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« Mon Légionnaire » : Camille Cottin et Louis Garrel s’aiment à la guerre

« Mon Légionnaire » : Camille Cottin et Louis Garrel s’aiment à la guerre

Avec ce deuxième film, Rachel Lang (Baden Baden) s’attaque à un sujet aussi intemporel que férocement actuel, celui de l’armée – et plus précisément ici de la Légion Étrangère. Et la surprise est plutôt bonne.

Ils viennent de partout, ils ont désormais une chose en commun : la Légion Étrangère, leur nouvelle famille. Mon Légionnaire raconte leurs histoires : celle de ces femmes qui luttent pour garder leur amour bien vivant, celle de ces hommes qui se battent pour la France, celle de ces couples qui se construisent en territoire hostile.

La réalisatrice Rachel Lang s’est questionnée sur l’absence, le couple, l’amour : « Comment font les soldats de retour de mission pour retrouver l’intensité et la cohésion que l’on ressent là-bas ? Comment font-ils pour retrouver leurs compagnes ou compagnons après des mois d’absence ? »

Entrelacement des histoires

L’histoire de deux couples se mêlent dans les fils de la narration : un jeune couple et un plus endurant avancent en parallèle, suivant le même schéma. Une femme sur le sol Corse, tentant d’oublier l’absence, et tenant compagnie aux autres femmes de soldats, et un homme dans l’armée, qui partage son temps entre les entraînements en Corse et les missions dans un pays d’Afrique. Au fil du film se dessinent des relations amicales, amoureuses, de réflexions personnelles ou politiques, des traumatismes et des deuils. À travers une image doucement contemplative et purement anti-spectaculaire, le film nous surprend par sa capacité à nous happer, bien que le monde et les problématiques dont il y est question soient à mille lieux de nous.

Dans un premier temps, c’est en quelque sorte un film d’amour. Les histoires d’armée passent au second plan, derrière la complexité des relations qui se tissent tant bien que mal entre les absents et celles laissées derrières. On y observe une réelle finesse dans la construction de l’émotion et dans les réflexions sur le couple. Le film s’éloigne du drame amoureux ou du lyrisme romantique, voire du grandiloquent, et parvient à toucher du doigt quelque chose de l’intime. On pénètre dans des vulnérabilités justes, celles de l’absence, du pourquoi de l’absence, du pourquoi de l’armée. Pourquoi choisir d’aller se battre au loin plutôt que d’élever son enfant aux côtés de sa femme ? Le thème de la famille est évidemment présent, constamment mis en parallèle avec l’intensité des liens qui sont créés au sein de la Légion. Tous ces sujets parviennent à être évoqués simplement et efficacement, sans jamais tomber dans un traditionalisme famille-patrie qui pourrait en effrayer plus d’un.

À l’émotion qui s’installe au sein du film s’ajoute ensuite une certaine sensualité. En effet, au delà d’une question d’amour, il est question des corps. Des corps qui se battent, certes, mais aussi des corps qui s’enlacent et s’aiment. La caméra s’en approche avec douceur, et montre à égale distance ceux qui s’embrassent et ceux qui s’entraînent. Difficile de ne pas penser à Claire Denis et son magnifique Beau Travail, qui parle également de la Légion Étrangère, face à tant de sensualité des corps. Une scène finale semble d’ailleurs rendre hommage au film de Denis, ou du moins l’évoque de par cette qualité si particulière provoquée par deux corps qui se battent avec tendresse.

Pour Céline, Rachel Lang voulait une femme forte et indépendante et c’est dans cette optique qu’elle a choisi Camille Cottin. Cette dernière connaît une année 2021 assez chargée puisqu’elle est aussi à l’affiche de Stillwater de Tom McCarthy et House of Gucci de Ridley Scott

La complexité, l’intime et les bonnes questions

Ce rapport à l’intime se ressent également dans les images des soldats. La guerre elle-même est montrée au regard des vulnérabilités et des sensibilités. Rien d’épique dans ces images, au contraire. Ce sont plutôt les peurs, les inquiétudes et les incompréhensions face à des situations trop vite tragiques qui s’y reflètent. Le film n’est ni une apologie de la guerre, ni une critique de l’armée, il parvient à trouver le gris, l’entre-deux et la complexité. Une séquence se démarque, placée en plein milieu du film : il s’agit d’une discussion entre Maxime (Louis Garrel) et ses amis restés dans la métropole, l’interrogeant sur sa décision de tout quitter pour partir servir dans l’armée. Cette discussion permet de soulever toutes les implications (diplomatiques, économiques, pacifiques ou encore colonialistes…) que posent l’armée. En l’absence de réponse véritable et dans le malaise provoqué par ces questions, toute la complexité de la situation est mieux montrée que par n’importe quelle diatribe.

En parallèle, une atmosphère angoissante s’installe peu à peu, et semble se refermer sur celles restées derrières. Les femmes y ont un rôle, elles sont femmes de soldat. Ce rôle a des devoirs et répond d’un certain nombre d’obligations, qui peu à peu dévoilent tout le machisme et le communautarisme dont peut faire preuve l’armée. Cette place est profondément questionnée par l’ambiance de plus en plus oppressive qui fait sentir, et par quelques questions, par-ci par-là, posées par les personnages et qui déclenchent une vague de malaise toujours plus perceptible chez les gens qui les entourent… De plus, en filigrane, des problématiques plus proches de nous se dévoilent – le racisme, omniprésent, celui de la Corse, certes, mais à travers elle, le racisme en général, de l’Islamophobie au nationalisme.

En somme, le film se présente comme une agréable surprise. Maniant avec intelligence des sujets délicats, Rachel Lang parvient à nous offrir un film à la fois complexe et cristallin, débordant d’émotion et d’intelligence. Sans oublier ses acteurs qui parviennent également à trouver l’émotion juste et proposer un jeu sans fioritures et plein de qualité.

MON LÉGIONNAIRE
Réalisé par Rachel Lang
Avec Louis Garrel, Camille Cottin
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