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Home Ciné #14 : « Rouge », un hymne à la fraternité émouvant

Home Ciné #14 : « Rouge », un hymne à la fraternité émouvant

Camille Castres

Pendant toute la durée du couvre-feu et des salles fermées, Arty te propose ses Home Ciné, un lieu convivial où nos rédacteurs et journalistes présenteront leurs films préférés. Ceux qu’ils ont vu à 6 ans, ceux qu’ils ont découvert suite à leur première rupture amoureuse, ceux qu’ils dévorent avec un paquet de chips chaque dimanche soir depuis dix ans… Bref, tous ces films de leur vie qu’ils souhaiteraient te faire découvrir, là, maintenant.

Aujourd’hui, Camille nous présente Trois couleurs : Rouge, de Krzysztof Kieślowski, 1994.

Si Kieślowski avait été écrivain, il aurait joué dans la cour des Philippe Delerm, lequel excelle dans l’art de sublimer les infimes choses qui jalonnent notre vie quotidienne (lire son célèbre recueil La Première gorgée de bière)

Après Le Décalogue, le cinéaste polonais a frappé fort avec Bleu, Blanc, Rouge. Édifice sophistiqué, la trilogie illustre la devise républicaine française. Rouge, sorti en 1994, deux ans avant la mort de Kieslowski, est centré sur la rencontre fraternelle entre une mannequin et un vieux juge aigri qui espionne ses voisins. Cette drôle d’amitié charrie la part d’ombre qui nous anime autant que notre part de bonté.

Tout le talent du plus célèbre des cinéastes polonais (après Polanski ?)

Au-delà d’une simple histoire où deux routes se croisent alors que, peut-être, rien ne le prédestinait, Kieślowski interroge notre rapport aux autres et notre sens de l’altruisme. Il analyse le besoin d’humanité, la quête de l’autre chez Valentine, et veut montrer jusqu’où elle peut aller face à ce vieux misanthrope, pris en flagrant délit d’écoutes téléphoniques et qui se laisse difficilement apprivoisé. Si le cinéma de Kieślowski flirte avec de grands concepts philosophiques et moraux, ne prends donc pas peur. Car le réalisateur ne rogne jamais sur l’esthétisme ; il reste très accessible par sa mise en scène fine et sensible, des plans audacieux, et un jeu sur les couleurs fort d’une élégance rare. Son souci du détail vient de sa longue carrière de documentariste avant de passer à la fiction dans les années 70. Il en garde une patte, toute intime, qui lui vaut de savoir filmer les petits riens de l’existence avec beaucoup de tendresse et de poésie.

Ayant un attrait particulier pour le polar et  les films aux accents hitchcockiens, Rouge est à mon sens une approche du genre avec un suspense discret, feutré, qui noue néanmoins l’estomac à plusieurs reprises. Avec un rythme crescendo, Kieślowski souhaite livrer une réflexion sur la culpabilité et l’illusion de la vérité. Sous le masque des apparences se dessine un récit troublant, dont la complexité n’a d’égale que la psychologie des personnages. Kieślowski s’appuie sur un robuste duo d’acteurs : Jean-Louis Trintignant, vieux juge acariâtre qui mélange cynisme, douceur et mystère magnétique, et Irène Jacob, touchante de sincérité, qu’il avait déjà dirigée dans le très réussi La Double vie de Véronique (prix d’interprétation féminine en 1991 au Festival de Cannes).

Post scriptum pour mélomanes : si ton coeur n’est pas fermé à la musique classique, l’œuvre de Kieślowski devrait sans doute te séduire car la bande-son de ses films reste intimement liée au compositeur Zbigniew Preisner, sans lequel l’univers du cinéaste n’aurait ni la même ambiance, ni la même saveur.

TROIS COULEURS : ROUGE
Réalisé par Krzysztof Kieślowski
Avec Irène Jacob, Jean-Louis Trintignant, Frédérique Feder
Actuellement disponible sur LaCinetek, UniversCiné, Arte et Canal VOD

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