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De l’Angola à Lisbonne, le rêve kuduro de Pongo

De la jeune lisboète Pongo Love à la star du kuduro Pongo, l’artiste afro-portugaise Engrácia Dominguez a été adoubée en deux EP. Désormais installée à Paris, sa consécration imminente est attendue avec un premier album.

Pongo a connu trois naissances, autant de villes et de vies. Née à Luanda en Angola, puis poussée à l’exil par la guerre civile qui sévit alors, elle trouve refuge au Portugal avec sa famille. Danseuse et chanteuse, elle devient l’adolescente star des rues lisboètes sous le nom de Pongo Love avec le tube Kalemba (Wegue Wegue) du collectif Buraka Som Sistema, véritable raz-de-marée kuduro sur les antennes du monde entier. C’était en 2008.

Onze ans plus tard, Pongo est de retour pour secouer les timides dancefloors européens avec son premier EP en solo, Baia. En 2020, elle frappe un second grand coup avec son EP Uwa, qui assoit son statut de nouvelle « reine du kuduro » à base de musique électronique, dancehall et pop. Privilège de tête couronnée, elle est même invitée à se produire sur le parvis de l’Elysée pour la Fête de La Musique, apprenant Brigitte Macron à danser le kuduro.

Rencontrée en septembre dernier au festival Hop Pop Hop, la kudurista afro-portugaise nous parle de ses débuts, de sa vision inclusive de l’Afrique et de l’état d’esprit qui l’anime.

Marin : Salut Pongo. Il y a plus de 13 ans, tu as débuté avec le groupe Denon Squad à Lisbonne. Peux-tu me raconter tes premiers pas sur la scène musicale ?

Pongo : J’ai commencé la musique quand j’avais 15 ans. J’allais consulter un kinésithérapeute pour me rééduquer la cheville parce que j’avais eu un accident (ndlr : une fracture après avoir chuté de plusieurs étages). J’y allais en train et dans la gare de Queluz j’ai rencontré le groupe de danseurs Denon Squad. Ils faisaient plein de chorégraphies et de performances dans la rue, et j’ai réalisé que je voulais faire partie de ce groupe. Je suis revenue les voir danser, et un jour ils m’ont invitée à danser avec eux. J’avais des béquilles, je les ai laissées sur le côté et j’ai intégré le groupe pour danser.

M. : Comment en es-tu venue à chanter ?

P. : Un jour, j’étais avec Denon Squad en studio et la chanteuse n’a pas pu venir. Ils m’ont invitée à enregistrer les chœurs. J’étais un peu chamboulée parce que dans mon esprit j’adorais danser, la musique aussi, mais pas en tant que chanteuse. Ils me disaient : « Ne t’inquiète pas c’est juste une blague, tout va bien aller. » J’ai enregistré et après je me suis sentie plus libre de faire plus de musique.

M. : Tu as ensuite commencé à collaborer avec le collectif de musiciens-producteurs Buraka Som Sistema…

P. : Oui, en fait Denon Squad a envoyé une démo à leurs amis du collectif Buraka Som Sistema (ndlr : collectif originaire de la banlieue voisine de Buraca). Ils ont écouté la musique au moment où ils cherchaient une nouvelle chanteuse. Denon Squad ne me l’avait pas dit et ils ont envoyé mon contact, alors tu t’imagines combien j’ai été surprise quand ils m’ont appelée : « On adore ta voix, on cherche une nouvelle chanteuse et tu es la personne que l’on cherche. » Je leur ai dit que je devais déjà en parler avec mes parents.

M. : Tout est ensuite allé très vite ?

P. : On s’est ensuite rencontré dans un studio avec Buraka et ils m’ont dit de chanter ce que je voulais. À ce moment-là, j’étais déjà dans l’optique de faire de la musique avec Denon Squad. J’avais eu l’idée de Wegue Wegue, je l’ai chanté et ils m’ont dit : « C’est cool, on va travailler sur celle-ci. » On l’a sortie en 2008. Deux ans après, Kalemba (Wegue Wegue) est devenu un gros succès et on a fait beaucoup de shows dans le Nord et le Sud du Portugal, mais je ne pouvais pas tourner en dehors du pays à cause de l’obtention de papiers qu’on me refusait. J’étais très jeune, je devais gérer à la fois l’école et la musique, alors j’ai décidé de quitter Buraka Som Sistema.

M. : Pourquoi avoir attendu 10 ans avant de lancer ton projet solo ?

P. : Je me suis battue pendant 10 ans pour lancer mon projet solo. Il y a trois ans, j’ai rencontré le producteur parisien Raphaël D’Hervez (ndlr, ancien de Pégase et Minitel Rose) et le label Capitaine Plouf avec qui j’ai réalisé mes deux EP Baia en 2019 et Uwa en 2020. Là, je commence à travailler sur mon premier album avec Universal Music France. Je continue à me battre pour faire exister mon projet solo. La vie continue (ndlr, en français).

Dame Pongo sous le regard de Fabien Brochet, photographe et directeur créatif pour McCann Beauty
M. : Tu as quitté l’Angola à l’âge de 8 ans avant de vivre au Portugal. Pourquoi c’est important pour toi de refléter cette culture cosmopolite à travers ta musique ?

P. : Ma plus grande influence dans la musique est mon enfance en Angola. Quand j’ai rencontré Buraka, ils avaient des éléments de groupes angolais que j’ai associé aux souvenirs de ma propre enfance. J’essaie de mixer ma vie en Angola, mon histoire, ma culture et ma langue. En ce moment, je me rends compte qu’avec Buraka j’ai ressenti cette diversité et le début de la globalisation, parce que tout le monde danse et chante la musique dans le style du kuduro, mais avec des rythmes occidentaux. Il y a notamment plus de musique électronique.

 

C’est vraiment important pour moi cette diversité dans ma musique. Ce mélange fait sens. Je sens que je peux toucher différentes personnes, cultures et pays. J’ai trouvé ma liberté dans le kuduro et je veux partager la même vibe aux personnes.

M. : C’est quoi cette « vibe » que tu veux transmettre ?

P. : Les vibes du kuduro, c’est être libre, positif, courageux et continuer à se battre dans la vie. Ne jamais abandonner ses rêves. Pour moi, c’est la même chose. Je veux partager cette culture à d’autres cultures.

M. : Ton EP Uwa est sorti le 7 février 2020. Que signifie ce titre ?

P. : Uwa est une part de mes souvenirs d’enfance. Quand tu organises une battle de danse entre deux rues, mais aussi dans le football ou d’autres jeux, le « Uwa » est un cri de célébration. Quand les enfants jouent à la balle et l’esquivent, ils crient « Uwa ».

M. : Quelle est l’histoire du clip fiévreux pour Uwa ?

P. : On a tourné une partie du clip en Afrique du Sud et l’autre à Dakar au Sénégal. C’était une aventure extraordinaire. À la base on avait prévu de tourner en Angola, mais on a trouvé de meilleures conditions de tournage au Sénégal. Les odeurs et leur accueil, c’est comme si j’étais rentrée à la maison. Tout était naturel avec les danseurs, les figurants et l’équipe de tournage. Pour moi, l’Afrique c’est l’Afrique.

 

Mon objectif, c’est de montrer l’Afrique sous son plus beau visage et dans toute sa diversité. On doit montrer et partager au monde que l’on a de grands talents africains.

« Mon objectif, c’est de montrer l’Afrique sous son plus beau visage et dans toute sa diversité. On doit montrer et partager au monde que l’on a de grands talents africains. » © Fabien Brochet
M. : Tu vas monter dans quelques minutes sur scène. Comment ça se passe Pongo en live ?

P. : Ça va être le feu ! Mon live, c’est tout ce que tu peux sentir et entendre dans ma musique : la liberté. C’est te donner ce que tu veux recevoir : de bonnes vibes. Je veux montrer comment la vie est belle quand tu fais de bons choix. Si tu veux danser, tu peux danser. C’est une invitation à se libérer, oublier ses problèmes et la Covid-19… En portant des masques (rires).

M. : Et comme c’est la tradition chez Arty Magazine, quelle est ta définition d’un.e artiste ?

P. : Un artiste est quelqu’un qui a une vie intense et qui parvient à la partager aux personnes. Cette vie intense en différentes circonstances, tu peux l’exprimer dans ta musique pour que les gens la ressentent et sentent quelque chose de nouveau. C’est ça, ma définition d’un artiste.

Interview réalisée le 19 septembre 2020 au festival Hop Pop Hop.

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