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Interview : Les « Breakup » confidences de Silly Boy Blue

Interview : Les « Breakup » confidences de Silly Boy Blue

Après nous avoir dévoilé un somptueux EP, But You Will, en 2018, Silly Boy Blue nous offre ses Breakup Songs, prévues pour le 18 juin prochain.

Ana Benabdelkarim alias Silly Boy Blue, dont les compositions sont portées par une sincérité déconcertante, s’apprête à divulguer son tant attendu premier album, Breakup Songs. Quelques jours avant sa sortie, nous avons eu la chance d’échanger avec l’artiste au cœur de l’un de ses endroits préférés, le cimetière du Père Lachaise, dans lequel elle a pour habitude de se réfugier.

Zoé : Coucou Ana ! Comment te sens-tu à l’approche de la sortie de ton premier album ?

SBB : Je me sens bien, j’ai hâte. Ça fait super longtemps qu’il est écrit et ça va faire un an qu’il est enregistré. J’ai à la fois hâte et peur, parce que cet album représente tout ce qu’il y a dans ma tête.

Z. : Déjà 4 ans depuis ton EP But You Will, peux-tu nous raconter ton parcours depuis ?

SBB : J’ai sorti mon EP But You Will en 2018 et ensuite j’ai eu beaucoup de dates, tout s’est enchaîné avec les iNOUïS du Printemps de Bourges, le Chantier des Francos… Puis j’ai signé avec Warner Chappell et Columbia. C’était des années bien remplies. Ça m’a permis de prendre le temps de savoir exactement ce que je voulais faire, avec qui et comment. Tout ce temps m’a permis de sortir un album que j’aime très fort, donc je suis contente. Ce n’est pas du temps perdu !

Z. : Tu as un univers très personnel et vulnérable, qui dans ses thèmes rappelleraient un peu Avril Lavigne dans ses débuts. Quelles sont tes inspirations ?

SBB : Avril Lavigne c’est très bien visé (rires). Beaucoup d’artistes m’inspirent énormément, il y a eu évidemment David Bowie à qui j’ai emprunté mon nom de scène (ndlr, le titre éponyme du chanteur est sorti en 1967). J’ai beaucoup d’inspirations liées à différentes raisons. Par exemple, Joan Jett, Lady Gaga, Lorde, Ariana Grande sont des femmes qui m’ont donné de l’envie et du courage. Ensuite, il y a beaucoup d’artistes qui m’ont insufflé leur songwriting, comme Eliott Smith ou Lana Del Rey. Il y a aussi la manière de se présenter sur scène qui joue, je pense au film Rocky Horror Picture Show, une comédie musicale avec une mise en scène théâtrale et dramatique.

Z. : Ces influences sont très variées ?

SBB : Toutes ces différentes influences m’ont aidée à me construire dans ma vie personnelle et musicale, c’est un grand mélange de mille personnes qui se complètent plutôt bien. J’en ai fait quelque chose qui me convenait à moi.

Z. : Ton nom d’emprunt vient directement du légendaire David Bowie, quelle place occupe cet artiste dans ton quotidien ?

SBB : Une place assez monumentale (rires). Je l’ai écouté très jeune grâce à mes parents, puis je l’ai repris avec une amie quand on commençait à faire de la musique. J’ai rédigé toute une partie de mon mémoire sur les corps androgynes dans la musique de David Bowie, donc j’ai bossé sur lui pendant un an. C’est une personne dont j’ai l’impression de ne connaitre qu’une infime partie de ce qu’il a fait et pourtant c’est déjà énorme. C’est un artiste pionnier dans tellement de choses, que pour moi c’est le choix de l’évidence. Je voulais un pseudonyme et c’était soit ça, soit Major Tom (rires). J’ai finalement préféré cette chanson qui est le début de sa carrière, ça me plaisait bien.

Silly Boy Blue, le bleu vous va si bien © Anoussa Chea
Z. : Tu as d’abord travaillé avec Robin Leduc (Gaëtan Nonchalant, Serpent, Sarah Maison) et aujourd’hui tu sors un album produit par Apollo Noir et Sam Tiba. Pourquoi ce changement ?

SBB : J’ai rencontré Apollo Noir sur une date à FGO Barbara et on a commencé à travailler ensemble un peu par hasard. Finalement, on s’est super bien entendu musicalement et personnellement. On avait envie d’ajouter d’autres sonorités que l’on n’a pas l’habitude d’entendre dans nos titres respectifs, c’est pourquoi on s’est tourné vers Sam qui à ce moment-là était motivé et disponible, et le match en trio a fonctionné.

Z. : Et Robin Leduc ?

SBB : J’ai retravaillé en parallèle avec Robin sur la version de The Fight (Version Orchestra) parce qu’il y a un lien fort entre lui et moi. Il était là dès le début. On avait envie de terminer l’histoire ensemble et il était très enthousiaste à cette idée. Le point commun entre chaque personne avec qui j’ai travaillé, c’est qu’ils sont énormément à l’écoute, il n’y a pas d’ego, ils sont vraiment là, au service de ma musique. J’ai les oreilles grandes ouvertes face à leur expertise et leur talent.

Z. : Dans cet album on retrouve les titres Cecilia Pt. 2 et The Fight (Version Orchestra). Vois-tu l’album comme la continuité de l’EP ?

SBB : C’est à la fois un projet très différent et sa continuité. Déjà je voulais conclure l’histoire de Cecilia, qui ne l’était pas vraiment dans ma tête. The Fight, je souhaitais la revisiter pour faire un clin d’œil à ces titres qui étaient là au début, clore ces chapitres. C’était la fin et le début de quelque chose à la fois. J’avais besoin qu’il y ait un lien entre l’EP et l’album, comme il y en a un dans mon cœur et dans ma tête.

Z. : Avec quels artistes envisages-tu de collaborer sur tes projets annexes ?

SBB : Pour la version orchestrale de The Fight, j’ai collaboré avec Uele Lamore, avec qui j’ai travaillé sur son album et c’était une super expérience. J’ai beaucoup aimé collaborer avec d’autres artistes pour mon projet It’s Over Cover, et j’aimerais continuer ce travail mais j’envisagerais de bosser avec tellement de monde. Je trouve ça trop cool, on ressort gagnant et on en apprend des autres, sur leur manière de faire et d’entendre la musique, c’est enrichissant !

Z. : Sur la scène émergente française où tu es très ancrée, tu te démarques parce que tu chantes en anglais. Est-ce là une volonté de te « protéger » ou tout simplement le langage de ton cœur ?

SBB : C’est moitié-moitié. Quand j’ai commencé à écrire en anglais, c’était pour me planquer, pour que mes proches ne comprennent pas. Mais je me suis rendue compte que c’était surtout que j’écoutais beaucoup de musique anglo-saxonne. J’ai grandi en écoutant Bowie, Avril Lavigne, Evanescence… Ça a été un automatisme d’écrire de cette manière. J’ai découvert des artistes français par mes proches, mais ça n’a pas du tout fait partie de mon éducation musicale, donc vraiment moitié-moitié, et pour me cacher, et par réflexe.

Z. : Dans The Riddle, on peut voir que tu marches à contresens de la foule. As-tu l’impression de sortir des clous ?

SBB : Oui et non, je pense qu’on est toujours le « différent » de quelqu’un. Déjà en faisant de la musique, je suis forcément à contresens d’un certain système. J’ai déjà été dans les cases, à travailler dans un bureau de 8H à 19H, et forcément je me sens aujourd’hui à contresens de ça. Il y avait dans un premier temps cette métaphore là, mais l’idée était surtout de parler d’amour, lorsque l’on ressent des choses que l’on ne devrait pas forcément ressentir. D’aller contre vents et marées, en ayant cette impression que rien ne peut nous arrêter, aussi bien comme sur l’escalator, avec des gens qui me bousculent.

Z. : Et plus largement ?

SBB : C’est vraiment comme ça que j’ai composé mon album et ma vie (rires). Dans chacune des histoires d’amour que je vis, partagées ou non, j’ai beau recevoir mille conseils, j’ai comme un sentiment de frénésie. Rien ne peut se mettre en travers, sauf moi-même. C’est pour ça que l’on se sépare dans l’escalator à la fin du clip, c’est quand je décide de lâcher prise.

Shooting au Père Lachaise © Anoussa Chea
Z. : Tu as sorti une série de reprises intitulée It’s Over Cover. La rupture sentimentale est inscrite dans l’ADN de ton projet, tu en parlais dans le podcast Les Gens qui Doutent. Pourquoi cette envie de rendre ce thème primordial ?

SBB : Je ne parle pas seulement de rupture dans mon album, mais c’est vrai que l’amour et la séparation provoquent tellement de sentiments à la fois – la tristesse, la colère, l’espoir, la folie, que c’est pour moi un bon témoin de toutes les émotions que l’on peut vivre. C’est la raison pour laquelle j’écris beaucoup dessus. Quand on a dû décider du titre de l’album, Breakup Songs est vraiment la première chose qui m’est venue à l’esprit. Il y a aussi des chansons qui n’abordent pas cette thématique, par exemple Teenager qui est davantage axée sur la peur de disparaître et d’autres choses que j’ai vécu.

Z. : Penses-tu reprendre les It’s Over Covers ? Envisagerais-tu de les sortir sur les plateformes ?

SBB : J’ai prévu d’en refaire, j’aime bien que ce soit un projet un peu libre. Je pense inviter des gens avec qui j’ai réalisé ces reprises sur la scène de la Gaîté Lyrique, peut-être qu’un jour on en fera un album ou on les défendra sur scène. Le concept a permis de créer des liens, mais je ne sais pas quelle forme ça prendra. Tout est possible et c’est ce qui est chouette !

Z. : Ma dernière question est la signature chez Arty Magazine. Quelle est ta définition d’un artiste ?

SBB : Pour moi c’est quelqu’un qui a quelque chose à exprimer et qui a besoin de le faire à travers l’art. C’est d’avoir quelque chose à dire de manière moins directe que dans une phrase ou une discussion.

Breakup Songs sortira le 18 juin.

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