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Live streams : Concerts du futur ou expérience décevante ?

Live streams : Concerts du futur ou expérience décevante ?

Amélie Pang

De Dua Lipa à Joji en passant par Cory Henry, rares sont les artistes à ne pas avoir franchi le pas de l’expérience en streaming. Dans un contexte sanitaire accélérant la digitalisation des concerts, les lives d’artistes et les diffusions de festivals en ligne seraient présentés comme le remède miracle d’une industrie événementielle exsangue. Les yeux rivés sur notre écran, on a mené notre enquête.

2020, annus horribilis pour le monde du spectacle et de la musique. Face à une crise sanitaire sans précédent, concerts et festivals ont été contraints de tirer le rideau. Pendant le premier confinement, de nombreux artistes ont investi les réseaux sociaux pour offrir des mini-concerts à domicile et garder le contact avec leur public. Si tous ont joué le jeu du fait-maison, les résultats ont été de qualité variable : Chris Martin étonnamment modéré sans son habituel show taillé pour les stades, John Legend avec sa femme Chrissy Teigen assise en peignoir sur le piano familial, ou encore Christine and the Queens dans un tourbillonnant piano-voix aux Studios Ferber. Sobriété, coût zéro et proximité ont été les maîtres-mots… Auxquels il a fallu ajouter certains ratés, comme Jean-Louis Aubert reboutonnant sa braguette en début de live.

 

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Face à l’explosion de l’offre, les lives à domicile se sont transformés en shows spectaculaires pour garder l’attention du public. En témoigne le carton de Studio 2054 de la britannique Dua Lipa, qui a battu tous les records de visionnage avec plus de 5 millions de spectateurs. Au programme, un défilé de stars avec Angèle, J. Balvin, Miley Cyrus, Kylie Minogue et même Elton John. Il semble loin le premier confinement avec le besoin si ce n’est essentiel de garder le lien social. Ainsi, une nouvelle manière de voir les artistes se produire a donné naissance à des concerts en ligne tous plus démesurés, innovants et créatifs les uns que les autres. Fini les heures d’attente dans le froid pour espérer avoir une belle place en fosse, ou les bières vendues hors de prix à la buvette. Bienvenue dans une nouvelle ère 2.0 avec ses avantages et ses défauts…

Les soucis techniques de Glass Animals

Jeudi 15 octobre, au lendemain du couvre-feu annoncé par le gouvernement, le groupe britannique Glass Animals dévoilait un live 100% digital, faute de pouvoir continuer sa tournée entamée aux États-Unis. Même derrière nos écrans, une réelle communion se fait ressentir grâce au chat disponible pendant la diffusion du concert, sobrement intitulé Live in the Internet. Le chanteur Dave Bayley assure le show avec son énergie folle, et ses guest-stars de qualité comme Arlo Parks, jeune artiste londonienne, qui le rejoint sur le morceau Tangerine. Un titre qui casse littéralement Internet, puisque le live s’interrompt pendant un long moment… Les aléas du direct. Malgré cet incident technique, le show était une bulle musicale plus que bienvenue pour s’évader de nos quotidiens moroses.

Le « talent show » à l’américaine de Joji

Dans un tout autre registre, le chanteur australo-japonais Joji a dévoilé un show à l’américaine avec Extravaganza. Une performance rythmée avec des sketchs préenregistrés entre chaque morceau, dont un « talent show » avec un sosie de Justin Timberlake, des tours de magie, un chanteur d’opéra… Ce live stream s’est présenté comme un véritable divertissement aussi absurde que hilarant. Dans une mise en scène complètement loufoque, Joji a chanté tout essoufflé sur un tapis de course (sur le titre Run), ou encore dans une cage avec des catcheurs en train de s’affronter devant lui, avant de déclarer le vainqueur. Le parti pris nous rappelle forcément Fulthy Frank, le personnage barré qu’il incarnait sur YouTube avant de se lancer dans la musique. Un clin d’œil qui a sans doute réjoui ses fans de la première heure.

Des expériences toujours plus immersives

Pour Halloween, le chanteur américain de gospel et de jazz Cory Henry a quant à lui enfilé son plus beau déguisement pour nous offrir un show plein de groove. Impossible de rester statique sur des morceaux aussi funkys, forts d’une belle synergie entre le chanteur et ses musiciens The Funk Apostles. Cory Henry nous a épaté en délivrant un solo transcendant au clavier. Son titre Happy Days, issu de son nouvel album Something To Say sorti la veille du live, nous a donné l’espoir de jours meilleurs en attendant de pouvoir assister à nouveau à des concerts (pour de vrai).

Certaines propositions de live poussent le curseur encore plus loin avec des expériences immersives. À l’instar de Dazzle, une plateforme française dédiée aux live streams : « Notre envie, c’est de plonger le spectateur au cœur de l’œuvre, en immersion avec l’artiste et son univers.  Retrouver la spontanéité d’un concert en direct avec l’exigence artistique d’un clip. » nous confie son fondateur, Baptiste Ferrier. Pour sa première diffusion, Dazzle a convié la chanteuse française Marina Kaye. Pendant le concert, un chat a été mis en place pour poser des questions à l’artiste qui y a répondu à la fin, par le biais d’un journaliste. Baptiste Ferrier est confiant sur cette nouvelle manière de voir un chanteur se produire en live : « Il y a fort à parier que dans les prochaines années, la VOD de lives musicaux sera ancrée dans nos habitudes. » conclut-il.

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La parole aux premiers concernés

Plus proches de nous, certains festivals ont fait le choix d’un événement 100% digital. À l’image des éditions 2020 du Crossroads Festival et Ici Demain qui ont préféré innover plutôt que de reporter, en relayant les concerts programmés sur les réseaux sociaux.

Qu’en pensent les artistes, premiers concernés par ce bouleversement inédit ? Andréas Touzé alias Lombre, jeune chanteur français, nous raconte son expérience au Crossroads Festival. Une grande première pour cet artiste entre bonheur et frustration, qui ne pouvait se produire devant un public physiquement présent. À ses yeux, le numérique est une chance pour les artistes qui peuvent ainsi garder un lien avec les festivaliers, tout en soulignant les limites de cette technologie : « Ça reste un outil qui pousse à rester dans son lit, à regarder ce qu’on veut quand on veut, et il ne faut absolument pas perdre le lien social. C’est si essentiel… » nous dit-il.

Martin Rousselot, chanteur du groupe français Bingo Club, programmé au festival Ici Demain du FGO Barbara, est plus fataliste : « En général, quand on joue en concert, un silence après un morceau c’est bon signe, ça veut dire que le public a apprécié et met un peu de temps à se remettre de ses émotions. Aujourd’hui ça veut simplement dire que la salle est vide. » avant de poursuivre : « Un concert, ce n’est pas seulement des artistes qui jouent des chansons, c’est aussi des gens qui se rencontrent, se parlent, se touchent, dansent ensemble, chantent ensemble… En live stream, ça n’est pas possible. » On lui donne difficilement tort.

« Le live digital ? À consommer avec modération ! »

Les lives digitaux sont un formidable moyen de garder un lien social et d’assurer les concerts à distance. L’option est non négligeable en ces temps de distanciation sociale et de règles sanitaires renforcées, mais rien ne vaut la chaleur humaine et l’énergie qui se dégagent d’une salle de concert : « C’est tellement unique ce qui se passe les soirs de concerts, l’osmose est parfois inexplicable. Tu auras beau diffuser le même concert sur Internet, c’est évident que les sensations ne seront pas les mêmes… Donc le live digital ? À consommer avec modération ! » conclut Lombre. Alors, convaincu ?

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