de Hong Kong. Pourvu que cela dure.

LIMBO

Réalisé par  Soi Cheang
Avec Gordon Lam, Cya Liu, Mason Lee et Hiroyuki Ikeuchi
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