fbpx
En cours de lecture
Mr. Djub : « Détourner les images est presque devenu une seconde nature »

Mr. Djub : « Détourner les images est presque devenu une seconde nature »

+19
Voir la galerie

Connu sous le pseudo de Djubaka, l’artiste à l’identité jalousement gardée est également programmateur musical chez France Inter et co-fondateur de la revue Hey! Modern Art. Rencontre avec le collagiste Mr Djub (english version below).

De Fanny Garnichat à Andrei Cojocaru, les collagistes ont toujours eu une place de choix dans les colonnes d’Arty Magazine. Si l’on veut chercher une raison à cette passion, c’est peut-être parce que le collage est à l’art visuel ce qu’un film est au cinéma, ou une mixtape à la musique : un assemblage de séquences. Avec Mr. Djub, la métaphore gagne en sens quand on sait que l’artiste est programmateur chez France Inter, où il compose ses puzzles musicaux pour les diffuser à l’antenne.

Enfant de la scène punk, Mr. Jub a grandi avec le do-it-yourself avant même que le concept ne sorte de terre. Récupérant ses visuels dans des magazines du 19ème siècle, il prête un nouveau sens poétique et surréaliste à sa matière première. Quoi de mieux que le monde ankylosé des révolutions industrielles pour que son anticonformisme malicieux fasse mouche ? Dans le cadre de ses œuvres, Mr. Djub trouve sa fenêtre d’évasion.

Marin : Salut Mr. Djub. Tu expliques sur ton profil EasyClap avoir réalisé ton premier collage à 14 ans à partir de fanzines. Qu’est-ce qui t’a attiré vers cette pratique ?

Mr. Djub : D’abord, j’ai grandi avec le poster d’une image de Max Ersnt, la 25ème du quatrième tome de La Semaine de Bonté. On peut donc dire que les fées du collage avaient zieuté de mon côté. Ensuite, avec l’arrivée du punk et du fanzinat, on fabriquait tout à la main, et donc on découpait et on collait. Faire des collages et détourner les images est presque devenu une seconde nature, on peut voir cette pratique comme une sorte de remix ou de sampling. On prend chez l’autre et on le transforme,  le champ d’expression est sans fin.

M. : Tu racontes « avoir été éjecté de l’Éducation Nationale à 16 ans. » Quelle a été ton école artistique ?

M.D. : J’ai eu la chance d’avoir accès à une grosse bibliothèque et discothèque familiale. Toute la première partie de mon éducation artistique, je l’ai faite en regardant des revues underground et des pochettes de disques pendant des heures. Mes maîtres à penser et à regarder viennent de là, et il y en a trop car je suis boulimique sur le sujet. Mais en tout cas, l’ADN de mes connaissances ont toutes pour racines les cultures populaires.

 

Deuxième chance, j’ai travaillé assez jeune et notamment aux Puces. C’est le genre d’endroit où l’œil se fait, se fabrique, où l’on peut avoir la chance de voir passer entre ses mains quelques chefs-d’œuvre, de découvrir des mondes complètement oubliés, de suivre des esthétiques, et de rencontrer parfois de grands érudits. C’est là qu’a été mon école.

M. : Quel type de magazines utilises-tu maintenant pour tes collages ?

M.D. : Je ne travaille que sur la presse du XIXe siècle que je découpe. Ces images ont été imprimées entre 1840 et 1890. À partir de cette date, la photo va prendre une importance qui va peu à peu reléguer les grands dessinateurs de presse ainsi que les graveurs. Les dessinateurs de cette époque n’avaient jamais, ou très rarement, accès au fait qu’ils devaient illustrer. Leur imagination faisait le reste et le graveur devait aussi réinterpréter le travail du dessinateur. Les imaginaires se bousculent, et je prends la suite en remixant des images qui sont déjà en dehors des clous.

M. : Tu peux nous montrer ton collage préféré ?

M.D. : C’est impossible, mais j’ai quand même un faible pour ceux qui ont servi de décor à notre troupe de théâtre HEY ! la Cie, et particulièrement le logo du 78 RPM SELECTOR.

Le collage « préféré » de Mr. Djub a des airs d’affiche d’antan
M. : La malice du collage permet de détourner le sens premier des images. Que veux-tu nous transmettre en leur donnant cette seconde vie ?

M.D. : Il y a souvent trois signatures sur mes collages : à droite celle d’un dessinateur, à gauche celle d’un graveur et enfin la mienne. Je pense que nous ne sommes pas une génération spontanée, on se construit sur les ruines et la vie de celles et ceux qui ne sont plus là. J’espère transmettre l’idée qu’une image, même populaire, peut s’inscrire dans l’éternité.

 

Ensuite ce que nous vivons aujourd’hui d’un point de vue politique, artistique, scientifique est la résultante d’autres époques. Celle sur laquelle je travaille est foisonnante, contradictoire, subversive et parfois vraiment très drôle. Créer une distance, une mise en abîme, c’est ce que je recherche.

M. : Si je te prêtais les clefs de ma Delorean, où irais-tu ? Dans une soirée punk au Gibus, flâner avec les dadaïstes, ou discuter avec Max Ernst ?

M.D. : Max Ernst, bien sûr.

M. : Ma dernière question est la signature chez Arty Magazine. Quelle est ta définition d’un artiste ?

M.D. : L’obsession et le travail.

M. : Hello Mr. Djub. On your EasyClap profile, you explain having made your first collage from fanzines aged 14. What instinctively attracted you to this practice?

M.D. : I grew up with a poster of an image of Max Ersnt, the 25th of the fourth volume of « A Week of Kindness ». So we can say that the collage fairies were on my side. Then with the arrival of punk and fanzines, we made everything by hand, the same for posters, leaflets … And so we cut and pasted. Making collages and altering images has almost become second nature to me, one can see this practice as a kind of remix or sampling. We take from others and we transform it. The field of expression is endless.

M. : In particular, you describe « having been ejected from the National Education at 16 ». What was your school and your teachers in life and art?

M.D. : I was fortunate to have access to a large library and record collection. All the first part of my art education, was looking at underground magazines and record covers. My teachers come from there, I am bulimic about the subject. But in any case, the DNA of my knowledge is rooted in popular culture. Also, I started working quite young especially in the antiques universe. This is the kind of place where your eye gets shaped, where you can have the chance to see some masterpieces in your hands, discover completely forgotten worlds, follow aesthetics, and sometimes meet great scholars. That was my school.

M. : Today what kind of magazines do you use for your collages?

M.D. : I only work with press cuttings from the nineteenth century. These images were printed between 1840 and 1890, from that date onwards photography will take the lead thus gradually relegating the work of major illustrators as well as engravers. The illustrators of that time had never, or very rarely, access to the fact that they had to illustrate. What I mean is that their imagination did most of the work and the engraver also had to reinterpret it next. Jostling the soils of imagination. I am next in line, remixing images that are already off the books.

M. : Can you show us your favorite collage ?

M.D. It’s impossible, but I still have a soft spot for those who served as a backdrop for our theater group « HEY! La Cie « , and especially the 78 RPM SELECTOR logo.

M. : The malice of collages permits one to divert the primary meaning of images. What message do you want to transmit by giving images a second life ?

M.D. : There are often three signatures on my collages: on the right that of an illustrator, on the left that of an engraver and finally mine. I think we are not a spontaneous generation, we build on the ruins and the lives of those who are no longer here. I hope to convey the idea that even a popular image can fit into eternity. Then, what we live today from a political, artistic, scientific point of view is the result of our past. The era I’m working on is abundant, contradictory, subversive and sometimes very funny. To create a distance, a « mise en abîme » , is what I am looking for.

M. : If I give you the keys of my Delorean, would you rather go to a punk party at Gibus, hang out with the 1930s Dadaists of Berlin, or go and have a chat with Max Ernst?

M.D. : Max Ernst of course.

M. : My last question is our signature at Arty Magazine. What is your definition of an artist ?

M.D. : Hard work and obsession.

© 2022 Arty Magazine. Tous droits réservés.

Retourner au sommet