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TERRIER : « J’ai envie de me ramasser un peu les dents, de connaître des expériences »

TERRIER : « J’ai envie de me ramasser un peu les dents, de connaître des expériences »

Nous avions croisé TERRIER lors de la présentation des artistes retenus par le Chantier des Francos en janvier dernier. Aujourd’hui, on se pose dans son jardin, à Pantin, pour parler plus en détails de son premier EP Naissance.

Avec une voix grave, écorchée et à fleur de peau, plaquée sur des textes qui nous parlent de sa bande de potes de Landeronde, d’amour naissant et de ses parents, TERRIER prend Naissance sous nos oreilles surprises par l’originalité du projet. Le chanteur vendéen évolue dans plusieurs univers et s’amuse à brouiller les pistes. Mêlant à la fois des influences électro, pop, rap et rock sur un chanté-parlé, TERRIER nous hurle sa rage et sa fureur de vivre à travers une écriture sensible et poétique.

On dresse le portrait émouvant et sans filtre d’un artiste multi-facettes curieux de nouvelles expériences enrichissantes, déterminé à conserver son indépendance et à faire vivre son projet tel qu’il l’entend.

Anoussa : Ton premier EP est sorti il y a quelques semaines. Quels ont été les retours ?

TERRIER : Les retours de la part des médias sont positifs. J’attends la reprise des concerts pour faire découvrir l’EP au public.

A. : En parlant de reprise, tu es programmé le 3 juillet dans le cadre des concerts hors les murs organisés par le Supersonic !

T. : C’est une date un peu flippante parce que je joue le plus gros set. Il y a donc plus de chansons à faire rentrer dans le set. C’est un peu stressant mais c’est cool.

A. : Qu’as tu ressenti le jour de la sortie de ton EP ?

T. : Comme tout musicien qui sort un disque, j’étais assez flippé et j’appréhendais un peu la sortie. J’étais aussi soulagé que ça sorte car certains titres dataient de 2019. Il y a rapidement eu des bons retours, des encouragements et de l’engouement. J’ai la chance d’avoir une équipe qui communique bien sur les réseaux sociaux. Il y avait quelque chose d’espacé que j’aimais beaucoup, ça respirait, ce n’était pas oppressant.

A. : Ton EP s’appelle donc Naissance. Considères-tu cet EP comme une naissance artistique ?

T. : On me pose souvent cette question mais je ne sais pas si c’est le cas. On verra avec l’évolution de cet EP en live sur le public. Il y a beaucoup de choses à tester. C’est plutôt un titre qu’il faut voir comme une introduction, un premier jet de plusieurs titres sous la forme d’un EP/album. Ça me paraissait important de lui donner un terme proche de la littérature. Mon prochain disque aura certainement un titre issu de ce registre, comme une sorte de chapitre en plus.

A. : Comme dans un livre, existe-t-il donc un lien entre chaque chanson de ton EP ?

T. : Quand j’écris des chansons, je veux raconter une historie. J’aime bien qu’il y ait un début, une fin et un sens entre les chansons. Rassembler ces chansons comme une sorte d’introduction au public est une manière de dire : « voilà je suis comme ça, bienvenu dans mon monde ». C’était important.

« Rassembler ces chansons comme une sorte d’introduction au public est une manière de dire : « voilà je suis comme ça, bienvenu dans mon monde » ©VALERIAN 7000
A. : Depuis 2019, tu as eu une progression assez fulgurante. Tu as trouvé un tourneur et fait les premières parties de Balthazar et de Hervé…

T. :  Si tu sors un titre et que tu es repéré par le moindre label ou tourneur, j’ai l’impression que tout le monde va te sauter dessus. Il y a un effet de masse. C’est assez bizarre parce que tu deviens une sorte de truc achetable, de produit humain. C’est cool parce que ça te permet d’avoir des super opportunités comme faire la première partie de Balthazar. Mais, c’est un peu compliqué parce que quand tu fais la première partie de Hervé, il y a tous les médias de Paris qui sont présents alors que ton projet a 2 mois et que tu ne sais pas jouer. Il y avait un truc qui n’était pas abouti parce qu’à ce moment, je ne m’étais pas encore trouvé artistiquement.

A. : Comment as-tu fait pour gérer ce soudain et rapide intérêt autour de ton projet ?

T. :  J’étais hyper bien entouré que ce soit par mes potes, Robin Leduc qui m’a beaucoup protégé, le programmateur du festival Fusion qui m’a managé pendant 3 mois, par des personnes du métier qui étaient dans la zen attitude, qui n’étaient pas attirés par l’argent et qui m’ont dit de prendre mon temps, de me trouver artistiquement, que si j’étais heureux de bosser avec untel ou untel, il fallait que je garde ces personnes dans mon équipe. Avec la Covid, les personnes ont filtré naturellement. Je me suis retrouvé avec deux fois moins de propositions ce qui m’a permis de voir ceux qui étaient intéressés et ceux qui ne l’étaient pas.

A. : Tu n’as pas ressenti trop de pression pendant la composition et l’écriture de ton EP ?

T. : Non, parce que les titres étaient déjà écrits. J’avais beaucoup d’avance sur cette partie. Dès le début, j’avais un Sounclound qui était prêt. Je n’ai rien changé à l’EP, je l’ai juste mixé et arrangé. Naissance est le titre le plus récent que j’ai composé pendant le confinement.

A. : D’ailleurs, Naissance est le titre qui m’a le plu émue ! Pourquoi l’avoir scindé en deux parties ?

T. : Au début, je voulais le scinder en trois parties mais ça faisait too much. Dans ce titre, il y a trois émotions. Dans la première partie, je suis cloisonné dans ma maman, je me sens bien, je suis avec quelqu’un qui me protège et je suis bien dans cette obscurité. La deuxième partie parle de l’accouchement : il y a des choses qui apparaissent, c’est chelou et je découvre mes parents. Dans la troisième partie, je me rends compte qu’on est bien dehors, parce que j’ai des parents qui s’aiment et qu’ils sont sympas avec moi. Musicalement et harmoniquement, c’est pareil. La première partie est un peu dark, composée en mineur. Alors que la fin est davantage majeure et solaire.

A. : Naissance est donc un titre qui parle de tes parents. Pourquoi avoir voulu leur rendre cet hommage ?

T. : Aujourd’hui, je me rends compte de la chance que j’ai d’avoir mes parents et leur soutien qui est important. Sans leur soutien, ça serait un peu plus compliqué. Je me repose beaucoup sur ça. Quand je fais une compo, je demande toujours l’avis de ma mère, qui est l’avis qui compte le plus. Elle est très ouverte, c’est agréable de se sentir écouté et critiqué avec cœur.

A. : Quelle a été la réaction de tes parents à l’écoute de ce morceau ?

T. : J’ai d’abord envoyé les paroles à ma mère. Elle m’a répondu « je ne comprends pas », elle ne voyait pas où le texte voulait en venir. Je lui ai ensuite envoyé la chanson avec la musique et le texte, sans la retoucher. Elle m’a appelé en pleurs en me disant que c’était trop bien. J’étais content.

« J’écris vraiment au feeling. Tous mes textes ont été écrits de manière différente. J’ai vraiment très peu de tips d’écriture » ©VALERIAN 7000
A. : Tes chansons relèvent-t-elles de l’autobiographie, de la fiction ou de l’auto fiction ?

T. : Il y a zéro fiction, ce n’est que du vécu. Le titre Rue des Pervenches est écrit comme un tableau. Je cite plein de faits différents, c’est plus comme un moodboard. Ces phrases ne sont que des clins d’œil à des choses qui se sont passées avec ma bande de potes de Landeronde. Chaque clin d’œil est affilié à quelqu’un et ça fait marrer mes potes.

A. : Comment écris-tu ? As-tu une méthode de travail d’écriture à laquelle tu t’astreins ?

T. : J’écris vraiment au feeling. Tous mes textes ont été écrits de manière différente. J’ai vraiment très peu de tips d’écriture. Un jour, j’ai trouvé l’inspiration en allant chercher le pain et je suis tombé sur une affiche d’un joueur de l’OM avec une phrase – dont je ne me souviens plus. Et je suis parti de cette phrase. Mais, parfois, s’il me manque un mot, je vais buter pendant 4 heures sur ce mot qu’il me manque. J’adorerais écrire différemment en inventant et racontant des histoires.

A. : As-tu envie d’écrire pour d’autres ?

T. : Comme je n’ai aucune méthodologie d’écriture, je ne suis pas prêt pour écrire pour d’autres mais j’en ai très envie. J’ai déjà essayé mais je n’ai pas réussi.

A. : Cet EP a été auto-produit par tes soins. Qu’as-tu pensé de cette expérience en solo ?

T. : Je ne voulais pas faire l’EP seul. Ce n’était pas du tout une volonté. J’ai pété des câbles mais c’était cool parce que j’ai appris plein de trucs. Le fait d’avoir eu du temps cette année ne m’a pas porté préjudice. Si on avait été dans une période normale, cela aurait posé des problèmes à toute l’équipe parce que je mettais du temps à être content d’une version. Quand j’avais une version, je la mettais de côté pour la réécouter plus tard et revenir dessus avec des idées fraîches et ainsi de suite. Tout ça sur 7 titres. C’était une année chelou parce que tout le monde était à contre rythme. C’était donc très compliqué de ne pas être content avec des gens de l’extérieur et de leur expliquer pourquoi.

A. : Penses-tu déjà à ton prochain disque ?

T. : Oui. En ce moment, je réfléchis à comment faire le prochain album parce que je ne veux pas le faire dans les mêmes conditions que l’EP. Je ne veux pas le faire seul. Je discute avec beaucoup de gens parce que le rapport humain est primordial sur le résultat. Je cherche quelqu’un qui travaillerait sur les arrangements et le mix.

A. : Le timbre de ta voix est très grave. Tu as toujours chanté de cette manière ?

T. : Pas tant que ça. Je n’ai jamais chanté avant TERRIER. Avec mes précédents groupes, je faisais les chœurs. J’ai testé beaucoup de chants différents et celui-là est celui avec lequel je suis le plus à l’aise. Je joue beaucoup sur ce timbre.

A. : Quel a été ton rapport avec la musique pendant cette période de confinement ?

T. : Je n’ai pas fait de livestream. Je n’aime pas ça. Je ne suis pas très bon sur les réseaux, j’ai du mal à aller chercher les gens comme ça, ce n’est pas quelque chose avec lequel je suis très à l’aise. Quand je vais à un concert, c’est pour boire des bières et prendre des grosses vibrations, s’il n’y a pas ça, je trouve que c’est nul. Aussi, par solidarité avec les techniciens qui ne pouvaient pas s’exprimer, je trouvais que c’était un peu égoïste de la part des artistes qui ont participé à ce délire là. On ne peut pas étouffer un problème avec des subventions et des aides de la SACEM. Même s’il y a eu des aides, c’était important de les soutenir.

A. : Quels sont les points positifs que tu retiens de cette période ?

T. : Ça m’a permis de monter mon label pour avoir mon indépendance artistique. J’aime la débrouille. C’est un peu ce qui me fait kiffer dans ce métier. J’ai envie de me ramasser un peu les dents, de connaître des expériences, c’est enrichissant.

A. : L’indépendance artistique semble hyper importante pour toi…

T. : L’indépendance tout court et pas juste artistique. Tu sors un CD quand tu veux, où tu veux. Tu choisis où il est distribué, ton équipe et avec qui tu veux travailler. Tu as ce pouvoir de décision assez fort. J’ai la chance d’avoir de supers conseillers. Trouver mes deux managers m’a aussi aidé à faire ce choix de l’indépendance. Je serais trop frustré qu’un label me refuse telle chose pour telle raison. C’est bête mais ça fait un avis en plus que je ne veux pas avoir.

« J’adore le noir et blanc car c’est très dark, nostalgique et punk. Ça connote et donne énormément de sens à une image » ©VALERIAN 7000
A. : Parlons maintenant de ton rapport à l’image. Il est à la fois très travaillé et très épuré…

T. : Dès le début, je me suis pris la tête autant sur l’image que sur la musique. Entre TERRIER et les groupes que j’ai eu auparavant, je faisais beaucoup de musique à l’image sur des séries ou des pubs. Il y a des images qui veulent dire des sons et inversement. L’un ne va plus sans l’autre.

 

Quand j’ai crée TERRIER, j’avais plein d’images en tête, j’avais mon moodboard avec énormément de références. J’ai démarché VALERIAN 7000 qui est devenu mon graphiste. Je lui ai envoyé mon Soundcloud et mon moodboard. C’est allé vite et c’était assez clair : il a fait 30 photos en noir et blanc qui étaient incroyables, on s’est mis d’accord sur le logo sur la base d’une V1. Pour le côté épuré : je me suis inspiré de couvertures de magazine qui sont très sobres qu’on a voulu rendre un peu moins lisses.

A. : Tu sembles également avoir une appétence pour le noir et blanc …

T. : J’adore le noir et blanc car c’est très dark, nostalgique et punk. Ça connote et donne énormément de sens à une image. Aussi, le noir et blanc représente les histoires du passé et mes souvenirs, alors que la couleur représente des sentiments présents. D’où la couleur sur le titre L’Hiver.

A. : On arrive à la question signature chez Arty Magazine. Quelle est ta définition d’un artiste ?

T. : C’est une question compliquée. Je ne sais pas si je suis assez légitime pour dire quoi que ce soit sur ce sujet. Un artiste va aller creuser quelque chose de personnel pour le proposer au public, qui va sortir une matière – peu importe laquelle (film, tableau, musique) – pour qu’elle soit originale. L’originalité vient du côté personnel de l’œuvre. Plus t’es personnel, sans fioriture et sans aller dans la fiction, plus t’es dans le vrai, plus ton œuvre prend de la qualité et plus t’es un artiste. La sincérité est importante et s’applique même lorsqu’un artiste raconte l’histoire de quelqu’un d’autre. Quand un artiste écrit pour un autre, il va forcément s’inspirer de sa vie, mettre sa personnalité au service de l’œuvre.

Naissance de TERRIER est disponible sur Spotify.

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