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Fanny Sidney : « On a tous un petit artiste en nous »

Fanny Sidney : « On a tous un petit artiste en nous »

Fanny Sidney a accordé un entretien à Arty Magazine et revient sur son rôle dans la série Dix pour Cent, sur sa vison du métier d’actrice, de réalisatrice et ses futurs projets.

À seulement 34 ans, Fanny Sidney est une actrice et réalisatrice accomplie qui compte bien continuer à faire parler d’elle dans les prochaines années à venir. Une jeune femme passionnée et déterminée illustrant intelligemment et admirablement les talents de sa génération. 

Roxane : Ma première question concerne ta carrière d’actrice… Tu incarnes le personnage de Camille Valentini dans les 4 saisons de Dix pour Cent, 4 ans après quel recul as-tu sur cette série à succès ?

Fanny Sidney : Elle m’a énormément apporté évidement. De la reconnaissance dans mon travail, des rencontres aussi, des personnes qui m’inspirent. Je pense à Camille Cottin, Nicolas Maury, Laure Calamy, Stéfi Celma, tout le casting finalement. Avec du recul, aujourd’hui, je suis également émue de me dire que j’ai pu faire grandir et évoluer le personnage de Camille pendant quatre saisons, et que je l’ai laissé à un moment de sa vie où je ne pourrais pas lui enseigner plus de choses. Même si, quelques fois, je me dis : « M****, Camille Valentini, comment va-t-elle se débrouiller ? »

R. : Tu n’es pas seulement actrice mais aussi autrice, réalisatrice et scénariste. Peux-tu nous parler du projet Jeune et Golri où tu évolues en tant qu’actrice et réalisatrice ? 

FS. : C’est l’histoire d’une jeune femme très immature avec une forte ambition créatrice puisqu’elle décide de faire du stand-up et de prendre la parole. Elle va également tomber amoureuse d’un homme, un peu plus âgé qu’elle, qui a un petit secret. Un secret, vivant et qui a six ans. Non, ceci n’est pas un spoiler alert : je me permets de le préciser car toutes les personnes qui s’intéressent à la série s’en doutent ou le savent. Agnès Hurstel avait développé les textes puis me les a envoyés. Elle m’a, ensuite, fait rencontrer les producteurs afin de que je réalise les textes. Voilà comment je suis intervenue dans l’écriture en tant que consultante.

R. : Peux-tu me parler de ta rencontre avec Agnès Hurstel ?

FS. : On s’est rencontré, il y a quelques temps, car elle avait déjà écrit un texte que j’avais adoré, mais pour lequel je n’étais pas censée réaliser. Son co-auteur me l’avait envoyé à l’époque et j’avais immédiatement contacté les producteurs en leur demandant : « S’il vous plaît, laissez moi réaliser cet épisode, il est vraiment trop génial. » Ces textes, ces punchlines, leur intelligence, tout me plaisait.

R. : Et ensuite ?

FS. : On s’est rencontré dans un café et elle m’a envoyé l’intégralité du texte. Après lecture, je l’ai immédiatement contacté en lui précisant : « Je n’en peux plus de rire, j’adore. » Je pense aussi qu’Agnès avait lu mes travaux réalisés à La Fémis et beaucoup de choses coïncidaient, comme le côté très pop ou le fait d’avoir beaucoup travaillé avec des enfants. Cela semblait tout indiqué que nous travaillions ensemble dans cette aventure.

Actrice, humoriste et animatrice de radio, Agnès Hurstel a coscénarisé et joue dans la série Jeune & Golri
R. : Pour en revenir à la série, la maternité bienveillante est le thème principal de la série. Pour toi, est-ce le seul sujet abordé ?

FS. : On questionne l’injonction à la maternité bienheureuse. Bien sûr qu’il y en a d’autres : il y a tout d’abord la question de comment vit-on et négocie-t-on avec nos contradictions quand nous avons un message presque politique de parole ? Pour moi, prendre la parole est un acte politique. Ensuite, comment Prune va faire coïncider son féminisme à ses désirs, ce qui emmène à la question suivante : comment se construisent ses désirs et comment sont-ils ou non conditionnés ? Enfin, la dernière thématique est d’où vient l’inspiration et peut-on créer sans blesser, surtout dans l’autofiction.

R. : D’ailleurs, tu as intégré la section Réalisation à La Fémis en 2011. Peut-on dire que c’est une branche du cinéma que tu convoites depuis un certain temps ? Développer une carrière d’actrice dans un premier temps puis en parallèle était un choix motivé ?

FS. : Ça a toujours été présent. Même lorsque j’étais petite et que je fabriquais des spectacles pour ma famille en jouant et en mettant en scène. C’est un équilibre qui me convient très bien. J’ai fait les choses dans un certain ordre en terme de formation. Au Cours Florent, je passais ma vie à mettre en scène des pièces de théâtre et à La Fémis, je passais ma vie à aller tourner dans des films en tant qu’actrice. Les deux ont toujours été très imbriqués. Personnellement, le dénominateur commun est la nécessité à faire des récits, à raconter des histoires. Ce sont simplement deux outils différents.

R. : Tu as également écrit et réalisé 7 épisodes de la série Brigade Mobile, peux-tu m’en parler ? 

FS. : Brigade Mobile c’est l’histoire d’une jeune femme gendarme qui rêve d’une carrière comme flic d’investigation. Un personnage qui a regardé beaucoup trop de documentaires Netflix sur les serial-killers. Malheureusement pour son ambition, elle va être mutée dans un camping-car de gendarmerie traitant principalement la rubrique des chiens écrasés et celle des personnes âgées, sillonnant l’Auvergne pour offrir un service de proximité en milieu rural. Ce projet vient des actrices qui souhaitaient rejouer ensemble. J’ai donc réfléchi à une arène, un terrain de jeu qui soit à la fois jubilatoire et pertinent à notre époque. Voila comment le projet est né.

On retrouve également au casting Marie Papillon (à droite), vidéaste et influenceuse connue pour ses courtes vidéos humoristiques sur Instagram
R. : Côté cinéma, tu vas prochainement réaliser une adaptation de la BD La saison des roses. Comment appréhendes-tu cette première fois au cinéma en tant que réalisatrice et comment souhaites-tu aborder ce nouveau projet ? 

FS. : Je ne l’aborde pas comme une première fois mais comme la continuité de mon travail. J’aime que les choses soient décloisonnées, que l’on puisse faire de la télé, des formats courts, d’autres plus longs, jouer ou mettre en scène. Que l’on puisse circuler dans tous ces endroits. Cette bande dessinée est très emballante, jubilatoire et empowerment. C’est une BD qui raconte toute mon adolescence puisque j’ai également fait du football en club. Cholé Wary, l’autrice de la BD, s’est inspirée de la banlieue dans laquelle j’ai grandi. Tout ce qu’elle décrit, même romancé, je le vois, je le reconnais. C’est très émouvant pour moi d’aborder ce terrain. Je suis extrêmement animée par ce projet.

R. : Comment l’as-tu abordé ?

FS. : Je fais beaucoup de recherches sur le sujet : pour moi, le sujet du football féminin c’est aussi la place des femmes dans notre société. Le football féminin c’est bien plus que du foot, une jeune femme qui joue au foot c’est politique. Mon rêve c’est qu’à la fin de ce film, il y ait une « armada » de jeunes femmes qui prennent leur licence en club. Comme moi après la finale de 1998. Que l’on se sente puissante et capable.

R. : Et pour terminer, tu as le droit à notre question signature chez Arty Magazine. Quelle est ta définition d’un.e artiste ? 

FS. : Cette question est géniale. Récemment, mon père m’a dit : « Tu ne te conçois pas comme une artiste. » Du coup, je me suis posée cette question. Pour moi, c’est quelqu’un qui a une nécessité à créer, quelqu’un qui est animé et rien d’autre. C’est un feu intérieur. Nous ne sommes pas forcément artiste lorsque l’on est jugé par le lieu où nous avons atterri en société. On a tous un petit artiste en nous. Le dénominateur commun est la communion avec l’humain, avec nos émotions. Donc est artiste qui veut.

Jeune & Golri est disponible sur MyCanal.

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