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« Derrière la porte », un court-métrage engagé contre les violences faites aux femmes

« Derrière la porte », un court-métrage engagé contre les violences faites aux femmes

Camille Castres

Derrière Creustel, se cache un duo d’humoristes. Pros du doublage parodique, les comédiens Marion Creusvaux et Julien Pestel cartonnent sur Instagram depuis le premier confinement en revisitant des scènes de films cultes à la sauce Covid-19. Mais ces deux jeunes talents sont aussi des artistes engagés. Derrière la porte, première réalisation de Julien Pestel, co-écrite avec sa compagne, est un court-métrage poignant, qui dénonce les violences conjugales.

Creustel, dont le nom a des sonorités aussi croustillantes qu’une barre chocolatée hyper régressive, c’est la contraction des noms de Marion Creusvaux et Julien Pestel. On a découvert ces humoristes, complices à la vie, pendant le confinement de mars. Le couple a pris l’habitude de nous faire rire sur Instagram en parodiant des péplums pour tourner en dérision la pandémie. Mais les auteurs comiques montrent qu’ils sont aussi capables de sérieux et d’engagement sur un thème délicat et tabou, celui des violences conjugales. Derrière la porte est un premier court-métrage sincère réussi, réalisé par Julien Pestel et co-écrit avec sa compagne, lesquels sont tous les deux au casting.

Une bande de potes qui se réunit dans une maison de campagne à l’approche des fêtes

Le poids du silence

Le jeune réalisateur brosse le portrait d’une bande de potes qui se réunit dans une maison de campagne à l’approche des fêtes de fin d’année. Lukas, leur ami et chanteur populaire, arrive un peu plus tard avec sa nouvelle copine, Chloé. Tous trépignent d’impatience à l’idée de le voir débarquer au bras de sa dernière conquête. Une fois les présentations faites, place à la raclette et aux jeux en tout genre. Le groupe est prompt à la déconnade, l’esprit se révèle festif et en apparence « bon enfant ». Mais de manière aussi feutrée que palpable, le spectateur pressent qu’un malheur guette.

Au-delà d’un jeu d’acteur juste et maîtrisé – Lukas laisse transparaître une certaine nervosité et sa compagne Chloé s’efface, demeure dans l’ombre – Derrière la porte est un film qui interpelle par une réalisation subtile et toute en suggestion. Sont distillés des indices dans ce court-métrage prouvant que « le loup » n’est pas là pour jouer. D’ailleurs, les éléments de décor et de mise en scène dissimulent tout au long du film des références lourdes de sens. Car l’ambiance cool et décontractée, digne d’une comédie à la française, dévoile en fait une réalité tragique, celle d’un bourreau ordinaire et de sa proie silencieuse. Pour les auteurs, le silence des victimes, souvent associé à l’emprise et à la manipulation de leur bourreau, est tout aussi oppressant que le silence des témoins. Et s’interrogent, autant qu’ils nous interrogent : « Que faire ? Que dire ? Le doute est-il permis ? »

Cela n’arrive pas qu’aux autres, ça touche tout le monde, tous les milieux. Si des gens se sont reconnus dans ce film et que ça peut les aider ne serait-ce qu’à parler, c’est déjà énorme. La libération de la parole est tellement importante.

Sélection officielle et rencontre avec le public

Avec ce court-métrage glaçant, Julien Pestel, qui interprète le rôle de l’ami-agresseur, a voulu, avec sa compagne Marion Creusvaux, qui joue celle non désireuse de rester les bras croisés face à l’horreur qu’endure Chloé, partager une histoire dont ils ont été témoins. En abordant le thème des violences conjugales sous l’angle d’une comédie dramatique, leur démarche personnelle s’explique de la manière suivante: « Nous avons souhaité axer le film sur une note légère et « comique », en tout cas sur la première moitié, pour détendre le spectateur et rendre son esprit plus perméable aux évènements tragiques qui allaient suivre. Que ça fasse tilt chez lui. Au moment où on ne s’y attend pas, on se prend cette froide réalité dans le visage », confient-ils à Arty Magazine. Et d’embrayer: « Aborder ce sujet avec une apparente légèreté peut aider, selon nous, à briser le silence, car chacun peut se reconnaître dans cette bande de potes. Cela n’arrive pas qu’aux autres, ça touche tout le monde, tous les milieux. Si des gens se sont reconnus dans ce film et que ça peut les aider ne serait-ce qu’à parler, c’est déjà énorme. La libération de la parole est tellement importante. »

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Sélectionné pour divers festivals – parmi lesquels Off-courts Trouville 2020 et Amnesty International Festival Cinéma et Droits Humains 2020Derrière la porte, dans les pas de Jusqu’à la garde de Xavier Legrand, s’affiche comme un témoignage salutaire, qui mérite amplement qu’on le regarde tous. C’est clairement le vœu de Marion et Julien, lequel a décidé, à l’occasion de la journée internationale pour l’élimination de la violence à l’égard des femmes, de le mettre gratuitement en ligne sur sa page YouTube dès le 25 novembre. Un film « électrochoc » puisque chaque année, 219 000 femmes sont victimes de violences physiques et/ou sexuelles commises par leur ancien ou actuel partenaire intime. Moins de 20% d’entre elles déclarent avoir déposé plaintes pour ces violences.

Derrière la Porte est, enfin, un film qui mérite bien son nom car cette porte cache des secrets. Les auteurs nous expliquent, « cette porte étouffe les sons, les gestes, les paroles. Cette porte qui nous empêche de connaître l’ampleur de la vérité. Et si jamais cette parole ne se libère pas, alors jamais nous ne saurons ce qu’il s’est passé et ce qu’il se passera encore, derrière la porte. »

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