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« The Amusement Park » : L’attraction disparue de Romero, maître des zombies

« The Amusement Park » : L’attraction disparue de Romero, maître des zombies

À l’affiche ce mercredi 2 juin : une foire de 53 minutes perdue puis retrouvée, courte mais (très) intense, qui ne laissera pas de marbre les amateurs de frissons et de réflexion !

Par feu le maître de l’épouvante et des zombies George A. Romero, The Amusement Park, tourné en 1973, est un cauchemar éveillé puissant, déstabilisant, exigeant, doublé d’une métaphore sociale qui appelle à la prise de conscience et l’action transformative.

Cette photo illustre aussi bien un film de Romero qu’un clip de Steppenwolf

Plus fort que la mort

Mort le 16 juillet 2017, George A. Romero reste bel et bien un mort-vivant, c’est-à-dire un mort vivant au travers d’œuvres qui ont marqué le septième art. Il est bien sûr majoritairement connu pour avoir réinventé le mythe du zombie avec le classique La Nuit des morts-vivants (1968) et toutes les différentes suites qu’il a supervisé (Zombie, Le Jour des morts-vivants, Le territoire des morts, Chronique des morts-vivants, Le Vestige des morts-vivants).

Mais ce brillant fossoyeur des nœuds socio-culturels dévoilés au cours de fables d’épouvante n’a pas fini de nous surprendre. Une œuvre secrète de son brillant corpus vient d’être déterrée ! The Amusement Park est un film qui a été particulièrement oublié dans la filmographie de Romero et pour cause : jugé trop violent et politique, il a longtemps été caché des regards jusqu’à être retrouvé un an après le décès du réalisateur. Restauré en 4K à partir de bobines 16mm, il est fin prêt à ressortir, à l’occasion de la réouverture des salles obscures.

George et ses zombies à l’occasion du tapis rouge du Territoire des morts, 2005

Circonstances exceptionnelles pour résultat explosif

Le projet a toujours été atypique, car il s’agit d’un film de commande à petit budget réalisé en un temps record pour une organisation religieuse luthérienne (ce n’est pas une blague) qui cherchait à sensibiliser les masses sur des problèmes de société afin d’attirer de nouveaux fidèles (ce n’est toujours pas une blague). Romero, de façon subversive, a pu honorer la commande et la détourner ; et ce qui devait être au départ un simple moyen métrage sur la situation défavorable des personnes âgées est devenu un véritable bad trip viscéral et déstabilisant sur le vieillissement.

Le film est moins un récit classique qu’une expérience sensorielle : il s’agit de suivre et partager les ressentis d’un vieil homme qui se rend dans un parc d’attractions pour y vivre un cauchemar. Visuellement et phoniquement, le film est très dérangeant, et ces représentations grotesques et surréalistes nous plongent dans la représentation des contraintes universelles qui peuvent venir à l’heure du troisième âge. S’il est assurément une pure expérience de cinéma à part entière, avec un montage de 53 minutes très syncopé, des décrochages oniriques, des variations rythmiques brutales et un design sonore oppressif, The Amusement Park n’est pas qu’une attraction sensorielle qui touche du doigt et permet d’appréhender une des peurs les plus primaires et profondes, à savoir celle de vieillir et mourir.

Lincoln Maazel, qui interprète cette figure du vieux Candide, aura par ailleurs vécu jusqu’à 106 ans

Derrière la forme, le fond

Comme dans la majorité de ses films, Romero conjugue la sensation avec la réflexion et la dénonciation. L’épouvante ici n’est pas le sang ou le monstre mais la société de consommation elle-même, et les individus qui la composent. Le film est encore plus troublant car son message politique fort – les vieux sont traités avec peu de dignité par le système civilisé – coïncide tout particulièrement avec l’actualité récente de 2020 où le système sanitaire américain a été similairement peu favorable aux personnes âgées les plus démunies. Mine de rien, Romero lance un appel à la révolution intérieure et extérieure, à se mobiliser auprès des plus fragiles. Il offre un portrait certes désespérant mais non dénué d’espoir. Et à l’image de son personnage principal, si la tentation de retourner vers le monde extérieur du commerce et de ses pièges peut faire peur et inviter à l’immobilisme, il faut y aller voire y retourner quand même pour se faire son propre avis et pour finir par voir le cercle de l’iniquité se briser.

À bien des égards, la ressortie de ce trésor perdu de George A. Romero tombe vraiment à pic. The Amusement Park n’est pas qu’un simple divertissement, il invite à ne jamais céder à la résignation, à mesurer que dans tous problèmes se logent certainement aussi les solutions. Le film est une invitation paradoxale à suivre intensément une attraction peu attractive et amusante quoique éclairante et saisissante. Le zombie Romero, au-delà de la mort et du temps, semble dire avec malice mais sagesse : « Retrouvons-nous en pleine conscience au parc d’attractions qu’est le monde mercantile, par le biais du cinéma, l’attraction ultime, mélange d’art et d’industrie, de libertés créatrices et d’impératifs commerciaux. Amusons-nous, terrifions-nous, éveillons-nous ! »

THE AMUSEMENT PARK
Réalisé par Georges A. Romero
Avec Lincoln Maazel, Harry Albacker, Phyllis Casterwiler
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