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« Stillwater » : Tom McCarthy filme Matt Damon dans la belle Marseille

Ils auront monté les marches de Cannes ensemble : Camille Cottin et Matt Damon, partenaires de jeu dans le nouveau Tom McCarthy (Spotlight, 2015). Que valent leur déambulations entre la Bonne Mère et le Vélodrome ? On te donne notre avis.

Un foreur de pétrole débarque à Marseille du fin fond de l’Oklahoma, pour soutenir sa fille qu’il connait à peine mais qui purge une peine de prison, accusée d’un crime qu’elle nie avoir commis. Confronté au barrage de la langue, aux différences culturelles et à un système juridique complexe, Bill met un point d’honneur à innocenter sa fille. Au cours de ce cheminement intime, il va se lier d’amitié avec une jeune femme du coin et sa petite fille.

La carrière de Camille Cottin prend une dimension internationale : l’actrice française vient de signer un contrat auprès de l’agence américaine United Talent Agency (UTA)

C’est l’histoire d’une histoire…

Tom McCarthy nous avait surpris avec Spotlight en 2015, portrait de l’Amérique à travers une enquête journaliste et judiciaire, au style étonnement terre à terre. Il revient six ans après avec un film qui renoue avec ce style si reconnaissable. Stillwater, à cheval entre le thriller et le drame, conserve cette ambiance épuré de sentiments lyriques, qui cherche à se contenter de l’essentiel, qui croit en l’histoire pour transporter les spectateurs plutôt qu’aux fioritures d’un cinéma dramatique. Car oui, s’il existe des cinéastes de l’image, des cinéastes du son, ou encore des cinéastes du dialogue, McCarthy se rapproche surtout des cinéastes du scénario. Il nous raconte une histoire, ni plus ni moins, dans toute sa complexité – qu’il s’agisse de celle de Bill, celle de sa fille, celle des relations entre les personnages ou encore celle d’une enquête judiciaire aux airs de vendetta. 

En effet, le film retrace l’histoire d’un père qui veut sauver sa fille qu’il connait trop peu. La relation difficile qu’il entretient avec elle nourrit son désir de rédemption, déguisé par un désir de justice, aveugle à la loi. À travers la relation qu’il va entretenir avec Virginie et sa fille Maya, il découvre un ersatz de famille, et de fait un certain équilibre, qui n’a pourtant de cesse de vaciller vers le gouffre. Celui de la colère comme celui de la culpabilité. Et au milieu, Bill tente de maintenir sa relation avec sa propre fille, difficilement.

« Pfff, t’es con, Matt… » Camille Cottin

Uncle Sam in Marseille

L’histoire est aussi celle d’une rencontre entre deux cultures, la campagne d’Oklahoma et Marseille. La ville devient un personnage à part entière, avec ses quartiers et leurs personnalités, ses rues ensoleillées, ses bistros du coin et ses habitants. Bill circule et détonne dans ce décor, et l’évolution du personnage joue beaucoup du choc des cultures. Le personnage incarne alors le true american. Peut-être trop ? Le rôle semble en effet être écrit dans un excès d’identité. Il travaille dans les chantiers, est fan de football américain, boit des bières, mange au McDo, prie et regarde la télévision… Et ce sont les seuls éléments qui nous sont donnés sur le personnage. En continuant ce style sobre, qui se contente de l’essentiel, le cinéaste provoque ici un manque de profondeur qui tend malheureusement vers le caricatural, et l’excès de réel dans lequel semble vouloir s’ancrer le personnage, plus vrai que vrai, l’éloigne au final du vraisemblable.

Et puis, il y a Marseille, et les Français. Les discussions et les gens que l’on croise témoignent d’une vision au final assez américanisée de la ville et de la culture. Une sorte de version américaine et ghettoisée de Marseille. Et si tous ces éléments semblent emprunts d’étrangeté à nos yeux français, il pose surtout problème car il rend moins vraisemblable le choc des cultures essentiel à l’histoire. Ce « choc » n’advient au final que dans la rencontre avec Virginie (Camille Cottin) et sa fille Maya (Lilou Siauvaud), et ce choc est plus social que culturel – à travers notamment la découverte du théâtre. Mais là encore, la procédé ne va pas au bout de ses possibilités.

Ainsi, le film déçoit dans cet aspect, car la confrontation des cultures et des langues domine les thèmes du film, domine l’intrigue et la fait avancer. Or, elle ne parvient pas à gagner en profondeur, et l’invraisemblable entache la volonté du film. De fait, l’écriture des personnages, découlant de cette ambition, fait également défaut. Les personnages restent en surface, et l’empathie est difficile à atteindre.

Matt Damon et son look de texan en plein Marseille, il fallait oser

Ce bon vieux Matt

Néanmoins, le jeu des acteurs reste un plaisir. Matt Damon est comme toujours bluffant, dans un rôle plutôt inhabituel pour lui. C’est un Matt Damon épais, puissant, gaillard, qui mange ses mots – autant d’éléments qui témoignent du travail considérable que l’acteur a fourni dans la préparation de ce rôle. Camille Cottin est également très juste dans son jeu, fluide et émouvant, parvenant à donner corps à un personnage au final très peu détaillé. L’alchimie entre les deux acteurs parvient à faire tenir le film, là où l’écriture des personnages faisait défaut. Enfin, la jeune Lilou Siauvaud crève l’écran du haut de ses neuf ans, par sa vitalité, justement.

En somme, le film est en équilibre entre le thriller judiciaire et le drame personnel, et se déroule dans une ambiance dénuée de tout sentimentalisme, de toute fioriture. L’histoire est racontée sans excès, et Marseille, présence à part entière du film, bien qu’un peu caricaturée ou américanisée, se fait belle. Et si rien n’est à redire d’un point de vue technique, dans l’image, le son et le scénario, néanmoins quelque chose manque à l’appel, un rythme palpitant et effréné, comme celui de Spotlight qui nous tenait en haleine. Ou encore une puissance vitale, celle de la ville, celle de Bill, celle des personnages qui manquent d’intensité et de profondeur, et celle de l’histoire qui semble ne pas décoller complètement.

STILLWATER
Réalisé par Tom McCarthy
Avec Matt Damon, Camille Cottin, Abigail Breslin
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