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Derby Girl : la série absurde et nécessaire qu’il faut voir sur France TV Slash

Derby Girl : la série absurde et nécessaire qu’il faut voir sur France TV Slash

Olivier Fade

Depuis le 23 octobre, les 10 épisodes de Derby Girl sont à binge watcher sans modération, gratuitement sur France TV Slash. Inspirations, modèles et coups de coeur, rencontre en quelques questions avec Nikola Lange, co-scénariste et réalisateur de la série, et sa comédienne principale, interprète de l’avide Lola Bouvier, la talentueuse Chloé Jouannet.

Olivier : Salut Nikola et Chloé ! Je voudrais me pencher tout d’abord sur l’aspect scénario de la série, écrite à 4 mains (Nikola a co-écrit la série avec Charlotte Vecchiet). Vous êtes-vous inspirés de vos propres vécus de collège, voire traumatismes, façon Les Beaux gosses

Nikola : Salut Olivier ! Bonne question. Il faudrait demander à mon psy (rires). Il y a probablement quelques analogies à faire entre certaines scènes et mon vécu. Et soyons honnête, il y a même quelques similitudes entre certains personnages et mon caractère… mais je n’en dévoilerai pas plus. Je peux seulement dire que les thèmes abordés dans la série me sont chers. Je me suis davantage inspiré de ma propre vie pour les dialogues de la série. Que ce soit dans la façon de parler des personnages ou dans les expressions utilisées, j’y ai mis beaucoup de moi, de mon frère, de mes potes… 

O. D’où est venue l’idée de placer le roller derby au cœur de la série ? 

N. Je connaissais le roller derby depuis longtemps, avant même la sortie de Bliss (Drew Barrymore, 2009) ! Je viens de la scène punk hardcore et il y a beaucoup de passerelles entre ces deux univers : l’ambiance bon enfant désinhibée, l’aspect inclusif, mais également toute une imagerie (glam, horror movies, etc). Il y a quelques années, j’ai eu l’idée de faire évoluer un personnage aux antipodes des valeurs du derby. Lola est une princesse énervante qui va se lier d’amitié avec des meufs cool et rock’n’roll. C’est une figure classique de comédie : le poisson hors de l’eau – où comment quelqu’un qui n’a pas les codes de l’univers dans lequel il évolue doit trouver sa place. Je ne voulais pas pour autant faire une série sur le sport mais plutôt placer le roller derby comme arène de la série.


O. D’ailleurs Chloé, comment se prépare-t-on à entrer dans la tête d’une personne au départ égoïste, princesse et un peu mytho ? Où s’arrête Chloé, où commence Lola ?

Chloé : De Chloé à Lola, il y a d’abord toute mon énergie, ce que j’ai déjà au quotidien ! Et puis j’ai beaucoup travaillé sur tout ce qu’on s’interdit dans la vie, tous ces moments où on voudrait pouvoir péter un câble sans jamais le faire. Lola Bouvier m’a permis de pouvoir jouer à ce niveau-là. Comme j’ai grandi dans les années 2000, j’ai pu m’inspirer de tous les teenage movie américains de l’époque, ceux avec les méchantes type High Scool Musical, les pestes, voire Disney et certains personnages hauts en couleurs. Quand Nikola m’a donné des références de séries à regarder, on s’est mis d’accord sur le second degré, on devait y aller à fond.

O. Tu m’arrêtes si je me trompe : tu as été doublée pour les figures les plus difficilement exécutables en patin à glace, mais tu as quand même un petit niveau ? Quelle a été ta préparation physique ?

C. : J’ai fait beaucoup de roller avec mon père donc effectivement j’étais à l’aise, je n’avais pas peur de tomber. Et puis Nikola a fait en sorte au montage qu’on ait toutes l’air super fortes. Au final, sur six semaines de tournage, il y en a eu environ deux de rollers. On avait une coach qui était là en back-up, et j’avais également une doublure pour tout ce que je ne pouvais pas faire. On ne l’a finalement pas tant utilisée que ça, puisque Nikola savait déjà comment il allait se débrouiller au montage, c’est-à-dire à quel moment exact il allait couper.


O. Il y a énormément de ruptures visuelles et sonores au fil de chaque épisode. Nikola, tu tenais à cet effet « punchy » dans la réalisation ? En faire quelque chose de rafraîchissant, rythmique, parfois musical ?

N. : Epaulé par ma formidable équipe, je voulais faire quelque chose d’esthétique et “garage” à la fois (comme sublimer un intérieur passé de mode ou magnifier une ville périurbaine). L’effet “punchy” vient, je pense, du rythme de la série. Je souhaitais, dans la même optique, surdécouper un monde où il ne se passe pas grand chose. Donner du rythme à l’aspect parfois contemplatif de Derby Girl. L’effet de rupture était une volonté pour ajouter de la comédie dans des effets de mise en scène ou de montage. Il y a également un côté “clipesque” dans la réalisation auquel je tenais, que ce soit pour le fond (comme marquer une ellipse) ou pour la forme – par gratuité selon la police, par générosité selon les manifestants (rires). En réalité, comme tous les jeunes réalisateurs, j’ai voulu ressembler à mes modèles. Finalement, ce que j’ai raté est devenu mon propre style. 

O. La série a une esthétique très fin 80’s début 90, des couleurs flash aux thèmes sonores électro en passant par les nombreuses références cinématographiques. Je pense à la réplique sur Ruffio, également au dialogue tiré de Hot Shots. Tu y as mis tous tes amours de jeunesse ?

N. Comme c’est mon premier projet de série, j’y ai mis beaucoup de références qui passent par le dialogue mais également par la réalisation. J’ai grandi dans les années 90 (meilleure décennie de tous les temps), il y a donc quelques clins d’œil au ZAZ (Zucker, Abrahams, Zucker), aux films que je regardais en boucle quand j’étais enfant (Hook, Hot Shots, La Cité de la peur, Karaté Kid, Rocky, pour ne citer qu’eux). Même si avec Barbara Maubert (productrice) nous avons finalement opté pour une série contemporaine, j’y ai mis beaucoup d’éléments de mon enfance/adolescence. La direction artistique va dans ce sens même si je suis plutôt influencé par des contemporains en ce qui concerne la réalisation et le montage (Edgar Wright et Jody Hill notamment).

 

C. Avec Nikola on a eu un gros coup de cœur sur la première séance de travail, et je me suis complètement retrouvée dans son univers ! Au fur et à mesure de la préparation je suis tombée amoureuse de la série, les scénarios m’avaient faite hurler de rire, essayages costumes génial, puis les décors et tout l’univers me correspondent complètement. Un ovni en France, complètement barré.

 

N. Aussi, en plus de mes amours de jeunesse, j’y ai mis quelques coups de cœur plus récent (Spaced, Eastbound & Down, Napoleon Dynamite). 


O. Chloé, il y a une très belle alchimie entre les filles, vous vous connaissiez avant ? Et peux-tu évoquer ta rencontre avec Nelson Monfort, légende du PAF ? Vous êtes devenus inséparables ?

C. On ne se connaissait pas du tout ! Pendant certaines séances de préparation, en pré-production, j’étais ailleurs en tournage, puis quand la production a commencé elles n’étaient pas toutes là, j’ai d’abord eu le temps de me mettre dans la peau du personnage. Tout le monde s’est finalement retrouvé, et là, gros coup de cœur. Aujourd’hui encore, on est resté super copines, on se téléphone beaucoup, on se voit en soirée – moins en ce moment… Nikola a réuni un groupe de filles qui s’entend bien à l’image et dans la vie, il l’avait senti. 

Pour évoquer Nelson : j’adore, vraiment. C’est un amour de gars dans la vraie vie, on a eu trop de chance de l’avoir. Il est adorable, plein de gentillesse et de générosité, c’était vraiment super de travailler avec lui !

O. Il y a un grand message positiviste en filigrane, sur toute la saison, un message d’entraide, d’acceptation, d’amour aussi, simplement. A quel point cela vous paraît nécessaire aujourd’hui d’en parler ?

C. Ça fait du bien, c’est sûr ! Nikola a vraiment cassé les codes, la série est pour tout le monde, et les personnages féminins sont très forts, très bien écrits. Les filles ne sont pas guidées par leur love interest, elles s’accrochent à plein d’autres choses, et ça c’était important pour moi. On est une génération qui doit faire bouger les choses dans les projets des rôles féminins, pour qu’on ne joue pas la petite copine ou la femme ou la mère de.

 

Il a également su mettre en valeur des corps, il n’a pas pris que des filles sveltes, de celles qui posent dans Elle ou Vogue. Dans Derby Girl on filme de vraies filles, belles, 100% elles-mêmes. C’est important parce que les adolescentes aujourd’hui vont pouvoir s’identifier, et voir qu’il n’y a aucun problème par rapport à leur taille, ou autre. En soi la série n’en parle même pas. Parce que Nikola est entier dans son travail, la série est féministe, mais sans message vocalisé par un personnage. On présente les choses comme si elles étaient déjà acquises, ce qui devrait être le cas. C’est agréable de faire des projets modernes, qui reflètent une société qui moi me plaît.

O. C’est la question signature chez Arty Magazine, pouvez-vous me donner votre définition d’un artiste ? Et d’une vraie derby girl ?

N. Pour moi, être un artiste c’est comme être une derby girl. On prend des coups, on tombe mais on se relève (je sais, c’est deep). 

 

C. Alors, déjà un artiste n’oublie pas de partager ce qu’il ou elle aime. Mais une vraie derby girl, c’est une meuf badass qui n’a pas froid aux yeux.

DERBY GIRL – saison 1
De Nikola Lange et Charlotte Vecchiet
Réalisée par Nikola Lange
Avec Chloé Jouannet, Sophie-Marie Larrouy, Jisca Kalvanda
Actuellement disponible sur France TV Slash

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