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Le photographe Alexandre Henry émancipe les nymphes à la Galerie Gaïa

Le photographe Alexandre Henry émancipe les nymphes à la Galerie Gaïa

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Photographe et sculpteur français, Alexandre Henry n’en est qu’à ses débuts. Le jeune artiste émergent de 24 ans est pourtant (déjà) aussi talentueux que prolifique. Il s’illustre en ce moment autour de trois séries de photo argentique (Nympheas, L’ombre de tes rêves, Le Livre Maudit) rendant hommage à la nymphe dans une nouvelle exposition, sa première à la Galerie Gaïa. Déambulation parmi les nymphes modernes.

L’exposition Nympheas, c’est avant tout celle d’un match parfait entre la Galerie Gaïa, ouverte par Alix Arnoux il y a quelques mois seulement au cœur de Montmartre, et l’artiste photographe et sculpteur émergent, Alexandre Henry.

Alix Arnoux voulait de l’art contemporain, qui célèbre le temps et les éléments – la terre, le feu, l’eau et l’air, placé sous sa divinité protectrice Gaïa. Quant à Alexandre Henry, il souhaitait explorer, comme à son habitude, de nouvelles temporalités en un subtil mélange entre tradition et modernité à travers le thème de la nymphe. Il y a presque une forme d’évidence à ce que la Galerie Gaïa présente et sublime l’artiste, ses photographies et ses sculptures.

Alexandre Henry souhaite explorer, comme à son habitude, de nouvelles temporalités en un subtil mélange entre tradition et modernité à travers le thème de la nymphe © Alexandre Henry

Les Nympheas conquérantes d’Alexandre Henry

La nymphe a toujours fasciné les esprits, rêveurs comme plus aventuriers. Elle est, selon la légende, une divinité secondaire qui incarne les activités créatives et productives des forces vives de la nature. De nombreuses nymphes hantaient les eaux, les bois et les montagnes. Si la mythologie grecque leur prête l’apparence d’une jeune fille, insouciante, vivant dans la nature en harmonie avec les éléments, il ne faut pas tant s’y fier. Pour cause, elles avaient aussi la réputation d’avoir de multiples aventures sexuelles, d’où leur nom ayant donné naissance au terme de « nymphomanie ».

Chez Alexandre Henry, la nymphe est une femme prédominante. Bien qu’elle soit représentée de différentes manières, tantôt dans des scènes bibliques, tantôt dans l’intimité d’un appartement, la femme-nymphe est toujours en pleine puissance. Et elle tient sa beauté de cette force. La nymphe d’Alexandre Henry est par ailleurs souvent représentée de dos, rarement le visage visible. Comme si l’artiste cherchait à instaurer un jeu entre lui et les nymphes qu’il photographie, dont on sent qu’elles ont un certain pouvoir sur lui : celui de se retourner, de regarder l’artiste dans les yeux, de le défier du regard, de décider quoi faire de lui… Le champ des possibles est aussi large que l’imagination et le fantasme du spectateur.

L’œuvre la plus évocatrice est peut-être celle où l’artiste se met en scène, la tête coupée, posée sur la table avec sa nymphe qui lui tourne le dos. Chez l’artiste, la nymphe s’émancipe aussi de son caractère sexuel, de cette hypersexualité fantasmée. Ou du moins, elle s’empare du choix de sa sexualité et de son corps. Preuve encore une fois que la femme est puissante, conquérante, et dirige. Sous ses airs doux et enjôleurs, la nymphe, presque manipulatrice, obtient ce qu’elle veut. Un comble pour l’artiste qui lui a donné vie car elle semble désormais lui échapper.

L’œuvre la plus évocatrice est peut-être celle où l’artiste se met en scène, la tête coupée, posée sur la table avec sa nymphe qui lui tourne le dos © Alexandre Henry

Des mythes vieux comme le monde

Alexandre Henry explore aussi des périodes historiques différentes. À partir de décors qu’il a créé lui-même, il rejoue, en photographies, la conscience de Caïn, la Trinité, Salomé réclamant la tête de Jean-Baptiste, Adam et Eve exclus du jardin d’Eden. On pourrait croire ici à une nouvelle visite du thème religieux, puisqu’il s’empare de ces périodes marquantes de l’Ancien Testament. Mais la religion n’est pas le thème central.

Ce qui suscite l’intérêt de l’artiste, c’est plutôt la possibilité d’utiliser le livre Saint comme vecteur d’une réflexion plus contemporaine sur les complexités et les vices de l’humanité actuelle. Adam et Eve sont par exemple ici résignés au sujet de l’inaccessibilité du paradis auquel ils n’ont plus accès car ils en voulaient davantage. Il y a aussi, dans cette photographie, un jeu entre l’ombre et la lumière dans une forêt, que l’artiste a voulu comme une oscillation constante entre le bien et le mal.

D’une photographie à l’autre, on passe soudainement très vite de l’ancien à la modernité avec cette série où l’artiste projette une forme humaine – femmes et hommes – dans un paysage. Le corps devient alors un décor sur lequel est imprimé le paysage. Ce sont des barres d’immeubles à perte de vue qui se fondent sur le corps d’une femme, ou encore la mer qui engloutit le corps d’un homme. Il faut comprendre tantôt un monde modelé par l’Homme à son image (l’urbanisation croissante), tantôt un monde altéré par son activité (la montée des eaux, en raison du réchauffement climatique). C’est de l’empreinte de l’Homme que l’artiste s’empare. Finies les natures mortes de corps féminins dans de jolis décors, place à la modernité. Une modernité que l’artiste ne juge pas frontalement mais dont il représente les conséquences. Demeure alors une bien triste contemplation.

Exposition d’Alexandre Henry

Jusqu’au samedi 28 mai 2022
À la Galerie Gaïa, 20 rue Durantin, 75018 Paris.

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