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« Everything Everywhere All at Once », le blockbuster d’auteur de la rentrée

« Everything Everywhere All at Once », le blockbuster d’auteur de la rentrée

Succès surprise au box-office américain au printemps dernier (plus de 100 millions de dollars de recettes), Everything Everywhere All at Once des Daniels propose un onirisme multidimensionnel et cinématographique. C’est le blockbuster d’auteur incontournable de la rentrée, produit par le studio de référence A24.

Evelyn Wang (Michelle Yeoh), issue de la population chinoise immigrée et au caractère bien trempé, tient une laverie avec son mari Waymond (Ke Huy Quan), quelque peu crédule. Sous la pression des impôts, de sa fille lesbienne (Stephanie Hsu) et de la demande de divorce de son mari, Evelyn est à bout. Elle rencontre Alpha Waymond, une variante de son mari issu de l’Alphaverse – dimensions parallèles dans lequel chaque individu explore toutes les vies que chacun aurait pu mener – et l’informe qu’elle est à la seule à pouvoir sauver le monde de forces obscures, et préserver la chose la plus précieuse qui soit pour elle : sa famille.

Plan d’ouverture. Un lent travelling s’approche d’un miroir (métaphore et leitmotiv du film) reflétant une famille souriante en plein karaoké. Changement inopiné de dimension. La caméra, toujours en travelling, montre une mère de famille débordée, paperasse sur la table. Indubitablement les impôts. En moins d’une demi-heure, le spectateur s’immisce dans l’intimité de la famille Wang. Puis, coup de tonnerre. Apparition d’Alpha Waymond. Début d’un spectacle de haute voltige. Avec en featuring, des acrobaties en tous genres. Le ton est lancé, les règles du jeu sont données.

C’est donc ça qu’on appelle le multiverse ?

Le multiverse selon les Daniels

« Le Multivers ou univers parallèles est par définition l’ensemble fini ou infini d’univers, parmi lesquels figure l’Univers jusque-là observé » (merci Larousse). Une définition que les Daniels, petit surnom donné aux réalisateurs Daniel Kwan et Daniel Scheinert, suivent à la lettre. Le titre Everything Everywhere All at Once (soit Tout, Partout, En même temps), aussi imprononçable soit-il, annonce la couleur. Le film présente les mêmes personnages évoluant dans différents univers en suivant schématiquement les chapitres de la trilogie Nasa du romancier de science-fiction Stephen Baxter : Temps, Espace et Origine.

Dans l’œuvre du duo sino-américain, tout est relatif. Au début du film, on aperçoit par le biais d’écrans de surveillance Waymond galoper subitement d’une table à une autre. Cet écran de surveillance est le symbole même du multivers. Notons que le film adopte différents formats en fonction des scènes : le format initial 1.85:1 passe au 2:29:1 afin d’immortaliser les moments épiques de ces voyages temporels. Ainsi, chaque cadre ou monde a son propre style visuel.

À l’instar des remakes, remasterisations et films exploitant le thème du multiverse, il est temps pour les sociétés de cinéma indépendantes de répliquer avec des concepts innovants. Les Daniels ont carte blanche du studio phare du cinéma d’auteur américain A24 (Midsommar, Room, After Yang, The Green Knight) dans le but de concurrencer l’entreprise Marvel Comics Universe ayant le monopole sur la thématique. Dès lors, naît le concept de l’Alphaverse et tout ce qui s’ensuit c’est-à-dire une dire une fiction pleine de fantaisie et d’humour proche de la comédie hongkongaise, dite « Mo Lei Tau » (littéralement « ce qui n’a pas de sens ») et des Monty Python.

Petite anecdote : le rôle de Waymond était initialement pensé pour Jackie Chan. On devait donc avoir en tête d’affiche le Buster Keaton des arts martiaux et Michelle Yeoh, les deux artistes ayant déjà joué ensemble dans le troisième chapitre de la saga Police Story. Après maintes réfléxions, il s’est avéré que Jackie empièterait et monopoliserait tout l’espace filmique. Tout compte fait, c’est Michelle, habituée des films d’arts martiaux, qui l’emporte.

Vous prendrez bien une petite pause dans une laverie avec Michelle Yeoh et Jamie Lee Curtis

Un cinéma multidimensionnel

Dans un shaker, incorpore quelques bobines : celles de Crazy Kung Fu et des Aventures de Jack Burton dans les griffes du Mandarin. Puis, ajoute une pilule rouge ou bleue, c’est selon, pour l’influence de Matrix. Ensuite, parseme le tout de fleurs d’absurdité des Looney Tunes et quelques grains d’onirisme de Paprika. Secoue. Tu obtiens Everything Everywhere All At Once, un mets cinématographique à savourer avec délectation.

Les Daniels aiment le cinéma et nous le font comprendre sans tarder. Dans leur metaverse où se côtoient propriétaires de laverie, chanteuse d’opéra, maître de kung-fu, cuistot en herbe, raton-laveur, femmes coupe au bol et doigts en Knackis, papi-robot avec une armure formée à partir d’écrans d’ordinateur, cosplayeuse au pouvoir interdimensionnel, Beagle et rochers parlants, tant d’éléments venus d’ici et d’ailleurs. La pop-culture prime.

De Wong Kar-Wai à Ratatouille en passant par La Vie d’Adèle ou les films de kung-fu des années 70, le duo sino-américain se réfère à ces cinémas entre le clin d’œil et la dérision, et se les approprie quitte à surfer sur le modèle de l’exploitation. En effet, ces quatre références sont devenues des œuvres à part entière, une lecture par substitution donc. La preuve, lors de la promotion du film aux États-Unis, quatre affiches sont dévoilées : Rocks – the history of earth’s oldest objects, Fractured Personas, Amour et Saucisses et Pinky of Fury. Un concept complètement délirant de la part de réalisateurs et une mise en abyme intéressante pour le film.

Dans cet alphauniverse semi-cartoonesque où tout est permis, l’absurde et l’imaginaire, au même titre qu’Alice aux pays des merveilles écrit par leur aïeul littéraire Lewis Carroll, sont poussés à leur paroxysme. Rarissime au cinéma. Cependant, rendons-nous à l’évidence : ce film est tout de même destiné à un public averti. Les multiples éléments interfilmiques défilant à une vitesse grand V peuvent être difficilement perçus. Le public indifférent à ces références peut très vite s’égarer dans la salle.

Produit par A24 et considéré comme l’un des plus gros blockbusters d’auteur de l’année, on a pu découvrir avec joie Michelle Yeoh (Tigre et Dragon, Le Règne des Assassins) et ses comparses lors de l’avant-première au Champs-Élysées Film Festival. Durant la séance, une explosion de saveurs, des éclats de rire. Définitivement, le duo américain a conquis à l’unanime la salle, en espérant que le public français suive.

EVERYTHING EVERYWHERE ALL AT ONCE

Réalisé par Daniel Kwan et Daniel Scheinert dits les « Daniels »
Avec Michelle Yeoh, Stephanie Hsu, Ke Huy Quan, Jamie Lee Curtis et James Hong
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Pour

Si t'aimes les cocktails cinéphiles

Si t'aimes le délire du métaverse

Si t'es passionné.e par les films d’arts martiaux

Contre

En vérité, impossible de ne pas aimer ce film

Si tu préfères le grand spectacle de Doctor Strange

Si l’absurde n’est pas à ton goût

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