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Avec sa techno-accordéon, Turfu lance la nouba du futur

Avec sa techno-accordéon, Turfu lance la nouba du futur

Marin Woisard

Né de la fusion entre la techno et l’accordéon, le duo composé de Matthieu Souchet et Raphaël Decoster nous invite à la bringue avec son premier album Astrale Nouba.

Un répertoire transformant l’accordéon en machine à transe, des costumes XXL en ballons de baudruche et une grosse envie de faire la fête : Turfu fait monter la sauce depuis 2017 à grand renfort d’espièglerie, de fougue, d’amour, de fiesta et d’amour pour la fiesta. Après une centaine de dates et un premier EP en 2019, le duo a déposé à nos pieds son manifeste du kiff en format long, le bien-nommé Astrale Nouba.

Tombés en bromance lors d’un festival traditionnel en 2014, Matthieu Souchet (batterie et synthés) et Raphaël Decoster (accordéon) partagent une vision grisante et communicative de la folie douce, faite de vapeurs électronico-synthétiques et de sonorités coolos-organiques. Le groupe, qui se place indiscutablement dans nos grands coups de cœur du moment, est revenu sur sa rencontre initiatique au Portugal, ses danses traditionnelles créées de toutes pièces et le futur du live avec ou sans festivals. Avec son nom en verlan, Turfu garde les idées claires au milieu d’une époque qui marche sur la tête.

Marin : Salut Matthieu et Raphaël. On commence par le passé de Turfu, comment est-ce que vous vous êtes rencontrés ?

Matthieu : On s’est rencontré en 2014 dans un camp de musiciens appelé Ethno qui a lieu dans le monde entier. Nous, on était au camp du Portugal. Ça consiste à se retrouver, ramener des morceaux traditionnels de nos pays, monter un répertoire et le jouer plusieurs jours en concert dans différents endroits autour du camp. Le dernier jour, on s’est retrouvé au festival de danse traditionnel Andancas. C’est là que que l’amour pour cet énergumène a démarré (ndlr : Raphaël sourit). On a décidé de faire de la musique ensemble assez vite mais on s’y est vraiment mis à partir de 2017.

M. : Pourquoi avoir attendu aussi longtemps pour s’y mettre ?

M. : On n’habitait pas dans les mêmes pays, on s’envoyait des messages de temps en temps. Ça a fini par arriver avec un bout d’accordéon que Raph’ m’a envoyé et on a fait une résidence chez lui en Belgique. Le fameux festival Andancas nous a proposés de jouer à l’été 2017 avec Turfu et ça a été notre premier concert.

M. : Vous venez des festivals traditionnels ?

Raphaël : À la base, on avait cette idée un peu bizarre de faire de la musique électronique mélangée à des sonorités trad’. Mon réseau, c’était beaucoup les bals et les festivals de danse. On a été booké à Andancas mais le groupe n’existait pas encore. Je me souviens que j’avais écrit un texte bidon, mais c’est passé parce que je connaissais les organisateurs. C’est au moment où on a eu la date que l’on s’est mis à bosser.

 

M. : On a créé le répertoire en 3 semaines.

 

R. : On ne savait pas du tout si ça allait marcher d’aller dans un festival de danse traditionnelle pour jouer de la techno. C’était juste une blague pour partir au Portugal et tripper. On a fait deux concerts dans ce festival, dont le second en clôture où c’était vraiment la folie. Les gens criaient tellement qu’on n’arrivait pas à faire les balances. On ne s’attendait pas du tout à ce succès.

Matthieu Souchet (à gauche) et Raphaël Decoster (à droite) © Sylvain Gripoix
M. : J’ai cru voir que vous aviez conçu un live sans coupures, comme un DJ Set ?

R. : C’est un entre-deux en fait. Au début, on faisait vraiment un concert live en s’arrêtant entre chaque morceau. On s’est rendu compte que ça pouvait casser l’énergie de notre musique. Maintenant on a des petits blocs, comme des petits DJ Sets à l’intérieur du set, où on va enchaîner 2/3 morceaux. La continuité fonctionne super bien en live pour la danse qui a une place énorme dans notre rapport à la musique. Et on garde quand même des moments où l’on se pose, on trippe avec les gens, on explique une danse…

M. : Quel type de danse ?

R. : Ce sont de fausses danses traditionnelles : on a une danse de poney, d’autres qui peuvent être très sexy… Il y a un truc qu’il faut savoir, c’est que les gens sont chauds de la danse dans les festivals traditionnels. Dès que tu vas leur montrer un pas, ils vont apprendre le truc, te suivre à fond. Du coup, tu peux leur faire faire n’importe quoi. Il faut juste savoir les emmener à cet endroit. Et souvent, ça marche très bien.

 

M. : Il y a une grande notion de lâcher-prise qui est récurrente dans nos concerts et c’est très agréable à voir.

M. : Vous devenez les spectateurs de votre public ?

M. : Carrément, on inverse le rapport (rires).

M. : Comment déclinez-vous la recette en studio ?

M. : On organise souvent des résidences de création en studio avec Raphaël, c’est là que tout se crée. Les structures live ne sont pas les mêmes que celles du disque, mais globalement les musiques sont pensées dans l’optique du live.

 

R. : On compose en studio et ensuite on valide ou non les morceaux en live. On voit tout de suite les réactions du public. Si quelque chose ne marche pas, on part rebosser l’arrangement. C’est un peu le filtre live que l’on applique sur tous nos morceaux.

M. : Et pour l’accordéon ?

R. : C’est une façon de composer assez différente de ce que j’ai pu faire avant. J’avais un rôle très mélodique et presque soliste dans mes autres groupes, là c’est une base de musique répétitive donc la manière de composer est nouvelle. C’est chouette parce que je peux expérimenter la texture du son plutôt que de travailler le côté mélodique. Souvent, ça part d’un pattern harmonique que l’on triture et que l’on développe pour trouver notre son à nous. Il y a plein de choses à faire avec l’accordéon, j’essaie de l’amener ailleurs.

Décor bucolique et tenues futuristes © Sylvain Gripoix
M. : Vous sentez que vous avez évolué depuis votre premier EP en 2019 ?

M. : L’EP Espace Fraîcheur a été fait dans l’urgence, notamment sur le mixage, parce que ça faisait un an et demi que l’on tournait sans support audio et qu’il fallait vite en proposer un. On a pris plus de temps sur l’album pour développer la patte électronique qui définit bien le son propre à Turfu. On est entré en résidence la semaine du 8 mars avec un ingé’ son, en plus de notre ingé’ son actuel, pour travailler la dynamique sonore et électronique sur scène. Il sera le troisième musicien sur scène pour ajouter des effets en plus, parce qu’il nous manque des bras à deux.

M. : Les confinements successifs vous ont aidé à avoir plus de recul sur votre projet ?

M. : La pandémie nous laisse le temps de développer le projet au-delà de la composition : faire des clips, développer la communication, répondre à des interviews. C’est plus difficile quand on est en tournée, tout ce temps est très important. Aujourd’hui les musiciens n’ont plus seulement la casquette de compositeur. Dans les temps lointains, les artistes étaient tellement entourés qu’ils n’avaient rien à faire à part composer.

M. : En plus de l’accordéon, j’ai vu que Raphaël tu avais réalisé et monté le clip de Try To Tell Me ?

R. : Oui, c’est filmé avec mon téléphone. C’était surtout une contrainte de la production qui nous a dit : « Bon les gars, on a besoin d’un clip dans deux semaines ». J’étais chez moi à Porto, Matthieu est venu. Il y avait zéro organisation, on n’avait pas de scénario ni de caméra. J’avais fait pas mal de vidéos de danse pendant le confinement. Du coup la prod’ m’a dit : « Tu vas nous faire ça, Raph’ » (rires). La contrainte est devenue intéressante parce qu’on a trouvé des costumes bleus et roses qui créaient un effet de fausse 3D une fois superposés.

M. : Où est-ce que vous avez tourné ?

R. : Sur un grand terrain vague qui est derrière chez moi. On s’est amusé en plein cagnard pendant 3 jours à sauter dans tous les sens.

 

M. : Et à être complètement courbaturés.

M. : Peut-on dire que vous avez les plus gros mollets de la scène électro ?

R. : Oui (rires).

M. : Vous gardez les mêmes costumes sur scène ?

M. : Oui, on a gardé les costumes du clip Try To Tell Me pour les deux seuls concerts que l’on a pu faire depuis la pandémie. On a aussi fait appel à un modélisateur de ballons de baudruche pour la pochette, qui nous a fait un costume avec 2,000 ballons chacun.

M. : Vous me parlez de votre dernier clip Astrale Nouba ?

M. : Pour le coup, c’est beaucoup plus produit que Try To Tell Me. Il y avait une équipe de ciné derrière (ndlr : Minimum Moderne à la production), on avait des subventions du CNC, c’était moins sous le manteau. Tout est centré autour d’un lama qui s’appelle Charlie et qui va se faire envoûter par nos danses récréatives. Il finit par se faire transformer en humain danseur de voguing par Kate Young, notre sorcière des temps modernes. On a travaillé avec une maison de voguing parisienne, House of Ebony.

M. : Il y a un petit côté Terry Gilliam ?

M. : Je suis complètement fan de Terry Gilliam et de toute son approche des visuels, des costumes et des effets spéciaux.

 

R. : Après on n’a pas du tout ce côté dystopique. On est plutôt des faux méchants, on essaie de faire de la grosse musique qui tape, mais l’énergie qu’on fait passer est joyeuse.

M. : Vous vous projetez comment pour les concerts de cet été ?

M. : On avait des dates de programmées mais elles sont toutes en train de s’annuler (ndlr : un concert a été confirmé au Parvis des Saulnières le 29 mai) parce que les mesures ne sont pas du tout viables pour les musiques actuelles. C’est sûrement plus facile pour des festivals de musique classique ou de jazz qui peuvent s’écouter assis. Pour nous qui faisons de la musique à danser, on a fait l’expérience d’un concert assis au mois de septembre et c’est autre chose. Vu qu’on se nourrit énormément de ce que le public nous renvoie, c’est assez frustrant.

 

R. : Après je pense qu’on va être obligé de jouer cet été, sinon on va craquer. Même si ce sont des concerts « pirates ».

 

M. : J’imagine bien revenir à des concerts privés dans des jardins de potes. Je préfère jouer devant 50 personnes debout que devant 5 000 personnes assises.

M. : Le turfu c’est l’AirBnb des concerts ?

R. : Les boums à domicile (rires).

Les costumes ont été créés sur-mesure par Magiksam Balloons © Sylvain Gripoix
M. : Ma dernière question est la signature chez Arty Magazine. Quelle est votre définition d’un artiste ?

M. : Je ne m’y attendais pas à celle-là.

 

R. : Je pense qu’un artiste c’est quelqu’un qui a une écriture à lui, qui peut s’inspirer de plein de choses mais qui est singulier. Il a aussi besoin de la création pour survivre. Ça doit vraiment être un besoin et pas un choix de métier.

 

M. : Je rejoins complètement Raph’. J’ajouterais qu’un artiste c’est quelqu’un qui n’oublie pas ses racines et qui garde les pieds sur Terre. C’est important pour moi.

Astrale Nouba de Turfu est disponible sur Spotify.

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