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Rencontre avec les créateurs d’OVNI(s), la comédie fantastique de Canal +

Rencontre avec les créateurs d’OVNI(s), la comédie fantastique de Canal +

OVNI(s), la série qui porte loufoquement bien son nom, a cartonné sur Canal + depuis sa première diffusion le 11 janvier. Immersion garantie dans cette épopée de 12 épisodes de 30 minutes écrite à quatre mains.

Dans OVNI(s), on suit le périple de l’ingénieur spatial Didier Mathure, campé par un Melvil Poupaud à la moustache seyante. Mis au placard par ses supérieurs après l’explosion d’une fusée, ce cartésien dans l’âme se retrouve muté à la tête du GEIPAN pour enquêter sur des phénomènes extraterrestres… Avant de perdre peu à peu pied entre réel et surnaturel.

Pour te parler un peu de l’envers du décor d’une telle création originale, on est parti à la rencontre de ses deux têtes pensantes, Clémence Dargent et Martin Douaire, qui ont accepté d’évoquer avec nous toutes les petites subtilités qui font d’un projet un peu fou une série particulièrement réussie.

Damien : Pourriez-vous nous raconter votre parcours ?

Clémence Dargent : Après le bac, j’ai commencé par une prépa littéraire option cinéma, avant d’enchaîner sur l’ensemble des facs d’audiovisuel de Paris, à peu près. Au départ, je me destinais plutôt au cinéma, puis je me suis finalement intéressée aux séries, suite à un stage dans une maison de production qui recevait beaucoup de projets de ce type. J’en avais évidemment déjà regardé beaucoup, mais je ne me disais pas que ça pourrait être accessible. Puis j’ai découvert que La Fémis proposait un cursus pour de la création de série télé. Et j’y ai rencontré Martin !

 

Martin Douaire : De mon côté, c’est un peu plus chaotique : j’ai commencé par faire du théâtre, pendant un certain temps, car je voulais être comédien. Puis j’ai repris des études de droit suite à un accident qui m’a immobilisé pendant plusieurs années… J’ai pu regarder énormément de séries télé. Je sentais qu’il fallait que je me réinvente. Le droit m’a mené à la production, et j’ai pu faire un stage chez Canal +. J’ai aussi réalisé un court métrage. Ce qui m’intéressait réellement, c’était de raconter des histoires. À cette époque, il y avait un boom au niveau des séries, avec des concepts forts et une appétence toujours plus forte du public. J’ai pu entrer à La fémis pour cette formation, ce qui m’a apporté beaucoup de réponses sur mes envies profondes.

D. : OVNI(s) est une série de science-fiction ambitieuse, chose que l’on voit rarement dans le paysage audiovisuel français. Comment s’est déroulé la genèse du projet ? Avez-vous contacté Canal + ? Ou l’inverse ?

C. : OVNI(s) est notre projet de fin d’étude : il fallait concevoir une bible et le pilote d’une série. À l’issue de cette formation, il y avait des lectures qui se sont organisées. Pauline Morineau, chargée des programmes fiction pour Canal +, a assisté à cette lecture et a vite voulu en savoir plus. On a fini par signer chez eux en 2016.

 

M. : Ceci dit les lectures ont eu lieu en octobre 2015, avec une période où l’on approchait les producteurs. On a entendu différents sons de cloches, notamment que notre projet avait beau être chouette, il allait avoir du mal à trouver sa place en France. On trouvait que le sujet ainsi que le mélange des genres n’allaient pas être évidents. À notre grande surprise, Canal a suscité un grand intérêt pour parler de cette époque au travers du bureau du GEIPAN, avec une histoire solaire et moins dark que ce qu’ils proposent habituellement.

La série était à l’affiche de la sélection Canneséries 2020
D. : La série se déroule dans une époque précise et découle de faits réels. Comment vous êtes-vous documentés, exactement ?

C. : Pour commencer, nous avons lu beaucoup d’ouvrages sur les OVNI ; de plus, il faut savoir que toutes les archives du GEIPAN sont en ligne. On s’est plongés dedans avec Martin, mais on s’est rapidement dit qu’il fallait aussi qu’on rencontre les personnes qui ont évoluées au sein du bureau. Elles ont très gentiment répondu à notre mail, et nous sommes allés voir le directeur de l’époque, Xavier Passot, à Toulouse, dans son bureau au fin fond du CNES. On s’est rendu compte à cet instant qu’il y avait une formidable arène pour une comédie de bureau. Nous avons également consulté les archives de l’INA, côtoyé des ufologues qui avaient travaillé avec le GEIPAN… Ce qui nous a le plus frappé en faisant ces recherches, c’est de découvrir cet âge d’or de l’ufologie où la recherche d’un ailleurs était un vrai sujet d’actualité.

 

M. : C’est incroyable le nombre de choses qui ont été écrites à ce sujet et dont on ne voit toujours pas le bout ! J’ai sur mon bureau des tonnes de bouquins sur les OVNI que je n’ai pas encore eu le temps de parcourir.

D. : À quoi se résume le travail de showrunner sur une telle série ?

C. : Avec Martin, on a écrit les trois premiers épisodes. Quand on nous a commandé la suite, nous avons décidé d’engager d’autres auteurs pour un travail collaboratif afin de produire des synopsis par épisode et ainsi structurer l’ensemble de la saison. Nous avons embauché deux nouveaux scénaristes, Julien Anscutter et Marie Eynard, qui nous ont rejoint pour structurer et co-écrire deux épisodes. Puis, pour la deuxième moitié de la saison, nous avons fait venir deux autres auteurs, Raphaël Riche et Clémence Madeleine-Perdrillat. Martin et moi avons écrit les continuités dialoguées car, comme c’est une première saison, on cherchait aussi le ton de notre histoire. Mais la participation de ces auteurs nous a été très précieuse pour la construction de la saison.

 

M. : La grosse difficulté de cette série était en effet de créer un ton juste mais qui paraissait sur le papier un peu casse-gueule, car on mélangeait des choses qui n’allaient pas forcément ensemble. On abordait un rapport au fantastique dont on n’a pas forcément l’habitude. L’essentiel du travail était de trouver un ton qui n’appartient qu’à la série.

« T’as écouté la B.O. de la série ? Y a Thylacine, Jean-Michel Jarre, Tangerine Dream, François de Roubaix et même Cerrone ! »
D. : Point casting : comment est arrivé Melvil Poupaud sur le projet ? Vous pensiez à lui au départ ?

C. : Canal + a beaucoup participé à ces discussions. Nous n’avions pas particulièrement d’acteurs en tête, mais on avait des références, bien sûr. Par exemple, pour le personnage de Didier, on pensait à François Truffaut, croisé avec Bill Murray, et d’un peu de Denis Podalydès… Plein d’images donc, mais rien de figé ! C’est Antony, le réalisateur, qui, avec sa directrice de casting Youna de Perreti, ont dégoté l’ensemble du cast dont nous sommes très heureux avec Martin.

 

M. : Ils ont réussi à trouver des comédiens qui ont leur propre style, ramenant chacun leur univers et une voix singulière. Tout le monde n’était pas aligné sur le même modèle, mais une harmonie s’est créée entre ces comédiens.

D. : La série cartonne, elle le mérite. On discute déjà d’une saison 2 chez Canal ?

M. : On a le droit de le dire maintenant donc oui ! Il y a bien une saison 2 qu’on écrit depuis bientôt un an, et qui devrait prochainement entrer en production. Enfin, si tout se passe bien et que le Covid ne tape pas trop fort à notre porte.

 

C. : Sachant qu’Antony Cordier poursuit son travail de réalisateur sur la saison 2, on est ravis !

D. : À part OVNI(s), avez-vous d’autres projets sur le feu ? Télé, ciné ?

C. : Je développe actuellement deux longs métrages ; je terminais également la saison 2 de Têtard, un format court sur Canal, qui vient d’être diffusée [Têtard, avec Bérangère Krief et Esteban, 2 saisons disponibles sur MyCanal, ndlr]. Sinon, il faut bien dire que la saison 2 d’OVNI(s) est très prenante !

 

M. : Pour ma part, j’ai co-écrit le prochain long métrage de Jean-Patrick Benes, Le Sens de la Famille, qui devait sortir en décembre et qui sera donc accessible dès que les cinémas rouvriront. Sinon, j’ai évidemment d’autres projets mais qui sont encore au stade du développement.

Clémence et Martin, en compagnie d’Antony Cordier (à droite), à Canneséries, photographiés par le regard affûté de Nicolas Gaurin, chef opérateur d’OVNI(s)

D. : Vous conseillerez quoi à des jeunes scénaristes qui souhaitent se lancer en série ?

M. : Je pense qu’il faut combattre le doute de ne pas se sentir légitime et ne pas avoir peur de ses idées, quoi qu’on en dise. C’est comme en sciences : il faut avancer avec une grande lucidité, et en même temps une grande capacité de se raconter des histoires et de se dire que ça va marcher. C’est une sorte d’équilibre entre croyance et lucidité, chose qui n’est pas forcément toujours évidente.

 

C. : C’est peut-être un effet du confinement, mais j’ai la sensation que le métier de scénariste de série a de d’avenir ! Il y a une très grande demande en ce moment. Même si le cinéma vit actuellement une perte de vitesse, la télévision offre un appel d’air énorme. Je donnerais donc le conseil d’être persévérant. Car oui, scénariste est le genre de métier où il faut vraiment s’accrocher, mais on vit une époque où le besoin de contenu est tel que rien n’est impossible. Il faut foncer sans avoir peur d’échouer.

D. : Enfin, la question signature chez Arty Magazine : quelle serait votre définition d’un artiste ?

C. : C’est une très bonne question ! À vrai dire, j’ai du mal avec cette vision que l’on peut avoir de la posture de l’artiste qui se considère comme un génie solitaire hors du monde. Ce qui est intéressant, notamment dans la série, c’est le collectif et le côté artisanal qui en résulte. Selon moi, un artiste est, à l’instar de l’artisan, quelqu’un qui apprend une technique et qui, à force de maîtriser un savoir-faire, peut créer une oeuvre originale et singulière.

 

M. : Là où je rejoins complètement Clémence, c’est sur l’aspect du collectif, car un artiste n’est finalement jamais seul, simplement parce qu’il communique et reçoit l’écho de ses pairs. Pour moi, être artiste, c’est générer des sentiments relativement cousins avec ceux que l’on côtoie en tombant amoureux… Mais, cette fois, pour des projets. On est animés par eux, on se leurre, et on tente de rester lucide… C’est un trajet similaire à celui d’une relation amoureuse, avec ses grands moments de symbiose et d’autres plus douloureux. Tout comme en amour, il faut apprendre le goût des relations à long terme et le goût des autres.

OVNI(s)
De Clémence Dargent & Martin Douaire
Avec Melvil Poupaud, Michel Vuillermoz, Géraldine Pailhas, Capucine Valmary
La saison 1 est disponible sur MyCanal

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