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Vidéoclub, l’insouciance des premières « Euphories »

Vidéoclub, l’insouciance des premières « Euphories »

Marin Woisard

Du haut de leurs 19 ans, Adèle Castillon et Matthieu Reynaud de Vidéoclub présentent leur premier album Euphories, succès annoncé de leurs chansons d’amour passées à la moulinette d’une esthétique rétro-futuriste.

On avait rencontré le duo pour leur premier festival à Cabourg Mon Amour, sous le soleil insouciant du Calvados, encore dans l’euphorie de leurs premiers succès fulgurants Amour Plastique et Roi. Deux ans plus tard, le couple d’ados a entamé sa mue en gardant la fraîcheur des débuts, forts de plusieurs dizaines de millions de vues, plus que jamais conscients du chemin parcouru. Leur fanbase fidèle, construite au fil de clips tous plus léchés les uns que les autres, consacre une esthétique vintage inspirée par les années 80, qui ne sacrifie pas pour autant son ancrage actuel par des textes tendres et poétiques au parfum bubble-gum.

On a pris des nouvelles des deux jeunes tourtereaux à l’orée de leur premier disque : leur professionnalisation menée tambour battant, la prise de conscience du timing délicat de sortie, leur célébrité précoce quand leurs amis se soucient des devoirs à rendre pour le lendemain. Les pieds sur Terre et la tête dans les étoiles, on se surprend à plonger à leurs côtés dans un univers parallèle chiné au rayon « années 80 ».

Marin : Salut Adèle et Matthieu. On se rencontrait il y a deux ans pour votre premier festival à Cabourg Mon Amour. Quel regard portez-vous sur le bout de chemin parcouru ?

Adèle Castillon : On est très reconnaissants car on a eu beaucoup d’opportunités, et en même temps on est un peu stressés par cette sortie d’album. On ne sait pas comment ça va être reçu par le public. Il nous reste beaucoup à conquérir seuls et tous les deux.

M. : Mathieu, c’est décidé, tu ne regrettes pas d’avoir quitté le lycée ? Quand on s’est rencontré la première fois, tu venais de quitter ta classe de Première pour te consacrer au groupe.

Matthieu Reynaud : Je ne regrette pas du tout pour tout ce qui s’est passé, ces expériences, ces concerts et ces opportunités. Plus jamais je ne remets un pied dans un lycée de ma vie (rires).

M. : Je vous sens un peu fébriles ! Aujourd’hui vous sortez votre premier album Euphories, pourquoi ce « s » ?

A.C. : Euphories avec un « s » c’est parce qu’on a écrit et composé cet album pendant une période où c’était des montagnes russes. On vivait plein d’euphories avec nos amis, ce qui se passait dans Vidéoclub, notre relation à tous les deux. On sentait ces émotions très fortes et après on redescendait dans l’angoisse et la tristesse de se demander si on allait le revivre encore. Les chansons sont nées de ces sensations là. On trouvait que ça résumait bien l’album, c’est aussi drôle de sortir un album qui s’appelle Euphories dans une période de « non-euphorie ».

M. : Cet album, c’est un pansement face à cette situation qui nous prive de beaucoup de choses ?

Tous les deux (ensemble) : Complètement !

 

A.C. : Si on peut réussir à divertir et distraire un peu les gens dans cette période douloureuse, c’est super chouette.

M. : Ce n’est pas trop compliqué de sortir un disque aujourd’hui sans la scène et avec les problématiques d’approvisionnement de vinyles ?

A.C. : C’est vrai qu’il y a eu des problèmes d’approvisionnement avec les usines de vinyles, mais ils sont en pleine fabrication et ils seront là à temps. C’est vrai que c’est particulier, comme par exemple de se retrouver en visio tous les trois pour la promo (ndlr : Adèle et Matthieu sont sur Zoom depuis le bureau de leur label). Il y a aussi ce stress de ne pas pouvoir rencontrer notre public du tout en concerts, on a l’impression qu’il n’existe pas et ça peut faire peur. Après, on n’est pas les plus à plaindre car on a fidélisé une audience déjà importante, je pense surtout à ces artistes qui commencent tout juste ou qui ne sont pas encore soutenus par de grosses structures, c’est compliqué pour eux.

M. : Vous avez fidélisé votre public avec la sortie de sept singles depuis Amour Plastique en septembre 2018. Est-ce que vous aviez tout de suite envisagé de sortir un album ?

M.R. : On a sorti Amour Plastique puis Roi, et c’est à partir de mai 2019 où on s’est lancés dans l’album. Ce qui est intéressant avec Euphories, c’est qu’on sent vraiment l’évolution car on a grandi avec la construction de l’album, on voit la prise de confiance dans les voix, la production musicale qui s’est améliorée au fur et à mesure. Amour Plastique c’était notre toute première chanson, notre tout premier jet, on a vraiment un album évolutif et je suis fier qu’il aille dans ce sens là.

 

A.C. : De manière pragmatique, l’album est venu parce qu’on s’est fait approcher par des maisons de disque. On n’y avait pas vraiment songé avant de rencontrer des majors, au début on sortait nos titres et on voyait comment ça se passait. On n’était pas dans l’optique de se professionnaliser, de sortir un album, de faire des concerts. Du coup, c’est une belle surprise.

M. : Vous me disiez en 2019 que votre professionnalisation allait de pair avec votre volonté de garder la main sur l’artistique. Comment cela a t-il évolué aujourd’hui ? Vous avez vécu quelques désillusions ?

M.R. : Plus les idées viennent de nous, plus le projet va marcher. Donc c’est dans leur sens(ndlr : du label et des professionnels) de nous laisser totalement maîtres de l’artistique, de ce qu’on a envie de montrer et de faire. Quand on est authentiques et sincères, c’est ce qui marche le mieux. Nos équipes sont vraiment cools là-dessus et ne nous brident pas du tout.

 

A.C. : Et puis je dirais qu’on est dans une ère où c’est terminé les maisons de disque qui cherchent un artiste ou un interprète pour qu’ils deviennent leurs produits. Ça n’existe plus ou ce sont des gens très vieux jeu. Maintenant, les maisons de disque vont chercher des gens qui sont capables de tout faire.

 

M.R. : Et qui arrivent avec un univers déjà très construit.

 

A.C. : Le public ne cherche plus des interprètes, mais des gens à qui ils peuvent s’identifier, qui ont un univers très particulier, des profils atypiques qui les fassent rêver. Comme disait Matthieu, c’est vraiment dans le sens du label de nous laisser la main sur l’artistique. On a la chance d’avoir une super équipe (ndlr : Sony Columbia) qui nous propose des choses qui vont dans notre sens. Être en distribution est aussi ce qui nous permet de garder cette mainmise sur l’artistique puisqu’on a tous les deux notre société de production où l’on s’est auto-signés.

M. : Matthieu je sais que tu es mordu de guitare électrique, pour autant j’entends beaucoup de claviers sur cet album ?

M.R. : Je suis mordu des deux, mais c’est vrai qu’il y a plus de synthés que de guitares. C’est arrivé justement avec l’arrivée dans le monde de la musique, j’ai pu m’acheter des synthés dont je rêvais comme le Prophet 6 et le Roland Juno-106.

 

A.C. : Moi, je suis plus synthés que guitares. J’aime bien quand on rajoute des lignes mélodiques de guitares, mais en général les nappes de synthés c’est vraiment cool sur nos morceaux. Effectivement, Matthieu c’est un gros geek de guitares, de synthés, de boîtes à rythme. Demain, ça ne m’étonnerait pas qu’il se mette au banjo (rires).

M. : Le fait de pouvoir vous acheter les synthés dont vous rêviez enfants, c’est une manière de passer à l’âge adulte ?

A.C. : Un peu, mais je n’ai pas envie de dire qu’on est devenu des adultes (rires). Cet album c’est le témoignage de notre insouciance. Est-ce qu’un jour on la retrouvera tel que c’était ? C’est sûr que non, mais je pense qu’il faut maintenant qu’on devienne adultes en gardant cette insouciance dans un coin de notre tête et de notre cœur. On est jeunes, en vrai.

M. : Vous avez été exposés très jeunes dès l’âge de 16/17 ans. Comment l’avez-vous vécu ?

M.R. : Adèle avait sa chaîne Youtube avec une grosse communauté de 500/600 000 abonnés avant de faire de la musique. Elle était habituée au fait d’être connue. Pour moi, c’est arrivé d’un coup très fort donc c’était compliqué à gérer, mais maintenant je suis juste reconnaissant de ce public qui est présent, qui est toujours au rendez-vous, qui ne nous a jamais abandonnés. C’est plus cool qu’autre chose. Après c’est sûr que ça donne des situations marrantes avec des inconnus qui nous suivent dans la rue en nous filmant.

 

A.C. : Je pense que le plus dur ce n’est pas le contact avec les gens dans la rue, mais réussir à rester soi-même, ne pas s’enfoncer dans cette image du couple parfait, ne pas devenir l’image que l’on renvoie aux gens. C’est pour ça qu’il faut se rattacher le plus possible aux proches qui sont là dès le début, sinon tu peux péter un câble et perdre des gens autour de toi. Ça a été un peu violent pour Matthieu au début.

M. : Adèle, j’ai d’ailleurs vu que tu avais commencé les VLOG sur ta chaîne YouTube. Le quotidien c’est aussi moteur à création ?

A.C. : J’ai toujours mes idées dans la tête et c’est toujours très dur pour moi de rester à ne rien faire. Les VLOG, ça me permet de toujours faire des choses même en ne faisant rien. Je trouvais ça chouette de revenir sur YouTube pour la sortie de l’album, parce que cette chaîne je l’avais un peu laissée à l’abandon avec Vidéoclub, alors que c’est un média énorme que j’ai bâti pendant plusieurs années. J’ai la volonté de continuer à alimenter ma chaîne YouTube en parallèle de mes activités professionnelles.

M. : Tu te considères davantage comme créatrice de contenu YouTube ou musicienne ?

A.C. : Les deux. Je suis attirée par plein d’univers dont le cinéma, je pense que je suis créatrice en général. Maintenant, sur YouTube j’aime beaucoup faire rigoler les gens, mais ce n’est pas là où je me sens le plus vibrer. Je préfère être sur scène ou sur un plateau de cinéma que poster une vidéo sur YouTube.

M. : Ce que j’aime beaucoup chez vous, c’est que vous êtes ancrés dans notre génération… Tout en étant influencés par les années 80 que vous n’avez pas connu…

M.R. : J’ai toujours été inspiré et attiré par les années 80, j’ai toujours eu des VHS et des lecteurs vinyles dans ma chambre. Mon père m’a ouvert à cette culture et aux musique de sa jeunesse. On est frustrés de ne pas avoir connu cette époque même si on reste modernes et très ancrés dans notre génération. On ne se dit pas avec Adèle : « Oh merde, on n’a pas connu les années 80 ».

M. : Quel a été justement l’apport de votre père Régis qui vous a accompagnés en tant que manager ?

M.R. : Il a toujours été là depuis le début, il a vu le potentiel de notre duo avec Adèle et il a mixé les premiers titres. Il nous a accompagnés jusqu’à ce que le projet devienne professionnel, en faisant barrage aux maisons de disques, en nous aidant à créer une société et dealer les contrats, pour nous donner les meilleures chances possibles dans ce monde là. Aujourd’hui il a repris son travail, après nous avoir aidés à trouver la situation la plus chill possible pour faire de la musique.

M. : Finalement, c’est lui le passeur qui a connu les années 80 ?

M.R. : C’est vrai (rires).

M. : Ma dernière question est la signature chez Arty Magazine : votre définition d’un/e artiste. Adèle, tu m’avais répondu en 2019 : « En vrai l’artiste, c’est quelqu’un qui accepte de créer sans savoir ce qui va se passer après, et qui s’y abandonne sans ne savoir quelle en sera la production ». Qu’est-ce que tu aimerais ajouter ?

A.C. : J’ajouterai maintenant qu’un artiste c’est quelqu’un qui fait sortir les autres de leur quotidien. Un artiste sait s’évader et en même temps il embarque les gens avec lui. Mais ça va, c’était pas trop mal ce que j’avais dit (rires).

M. : Matthieu, tu m’avais répondu pour notre première interview : « C’est quelqu’un qui ose partager une création qui lui est vraiment personnelle et c’est beau d’exposer quelque chose qui vient vraiment de soi ». Tu compléterais ta définition aujourd’hui ?

M.R. : J’aimerais bien pouvoir rajouter ce qu’Adèle a dit (rires). En vrai, je suis toujours d’accord avec ça.

 

A.C. : On est en phase avec les « nous » de 2019 !

Euphories est disponible sur Spotify.

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