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« Infernal Affairs », la trilogie culte à revoir au cinéma

« Infernal Affairs », la trilogie culte à revoir au cinéma

Infernal Affairs, le polar qui a révolutionné le cinéma de Hong Kong et inspiré Martin Scorsese pour Les Infiltrés, est de nouveau en salles dans une version remasterisée en 4K grâce à The Jokers Films. Arty te donne toutes les raisons de le (re)voir.

Yan (Tony Leung Chiu-Wai) est envoyé par l’inspecteur Wong (Anthony Wong) pour infiltrer les triades. Ming (Andy Lau) est envoyé par Sam (Eric Tsang) pour infiltrer la police. L’échec d’une transaction fera prendre conscience la présence d’une taupe dans chaque camp. Yan et Ming ont un objectif commun : la démasquer. S’engage alors un jeu de chat et la souris pas si simple qu’il n’y paraît…

La renaissance du cinéma hongkongais

2002. L’archipel hongkongais connaît une crise abyssale tant sur le point de vue économique que social. On y parle d’inflation à la déflation. Cinématographiquement parlant, c’est le néant. Enfin plus ou moins. Les grands comme Tsui Hark, John Woo, Ringo Lam, Jackie Chan ou Sammo Hung ont déserté pour tenter leur chance à Hollywood. Les comédies locales de Wong Jing et Johnnie To tentent de combler les salles. Les succès se comptent hélas sur les doigts d’une main. L’année précédente, c’était Stephen Chow avec sa comédie hilarante Shaolin Soccer, mêlant kung-fu, football et absurde. Celle d’après, triomphe inattendu d’Infernal Affairs, polar stylisé, co-réalisé par Andrew Lau et Alan Mak.

De par son univers implacable et singulier – magnifiquement écrit par Felix Chong et Alan Mak, image soignée (grâce à la participation du photographe attitré de Wong Kar-Wai, Christopher Doyle) le film a non seulement relancé l’industrie cinématographique mais aussi permis d’avoir une approche différente du cinéma hongkongais (terminé les hirondelles qui volent pendant les gunfights). La preuve : critiques dithyrambiques (« Un thriller éblouissant et magnifiquement tourné » affirme The New York Times, « Imaginez Heat de Michael Mann tourné à Hong Kong » souligne The Hollywood Reporter) et multiples récompenses amplement méritées (prix du meilleur film, meilleur réalisateur, meilleur scénario, meilleur acteur aux Golden Horse Film Awards et Hong Kong Film Awards en 2013). Quatre ans plus tard, Martin Scorsese décide même d’en faire un remake américain sans intérêt sous le nom des Infiltrés (The Departed) avec Leonardo DiCaprio, Matt Damon et Jack Nicholson.

« On avait dit qu’on ne parlerait pas des Infiltrés de Martin Scorsese » Trop tard…

Une spirale infernale

Le générique du film s’ouvre par des bruits de cloches, une musique (Entering The Inferno) retentit dans une ambiance ténébreuse, inquiétante, voire infernale. On y aperçoit des silhouettes de différents Bouddha au regard méprisant. Le spectateur s’engouffre d’emblée dans cet enfer continu symbolisé par un mouvement de caméra virevoltant. À ce propos, le titre original Mou gaan dou se réfère au niveau le plus bas de l’enfer dans la mythologie bouddhiste. La citation du Sutra de l’Extinction – Verset 19 : « Le pire des enfers est l’enfer permanent. Il implique des souffrances continues. » nous annonce une chose : rester sur le qui-vive. Curieusement, la suite du film sera tout autant orientée par cette hiérarchie au niveau moral.

Loin du Hong Kong connu pour ses jonques, ses immeubles moroses de Kowloon, les restaurants qui embaument les ruelles de Mong Kok et ses lumières versatiles visibles depuis le Victoria Peak, Infernal Affairs sillonne plutôt des gratte-ciels, des temples, des statues de Bouddha et une lutte sans merci entre la police et la triade dans cet enfer permanent. Chan Wing Yan, taupe sous la tutelle de l’inspecteur Wong, se lasse affreusement de son statut et souhaite de nouveau enfiler son costume de flic. Lau Kin Ming, une des dernières recrues de Sam, est envoyé au front pour infiltrer la police. Présence d’espions dans les deux bords. Le temps défile. Il faut alors à tout prix trouver cette taupe. Tout est question de miroir et de quête d’identité. Et garde à celui franchira la ligne. La fatalité est inéluctable, indélébile.

La trilogie Infernal Affairs gagne son entrée au panthéon cinéphile, en marquant les esprits par son traitement novateur d’un schéma éculé : le jeu du chat de la souris

L’enfer en trilogie, c’est trois fois mieux

Un flic infiltré dans la pègre. Un mafieux infiltré dans la police. Un jeu de chat et la souris. Un pitch d’ores et déjà traité dans l’histoire du cinéma. On pense aux Incorruptibles (1987) de Brian De Palma, À toute épreuve (1992) de John Woo ou bien à Donnie Brasco (1997) de Mike Newell. Une question nous taraude l’esprit : comment renouveller le genre ? La réussite d’Infernal Affairs, mûrissement d’un fruit d’une dizaine d’années, est dû à cette chasse névrotique, cette peur psychologique d’être démasqué, une tension palpable digne d’un William Friedkin, un suspense haletant, un casting cinq étoiles et une bande son somptueusement composée par Chan Kwong Wing.

Le succès triomphal et inopiné du premier opus a engendré l’écriture et la production de deux autres chapitres. La trilogie comporte trois histoires différentes. Le premier et le troisième épisode reposent sur le schéma de la traque et de la désintégration psychologique. Alors que le deuxième (considéré comme le meilleur de la saga) surfe sur la même trame narrative de la deuxième partie du Parrain de Coppola, traite de trois époques distinctes : 1991, 1995 et 1997 – rétrocession de Hong Kong à la Chine – et suit à la loupe le passé de l’inspecteur Wong et de Sam. Des chapitres qui ont la particularité d’être vu indépendamment des autres et qui n’auront en aucun cas des effets sur la narration. En résumé, pour comprendre la chronologie :  le deuxième est le préquel, le premier est le présent, le troisième (chapitre hybride) est à la fois préquel et séquel.

La restauration d’Infernal Affairs, un braquage réussi haut la main

Une remasterisation remarquable

Crise des scénaristes, émergence des séries : l’industrie cinématographique est au plus bas… Eureka ! Pourquoi ne pas ressortir les classiques dans une version restaurée ? Les visionner dans ces nouvelles conditions, c’est comprendre un style cinématographique qui a marqué les esprits et son époque. Pour Infernal Affairs, c’est saisir la politique d’« un pays, deux systèmes ». C’est également préserver un patrimoine, le septième art en l’occurrence ; c’est le plaisir du cinéphile consommateur armé ou non de son pop-corn à fréquenter les salles obscures, où la nostalgie bat son plein. Bref, être enivré par la magie du cinéma.

L’industrie cinématographique de Hong Kong n’est pas connue pour la conservation des négatifs. Il a fallu plus d’une trentaine d’années afin que les films de la Shaw Brothers soient restaurés. La restauration inédite d’Infernal Affairs a été faite par L’Immagine Ritrovata (laboratoire italien hautement spécialisé dans la restauration de films), l’étalonnage par One Cool Production (société de production et de distribution hongkongaise) à partir du négatif original 35mm, scanné et restauré en 4K. Résultat : moins de grain, une netteté du négatif, des couleurs rafraîchies… Autant d’éléments qui permettent de le redécouvrir au cinéma en bonne et due forme.

INFERNAL AFFAIRS
Réalisé par Andrew Lau et Alan Mak
Avec Andy Lau, Tony Leung Chiu-Wai, Anthony Wong, Eric Tsang, Kelly Chen, Edison Chen, Shawn Yue et Sammi Cheng
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INFERNAL AFFAIRS II
Réalisé par Andrew Lau et Alan Mak
Avec Anthony Wong, Eric Tsang, Francis Ng, Edison Chen, Shawn Yue et Carina Lau
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INFERNAL AFFAIRS III
Réalisé par Andrew Lau et Alan Mak
Avec Andy Lau, Tony Leung Chiu-Wai, Anthony Wong, Eric Tsang, Kelly Chen, Leon Lai et Chen Dao Ming
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Pour

Si tu aimes les films stylisés made in Hong Kong

Si tu es passionné par les thrillers, les polars

Si tu aimes te perdre au milieu des gratte-ciels

Contre

Si tu préfères la mafia napolitaine aux triades

Si le cinéma hongkongais te laisse indifférent

Si les histoires de flics et d’infiltration, ce n’est franchement pas ta came

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