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Home Ciné #20 : Le cri de résistance de « Good Morning Vietnam »

Home Ciné #20 : Le cri de résistance de « Good Morning Vietnam »

Pendant toute la durée du semi-confinement et des salles fermées, Arty Magazine te propose ses Home Ciné, un lieu convivial où nos rédacteurs et journalistes présenteront leurs films préférés. Ceux qu’ils ont vu à 6 ans, qu’ils ont découvert suite à leur première rupture amoureuse, qu’ils dévorent avec un paquet de chips chaque dimanche soir depuis dix ans… Bref, tous ces films de leur vie qu’ils souhaiteraient te faire découvrir, là, maintenant.

Aujourd’hui, Roxane nous présente Good Morning Vietnam, de Barry Levinson, 1987.

Robin Williams se fait clairement plaisir dans le film, et démontre encore une fois sa capacité à s’adonner à de nombreuses improvisations d’anthologie. Le rôle est déjanté, contestataire et incontrôlable. Ecrit pour lui ?

Parler de la guerre sans la montrer, un drôle de défi

Adrian Cronauer, DJ anticonformiste et arrogant, est affecté à Saïgon, à la radio des forces armées, avec pour mission de remonter le moral des troupes.… L’unique échappatoire des soldats envoyés vers l’horreur de la guerre et des combats du Vietnam. Bob Dylan ou les Beach Boys sont dressés en injection médicale contre une censure jamais bien loin. La prestation cinématographique est unanimement remarquable et hors norme, comme Robin Williams en détient le secret. Tu l’auras bien compris, l’ambiance est ici électrique.

Le film est rythmé et équilibré, entre dérision et réalisme dénonciateur. Au revoir paix et fraternité, l’horreur de la guerre se déroule sous nos yeux. Trouvaille de mise en scène : cette guerre n’est pourtant jamais réellement montrée, excepté lors de séquences clipesques, quasiment contemplatives. Un choix de réalisation relativement perspicace et intelligent puisqu’il autorise le film à s’affirmer tout en imposant au spectateur la réalité de la situation. À notre plus grand soulagement, le film ne s’enferme pas uniquement dans la condition et la position des soldats américains. Le tableau est enrichi grâce au quotidien des civils vietnamiens, qui sont partie intégrante du scénario et non simple composante du décor. La guerre prend des proportions bien divergentes et contradictoires lorsqu’elle se manifeste de façon plus suggestive, de l’intérieur, au fil d’une vie bercée par la guerre.  

Le DJ qui a inspiré le personnage écrit pour Robin Williams n’était pas Adrian Cronauer, mais Dave Rabbitt. Ce grand promoteur de l’usage de stupéfiants et de prostitution avait créé une radio pirate à Saïgon, avant d’être détruite en janvier 1971 par l’armée américaine.

Un film plus engagé qu’il en a l’air

Good Morning Vietnam est véritablement un film sans prétention, aucunement moralisateur mais profondément sincère, tendre et attachant. Ne résumons pas le film aux prouesses de Robin Williams, puisque l’air de rien, il aborde des sujets sensibles et hélas encore d’actualité : une censure absurde et à outrance, un manque de liberté d’expression, un conformisme et une incompréhension des cultures, du racisme et de la propagande. Le personnage se sent déchiré entre sa nationalité et ses nouveaux camarades, tandis que le film dénonce l’atrocité et la bêtise des guerres, brutales, cruelles et sans rémission. Un véritable sans-faute pour Barry Levinson.

Toutefois, une recommandation s’impose : la version originale du film. Lorsque Cronauer est à la radio, la quasi totalité des gags sont incompréhensibles pour les non-anglophones : des private jokes ultra américaines et des imitations de personnalités pour la plupart seulement connues outre-Atlantique. Ceci étant dit, le film reste léger et agréable : de l’entertainment authentique et clair, sublimé par le regretté R.W.

GOOD MORNING VIETNAM
Réalisé par Barry Levinson
Avec Robin Williams, Forest Whitaker, Tung Thanh
Disponible sur Orange, Canal VOD

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