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Lonepsi, le rap au rythme de la pluie

Lonepsi, le rap au rythme de la pluie

Avec son premier album annoncé comme tel, Après la pluie, Lonepsi continue de faire ruisseler son rap avec un mélange subtil de souvenirs, de mélancolie, d’espoir et d’amour. Dans cet entretien il nous raconte son processus de création et les états d’âme qui l’ont fait naître.

Vendredi 22 octobre 2021, léger ciel voilé sur Paris. Les premières notes de piano résonnent, des souvenirs tristes s’égrènent dans l’air, et soudain, quelques gouttes viennent cogner sur les tuiles d’ardoise. Après la pluie est sorti, et le déluge ne fait que commencer. Au fil des quatorze morceaux qui composent son premier album, Lonepsi nous embarque dans son monde, d’une voix posée pour des paroles en puissance, de celles qui vont droit au cœur.

Le rappeur à la plume poétique décrit et sublime les sentiments d’isolement, d’amour, de regrets sur des mélodies à la guitare et au piano. Ses émotions s’illustrent selon les états de la pluie ; c’est doux, c’est fort, c’est beau et ça nous fait frissonner. Il s’aventure aussi dans les cafés parisiens avec sa collaboration parlée avec Frédéric Beigbeder ou un peu plus loin, dans l’espace, avec le nouveau virtuose du piano Sofiane Pamart.

Rencontre avec un faiseur de pluie au verbe contagieux.

Guillemette : Salut Lonepsi ! Comment te sens-tu maintenant que tu as sorti au grand jour Après la pluie, cet album qui t’était si important ?

Lonepsi : C’est vrai qu’il me tenait beaucoup à cœur ce premier album, avant même de savoir à quoi il allait ressembler. Aujourd’hui, à un peu moins de trois mois après la sortie, je suis fier du résultat final d’un point de vue musical et textuel. J’ai l’impression d’avoir fait quelque chose qui me ressemble beaucoup et d’avoir assez travaillé pour que les musiques qui s’y trouvent continuent à me rendre fier, même dans 5 ans. Cet album était l’occasion pour moi de réunir mon identité textuelle et mon identité musicale au sein d’un même projet.

G : Pour toi, c’est ça la plus grosse différence que tu vois entre cet album et tes autres projets ?

L : Oui, les précédents projets sont des ébauches, des tentatives d’albums qui n’ont pas trouvé suffisamment de lumière pour voir le jour. Ici j’ai réussi le pari de construire une œuvre cohérente, avec 14 morceaux à l’intérieur. La réelle différence est que pour les précédents j’essayais de faire un album et pour l’album… J’ai réussi.

G. : Comment s’est passé ton procédé d’écriture ? Avais-tu déjà commencé à composer certains morceaux avant même de réfléchir à Après la pluie ?

L. : Il y a plusieurs cas de figures. Effectivement il y a des morceaux que j’ai écrit il y a 2-3 ans. Je n’ai pas réussi à les interpréter de façon assez juste pour qu’ils trouvent une vie avant l’album. Il y en a d’autres que j’ai écrits après une averse qui m’a rappelé un souvenir. Généralement, j’écris sans musique et les textes que je compose en prose sont complètement désorganisés, m’évoquent un rythme, une mélodie. Suite à ça, je compose une instrumentale que j’utilise pour revenir sur mon texte et le tailler avec plus de rythmes, moins de syllabes, et ça me donne un produit final.

Lonepsi propose une esthétique noir et blanc au grain marqué, pour la sortie d’Après la pluie. Ici, la pochette de l’album
G. : Tu ouvres ton album avec La pluie c’est le passé qui revient, tu nous quittes avec La dernière fois, deux morceaux qui fonctionnent en écho. Ces deux titres « spoken word », en duo avec Frédéric Beigbeder, semblent offrir un sas de décompression vers ton univers poétique. Était-ce ton intention ?

L. : Pour ces deux textes, qui servent deux extrémités d’un même point de vue, je n’ai pas suivi le processus d’écriture dont je t’ai parlé plus haut. Je n’ai pas réussi à les modifier, les rapper ou les chanter. La façon la plus sincère que j’avais de les exprimer était de les dire tel quel, et donc de les parler, comme je suis en train de te parler. Je n’ai pas réussi à enlever des mots, rajouter des rimes ou un rythme. J’avais donc envie que ça reste sincère. C’est pour ça qu’ils ont gardé cette forme. Après, le fait que ça tombe sur le premier et sur le dernier titre de l’album, je pense que c’est un heureux hasard, même si je pense qu’il y a beaucoup de choses qu’on choisit inconsciemment.

G. : Si l’expérience t’a plu, c’est quelque chose que tu aimerais réitérer ?

L. : Oui. Je m’imagine faire de la musique toute ma vie, mais peut-être que quand j’arriverais à l’âge de 60-70 ans, je n’aurais pas les poumons ou le corps suffisamment en forme pour rapper ou pour chanter. Alors, je trouverais peut-être cette forme-là comme issue pour continuer à faire de la musique.

G. : Je me suis posée la question de ton signe astrologique. Savais-tu que les éléments de l’eau ne comprennent pas le monde, ils le ressentent. Je trouve que cette description correspond bien à ta musique, d’autant que ton album prend la pluie pour fil conducteur. Je me demandais si tout s’expliquait là (rires) ?

L. : Je suis lion (rires), mais je ne sais pas à quoi ça correspond comme élément.

G. : Ah raté, tu es signe de feu ! Alors, pourquoi la pluie est un thème récurrent chez toi ?

L. : Ma fixation est liée à un poème que m’avait lu mon père, quand j’étais très jeune. C’est La lluvia de Jorge Luis Borges (ndlr, poète et écrivain argentin). Il y a une phrase que j’ai encore du mal à comprendre mais que j’analyse toujours : « La pluie est une chose qui survient dans le passé. » Dans ce poème, quand il pleut, il arrive à réentendre la voix de son père défunt. Cet écrit m’a marqué et à chaque fois qu’il pleut j’ai la sensation que quelque chose de miraculeux est en train de se passer. Alors, j’ai réinterprété la phrase à ma façon avec La pluie, c’est le passé qui revient.

 

En été, quand il n’avait pas plu de ce qu’il me semblait être une éternité, je me suis dit que la quantité d’eau sur Terre n’avait pas varié d’un centilitre depuis des milliards d’années. Que l’eau qui tombait sur le visage des gens il y a 80 000 ans était probablement la même goutte qui tombe sur nos visages aujourd’hui. Pour ne pas tomber dans le métaphysique, j’ai décidé de les ramener à moi-même en associant ces gouttes à des souvenirs personnels. Quand j’ai eu cette idée qui m’est tombée du ciel (rires), je me suis dit qu’il fallait que je la développe pour en faire un album.

G. : Ton titre Ce que je vis me manque déjà avec Sofiane Pamart m’a particulièrement marquée. Comment s’est passée cette collaboration ?

L. : On s’était rencontré avec Sofiane, il y a 3 ans, pour un featuring avec Scylla. On s’était très bien entendu et pour mon album j’avais envie d’interpréter une musique sur des notes qui n’étaient pas les miennes (ndlr, Lonepsi est pianiste sous son vrai nom, Lindo Gargiulo). Je trouve qu’entendre sa propre voix sur ses propres compositions, qu’on travaille pendant des heures et des heures, enlève un peu du charme. On finit par entendre les défauts plutôt que d’écouter le texte. Pour me détacher de ce genre de ressenti, j’ai invité Sofiane Pamart. On a composé ensemble Ce que je vis me manque déjà et j’ai complétement redécouvert mon texte. Ça faisait longtemps que mes propres musiques ne m’avaient pas procuré une telle émotion. Paradoxalement, inviter quelqu’un d’autre m’a permis d’être plus proche de ma musique.

L’album offre une variation de la pluie pour chaque titre. Seuls deux collaborateurs accompagnent le mouvement : le pianiste Sofiane Pamart et l’écrivain Frédéric Beigbeder
G. : Qu’est ce qui t’a demandé le plus d’attention pour toi pendant la création de l’album ? Ou ce qui a été le plus compliqué à gérer ?

L. : Je dirais que c’était le fait de me taire musicalement pendant si longtemps. J’avais l’habitude de prendre la parole assez fréquemment et donc d’avoir un lien assez soutenu avec les personnes qui m’écoutent. Et là, le fait de devoir créer un album m’a fait me taire pour être le plus proche de mes émotions et des histoires que j’avais envie de raconter. Le plus dur était la distance, même si c’était pour mieux revenir.

G. : Quel impact le confinement a eu sur toi ?

L. : Le confinement a eu un impact sur les tournées, c’est sûr, mais ma façon de fonctionner était assez proche de ce qui m’a été « imposé » par le Covid. Même avant le virus, je restais cloîtré entre deux voyages et je composais, donc ça n’a pas finalement beaucoup changé. Le temps que je ne passais pas à préparer une tournée, c’était du temps que je pouvais consacrer à la musique.

G. : Tu as dû annuler ta tournée 2022, mais en gardant en tête que « Après la pluie, le beau temps », quels sont tes futurs projets musicaux ?

L. : J’ai envie de retrouver l’étincelle que j’avais au début, en découvrant de nouvelles choses que je pourrais faire avec ma voix, de nouveaux thèmes, de nouveaux mots. Peut-être retrouver une façon un peu plus spontanée de communiquer avec ceux qui m’écoutent en sortant des musiques de façon plus régulière. Pour l’instant je veux profiter de la sortie de ce nouvel album, et composer de nouvelles musiques sans me dire qu’elles vont appartenir à un projet. Ça me bride finalement un peu de penser une musique qui appartient à un tout plutôt qu’une musique en soi.

G. : Si tu fais des compositions spontanées, tu les partageras sur tes réseaux ?

L. : Ce que je suis en train de préparer c’est la programmation d’un discord. Je suis en train de créer un serveur pour communiquer plus directement et intimement avec ceux qui m’écoutent. Je pense que c’est le canal de communication que je vais privilégier dans les mois à venir.

Après la pluie de Lonepsi est disponible à l’écoute sur Spotify.

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