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Café Croissant avec Julien Granel, le petit dej’ arc-en-ciel

Café Croissant avec Julien Granel, le petit dej’ arc-en-ciel

C’est dans la cour d’immeuble ensoleillée du label Wagram, assortie à la personnalité et au style de Julien Granel, que ce super-héros de tous les jours débarque de sa planète. Il revient sur le chemin qui l’a mené à devenir l’un des artistes pop les plus prometteurs de sa génération. Certaines étapes lui paraissent encore irréelles, mais le lendemain de cette rencontre, tout se concrétisera avec la sortie de son premier album Cooleur.

Il est 11h et quelques minutes, Julien s’attable en terrasse sous le soleil de Paris. Assorti aux chaises et aux tables, habillé de jaune, de rose et de bleu, l’artiste érige la pop en mode de vie. Son quotidien ? Prendre du plaisir, et surtout le redistribuer à ceux qui l’entourent. Julien est un artisan de la joie cathartique, celle qui illumine ceux qui ont la chance de le côtoyer. Ses cheveux bicolores, ses multiples bagues en plastique et ses lunettes de soleil teintées de jaune assorties d’une moustache à la Freddie Mercury invitent les regards à se plonger dans son univers, comme sorti d’un clip de Mika.

De son arrivée à Bordeaux après une enfance dans un petit village du sud-ouest, à la tournée des Zéniths en première partie d’Angèle en passant par des collaborations avec Pedro Winter, Chromeo et Jean-Charles de Castelbajac, Julien Granel impose son originalité avec liberté et bienveillance. Attaché à rester lui-même envers et contre tout, cet artiste débordant de créativité impressionne par sa maturité, à seulement 23 ans.

Entretien avec Julien Granel dans la jolie cour pavée de son label, Wagram Music, situé dans le Marais © Jacques-Henri Heim

La vie, c’est avant tout des hasards, des rencontres…

Julien Granel sait s’entourer. Ses amis, omniprésents dans sa musique et son quotidien, l’accompagnent dans son incroyable parcours. La moitié de son album Cooleur a été composé dans une résidence, entouré de ses proches pour qui il compose des hymnes à leur amitié, à l’instar de son single à succès Vers le soleil.

« Quand je compose, juste avant les concerts ou dans le tournage des clips, mes potes sont toujours là. Ils font tous un métier artistique, et ils comprennent mon projet. J’aime surtout faire des connexions entre mes connaissances, et faire preuve de bienveillance. » Cette bienveillance dont il a manqué étant petit, il la répercute sur son entourage, comme une revanche positive.

Bien entouré, avec des amis toujours prêts à le suivre dans ses idées, aussi farfelues soient-elles « ils pensent comme moi que toutes les idées méritent d’être poussées jusqu’au bout », Julien évoque l’envie de devenir homme-orchestre le temps d’un clip. Clin d’oeil, un de ses amis a même réussi à faire venir Rémy Bricka, l’emblématique homme-orchestre de la pop : « C’est une rencontre qui m’a beaucoup marqué. Il m’a dit que notre métier, ce n’est pas de faire de la musique mais de rendre les gens heureux. Et quand les parisiens râlent parce qu’on fait du bruit place de l’Opéra, ça montre juste qu’on a encore beaucoup de travail. »

La rencontre avec Angèle a pour lui aussi été d’une grande importance, autant humaine que pour sa carrière. Il croise la jeune musicienne Belge dans un appartement à Bordeaux, où encore débutants, ils jouent tous les deux devant vingt personnes. Et quelques années après, elle l’invite à l’accompagner en tant que première partie dans sa tournée des Zéniths… Une expérience inespérée et comme déconnectée pour Julien. « J’ai joué dans un Zénith et dans un bar la même semaine » lance t-il dans le morceau Sincère. Sa propulsion sur le devant de la scène européenne aux côtés de la chanteuse internationalement reconnue ne l’empêche pas de garder les pieds sur terre. Déterminé, euphorique, rêveur mais pas du genre à se reposer sur ses lauriers, Julien creuse son chemin.

« Quand je compose, juste avant les concerts ou dans le tournage des clips, mes potes sont toujours là. Ils font tous un métier artistique, et ils comprennent mon projet. J’aime surtout faire des connexions entre mes connaissances, et faire preuve de bienveillance » © Jacques-Henri Heim

… Qui forgent une destinée

Puisant une énergie infinie dans la joie d’être en vie et d’être libre, le but de Julien Granel est de la retransmettre à ceux qui viennent le voir sur scène. « Quand je compose, je pense toujours au concert qui va le mettre en scène. Je m’arrête sur un morceau que si mon corps bouge. » Son set-up minimaliste, composé de quelques synthés, lui permettent de tourner en train et d’improviser. « Je ne fais jamais le même live tous les soirs, ça permet de m’adapter au public et de ne pas m’en lasser. Même l’ordre des morceaux n’est pas fixe, ce qui a le don d’énerver mon ingé son. » Il construit son concert comme un Tetris aux cases multicolores, qui s’empile au rythme de la foule. Électron libre aux idées bouillonnantes, lui comme sa musique ne tiennent pas en place.

En dehors de ses nombreux lives, passés comme futurs, Julien Granel communique son énergie débordante pendant ses DJ sets. « C’est un exercice complètement différent du live. Ça me permet de diffuser un message à travers les créations des autres, et partager les dernières pépites que j’ai découvertes. Mais finalement, je réfléchis mes lives comme mes DJ sets : avec des drops, des rééditions de morceaux, des énergies qui sont comparables. J’essaye d’avoir la même proximité avec mon public derrière les synthés comme derrière les platines. »

Pendant le Covid, cet artiste pour qui le partage est un besoin vital a d’abord angoissé. Puis, il a utilisé Internet comme lien avec le public. « Les réseaux sociaux, même si c’est le lieu de beaucoup de dérives, reste un moyen incroyable de connexion aux gens. Pendant les confinements, j’ai voulu créer du contenu pour garder cette relation avec ceux qui me suivent. Alors, j’ai créé les freestyle pop. » Ces courts métrages, composés, filmés et montés par ses soins, s’inspirent directement des freestyles de rap. Improvisation et liberté sont les maîtres mots de ces condensés de créativité musicale.

Mais ça ne suffit pas à remplacer les lives, instants de proximité avec ceux qui le suivent. Et quand la vie reprend peu à peu mais que les salles restent fermées, Julien crée le goût de la vie d’avant lors d’une performance artistique avec Jean-Charles de Castelbajac devant le Centre Pompidou : « pour l’ouverture de l’exposition Le peuple de Demain, qu’on a monté ensemble en novembre 2021, je jouais pendant que Jean-Charles peignait sur des robes blanches sur l’esplanade du musée. Le public devait rester assis, mais je pense que les gens étaient tellement heureux de voir que la culture reprenait que d’un coup, tout le monde s’est levé … Et je me suis retrouvé à jouer le premier concert post-Covid de Paris. » Ces moments d’hystérie positive, magiques et irréels, sont de ceux qui prouvent que l’euphorie de Julien Granel est bel et bien communicative.

« Je me suis retrouvé à jouer le premier concert post-Covid de Paris. » explique Julien Granel, se référant à sa collaboration avec Jean-Charles de Castelbajac © Jacques-Henri Heim

Dire oui à la vie…

Sautant de collaboration en collaboration, que ce soit avec les admirables Chromeo et Busy P, ou d’autres illustres artistes dans leur domaine, Julien Granel ne s’embarrasse d’aucune barrière. Intéressé par tout et tout le monde, il aime sortir de sa zone de confort et faire ce qui n’a jamais été fait. C’est principalement avec le monde de la mode que le jeune chanteur au look coloré entre en contact : « La mode, ça a été fondateur dans la recherche de moi-même. J’ai utilisé mes habits comme message pour me différencier des habitants de mon village qui manquaient d’ouverture d’esprit. J’ai trouvé mon style en m’inspirant des pochettes de musique de mon enfance : j’avais envie de vivre dans la couverture d’album des Beatles, de Justice ou de Breakbot. »

Un attrait pour les vêtements qui le mènera jusqu’à collaborer avec une mythique maison française. Quelques années plus tôt, alors âgé de 14 ans, Julien assiste au concert de Mika, son idole. Arborant des louboutins multicolores et pailletées pendant le live, le chanteur va bouleverser Julien par son inventivité sans limite. Quand, une décennie plus tard, Louboutin propose à Julien de le chausser avec le même modèle pour la tournée des Zéniths, l’histoire devient encore plus belle… Le récit arrivera aux oreilles de Christian Louboutin, qui, touché, lui demande alors de créer sa campagne mondiale 2021. Et ça donne le morceau Mirage, à la frontière entre pop et électro, d’une modernité déconcertante.

« Quant à me lancer moi-même dans la mode, c’est quelque chose que je ne me vois pas faire à court terme… Même si j’ai créé le merchandising de mon album comme une sorte de collection capsule. » Casquette rouge pétante avec le nom de l’album brodé en arc-en-ciel, t-shirt à l’effigie de la pochette, vernis coloré en stickers : c’est l’univers de Julien Granel qui se concentre en quelques articles à porter fièrement dans la rue pour « déclarer la guerre à la police du cool. » Cette police qui décide que le sobre est beau et que la mode, c’est suivre la tendance. Tout l’inverse de Julien, ce qui peut lui valoir des réactions parfois virulentes. « Alors que je ne suis pas concerné, je suis visé par des insultes homophobes. Cette violence me rend fou, mais quand ça reste de l’ordre de l’ignorance, je réponds souvent par de l’auto-dérision. Quand je reçois un tir à balle réelle sur Twitter, je m’inflige une roquette dix fois plus forte en public, et souvent, c’est celui qui m’a insulté qui se sent bête. » Ce combat, il préfère le mener par le rire et par la musique. « Quand un papi m’a demandé très sérieusement si j’étais un clown et si je faisais un spectacle, je lui ai répondu : oui, mais pas ce soir. »

« La mode, ça a été fondateur dans la recherche de moi-même. J’ai utilisé mes habits comme message pour me différencier des habitants de mon village qui manquaient d’ouverture d’esprit » © Jacques-Henri Heim

… Et voir le monde en Cooleur

Pour composer Cooleur, son premier album, Julien s’est plongé dans ses souvenirs d’enfance, et ses rêves. « Tout le message de l’album, c’est : est-on devenu le super-héros que l’on voulait être à 14 ans, ou est-on devenu un super-héros que l’on n’avait pas prévu d’être ? » On ne doute pas que le garçon timide et réservé que Julien était à 14 ans aurait admiré le jeune homme qui s’assume, distribuant de la joie à travers sa musique avant-gardiste. « Un des morceaux les plus important de l’album, c’est Sincère. C’est un morceau que j’ai composé quelques jours avant de déposer la version finale de Cooleur. J’y ai mis tout ce qui y manquait : c’est une des chansons les plus intimes que j’ai écrite. » Décrivant cette réalité qui le dépasse, mais qui en même temps le pousse à aller toujours plus loin dans la réalisation de ses rêves, Sincère explore les coulisses de son succès.

« Un des morceaux dont je suis le plus fier, c’est celui avec Pedro Winter, une des idoles de mon adolescence. » Non seulement Julien peut en être fier, mais c’est aussi pour lui un moyen de créer un featuring avec Internet. N’importe qui, n’importe où, peut participer à cette co-création en posant un freestyle, en ajoutant une ligne de basse ou un solo de trompette. Si le featuring est particulièrement réussi, l’auteur pourra venir le faire sur scène avec Busy P et Julien Granel… Cette folie créatrice est quelque chose de très importante aux yeux du chanteur : « J’ai besoin de perdre le contrôle de ma musique, et de faire des choses un peu folles. »

Angoissé par le final plutôt que par la page blanche, Julien a eu plus de mal à finir le disque plutôt qu’à le commencer. « Un bon album, on ne le finit pas : on l’abandonne. » Cette phrase l’a aidé à envoyer la version définitive de Cooleur, qui est sorti le 17 juin. Et même si son stress est palpable, l’artiste fait plutôt part d’une libération et d’une certaine plénitude. « Dans ma tête, je suis déjà sur le second projet, j’ai du mal à figer les choses. J’ai quand même fini par accepter d’abandonner Cooleur, et quand j’ai reçu le vinyle physique, j’ai pris un immense plaisir à l’écouter en entier et voir mon disque tourner. Tout ça, c’était très émouvant. »

Quant à la première phrase de l’album, qui s’ouvre sur le morceau OK OK OK, elle a une importance capitale pour lui : « Je me suis fait tout seul / J’les ai pas écoutés » Julien ne s’est pas perdu en chemin, même si ça signifiait avoir un succès moins fulgurant. « J’ai voulu faire de la pop, j’ai voulu faire ma musique même si on m’a dit que c’était pas assez dans les clous. Et je suis loin de le regretter. » Cooleur, c’est avant tout un message de bienveillance et de courage. L’écouter pousse à aller au bout de ses rêves et de ses convictions, et permet aussi de recevoir un peu de cette lumière qui rayonne de Julien.

Juste avant de partir pour son rendez-vous chez le coiffeur, le chevalier de l’arc-en-ciel glisse : « Je ne sais pas ce que sera ma prochaine idée capillaire… Mais je pense qu’on me demandera encore plus souvent si je suis un clown. » Avant que son éclat de rire ne résonne une dernière fois dans la cour de l’immeuble.

« Je ne sais pas ce que sera ma prochaine idée capillaire… Mais je pense qu’on me demandera encore plus souvent si je suis un clown » © Jacques-Henri Heim
Son album Cooleur est à écouter sur Spotify.
Il sera sur scène à la Gaîté Lyrique le 1er décembre.
Merci au photographe, Jacques-Henri Heim, pour ses photos aussi inspirantes que notre invité. Merci à Wagram Music pour leur accueil dans leurs locaux.

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