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« Cobra Kai » et le fan service nostalgique des années 1980

« Cobra Kai » et le fan service nostalgique des années 1980

Cobra Kai, dont la saison 3 a débarqué sur Netflix en début d’année, a été renouvelée bien avant la sortie de celle-ci, au mois d’octobre 2020. Pourquoi un tel engouement ? À qui la série est-elle destinée ? On donne notre avis, largement subjectif, et qui n’engage que nous.

William Zabka, éternel Johnny Lawrence, sur qui la série donne enfin un (meilleur) point de vue

L’événement n’aura pas échappé aux yeux de faucon des plus fanatiques : en juin 2020, Netflix acquiert les droits d’une série qui donne suite aux aventures de Daniel-san, le Karaté Kid original, trente-quatre ans après son dernier sacre au tournoi de All Valley. « Cobra Kai », du nom du dojo de Senseï Kreese, l’homme à la mâchoire d’acier, débute pourtant en suivant les pas de Johnny Lawrence, le grand perdant du film de 1984, celui qui se prend le coup de la grue en pleins maxillaires.

Une série par des fans, pour des fans

La question qui taraude tous les abonnés Netflix : que fait Cobra Kai dans le top 10 des séries les plus trendy de la plateforme ? À première vue, donner suite à The Karate Kid, le chef d’œuvre de John G. Avildsen (également réalisateur de l’oscarisé Rocky), sous forme sérielle de surcroît, ne relevait pas de la plus saine des décisions. On nous a demandé récemment : « Faut-il avoir vu The Karate Kid pour regarder Cobra Kai ? ». Ce à quoi nous avons répondu : « Il faut aimer The Karate Kid pour regarder Cobra Kai. » Car comme le titre de ce paragraphe l’indique, Cobra Kai a été écrit, produit et réalisé par des fans de la trilogie de Senseï Avildsen, tout autant qu’il l’est destiné.

Le trio original, sur qui la série te réserve quelques surprises. Rest in peace, Pat Morita.

Pour les néophytes, les épisodes se succèdent probablement de manière exaspérante : Ralph Macchio n’a clairement plus l’aisance désinvolte qui le caractérisait dans les années 1980, et les adolescents qui ont pris sa relève sont tous plus désespérants les uns que les autres. Pas si mal écrits, entendons-nous, ici c’est l’exercice de jeu qui fait défaut, du protagoniste au dernier des figurants. N’est pas Macaulay Culkin ou Haley Joel Osment qui veut.

Un personnage, et l’acteur qui l’incarne, tire parfaitement son épingle du jeu : Johnny Lawrence (William Zabka), que Daniel LaRusso (Ralph Macchio) battait en finale du tournoi de karaté de All Valley à la fin du premier film, après avoir séduit sa petite amie. Double peine pour le pauvre Johnny, qui en 2018 n’a toujours pas digéré sa défaite. Il est dorénavant installateur de téléviseurs, et claque l’intégralité de son salaire en bière « de bonhomme ». La bonne nouvelle ? Le comédien paraît le seul à avoir parfaitement saisi l’esprit second degré d’un tel retour plus de trois décennies plus tard (spoiler alert, un autre personnage que l’on verra en saison 3 également).

Une série pop corn qui doit s’apprécier avec humour

Le second degré, le maître mot des nouvelles aventures de Johnny, Daniel, et de leurs enfants insupportables. L’œuvre joue, du premier épisode de la première saison au dernier de la troisième, sur la fibre nostalgique des amateurs de la trilogie originale. Mais pas que. Cobra Kai, c’est Johnny Lawrence qui ouvre un dojo pour badasses, lui qui ne supporte pas qu’un homme se comporte en pussy. Clichés de genre, me diras-tu ? Pas tant que ça, finalement. Le beau sexe est à l’honneur et se bat tout aussi bien, mieux parfois, que son homologue masculin. Johnny réalise rapidement que sa vision du monde est dépassée et s’adapte céans aux nouvelles mœurs, lui qui tente d’enseigner la force mentale et l’esprit combatif à qui veut bien recevoir ses mantras.

Cobra Kai reprend à bras ouverts la thématique de la transmission, le mentor et l’élève, chère à la trilogie The Karate Kid – ici le premier film.

Anti-héros loser par excellence, Johnny jongle entre les flashbacks de ses défaites passées et les tentatives d’explication de celles-ci. La série réécrit l’histoire en passant du point de vue de Daniel à celui de son meilleur rival, le Régis de son Sacha. Elle offre enfin une tribune à celui que l’on adorait détester, elle humanise le démon sans scrupules, lui qui subissait également les violences psychologiques et physiques de son mentor. Pour cela, et pour peu d’autres raisons, Cobra Kai a le mérite d’exister, elle qui nous replonge maladroitement dans une enfance que personne ne souhaite oublier, à coups de flashbacks épiques et bien sentis.

L’image a perdu de son grain, les démêlés de leur noirceur, M. Miyagi est malheureusement décédé, la police n’intervient jamais, les scènes de bagarre sont invraisemblables (plus scénaristiquement que visuellement, puisqu’elles sont particulièrement soignées) ; malgré tout, Johnny Lawrence a gardé sa collection de magazines Playboy et apprend à se servir de Facebook en se pensant toujours hype, et ça, ça n’a pas de prix.

L’amour inconditionnel du cinéma de kung-fu

Au-delà d’une série héritée de la trilogie des Karaté Kid, Cobra Kai tente un hommage, plein d’une confiance parfois mal placée, aux films de kung-fu hongkongais des années 1950 et des décennies suivantes – ce qu’était justement en son temps le premier film. Soit remettre au goût du jour et américaniser tout un pan de l’histoire hongkongaise, devenue rapidement internationale, probablement plus par passion que par appât du gain. Toi que l’histoire tente, tu peux te pencher sur un documentaire Netflix intelligemment intitulé Iron Fists et Kung Fu Kicks, qui retrace assez justement l’histoire, dans les grandes lignes, de ce genre si particulier que représentent « les films de baston », comme on les appelle chez nous.

King Boxer ou Five Fingers of Death, Cheng Chang Ho, 1972. Chef d’œuvre absolu du film de baston dont Tarantino piquera la signature sonore pour le diptyque Kill Bill.

The Karate Kid, l’original, est une déclaration d’amour américaine au genre : l’adolescent faible, maltraité par un bully, qui va s’élever auprès d’un vieux sage et triompher du Mal – une fille au milieu pour pimenter le tout. Ce à quoi aspire justement Cobra Kai : retrouver cet esprit, la vieille baston rivale, l’amour au centre – la modernité morale et technologique en plus. En plus d’assouvir les pupilles des plus nostalgiques, l’intérêt principal de la série, finalement, pourra être de rediriger les plus novices vers le genre kung-fu, trop souvent réduit à d’impossibles cascades hurlées, bien qu’il fasse preuve d’une ingéniosité cinématographique exemplaire depuis près de 70 ans.

Note aux antiquaires amateurs : si vous souhaitez élargir votre horizon sur le sujet pré-cité, n’hésitez pas à mettre la main sur les 14 numéros du magazine HK, arrêté en 2000 et devenu collector, pour lire et relire les tribulations des frères Shaw et de leur meilleur rival – l’histoire originale ! – Raymond Chow et sa récolte dorée.

En attendant, on peut attendre la saison 4 de Cobra Kai pour l’année prochaine.

COBRA KAI
De Josh Heald, Jon Hurwitz, Hayden Schlossberg
Avec William Zabka, Ralph Macchio, Xolo Maridueña
Actuellement disponible sur Netflix

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