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Café Croissant avec James The Prophet

Café Croissant avec James The Prophet

Même s’il ne petit déjeune pas d’habitude, James the Prophet a fait exception pour nous rejoindre à la terrasse de Odette & Aimée, dans le 9ème arrondissement, pour le premier épisode de Café Croissant. Le lendemain de son concert dans la mythique salle parisienne du New Morning, pendant lequel il a aussi fêté son vingt et unième anniversaire qui tombait le même soir, il nous raconte ses angoisses, ses rêves et son histoire.

Encore plus grand que ce qu’il ne paraissait la veille pour son concert au New Morning, James est souriant, et pourtant, il a parfois le regard qui se perd dans le vague. Habillé de vert et de jaune, sa tenue est plus travaillée que ce qu’il porte sur scène, à savoir sa chemise préférée au-dessus d’un maillot de foot floqué à son nom. Malgré une gestuelle propre aux réservés, James the Prophet est calme et posé. Peu matérialiste, rêveur, ambitieux et solitaire, il a de ces personnalités discrètes mais intrigantes.

Exceptionnellement, James The Prophet a accepté de prendre son petit déjeuner pour notre Café Croissant chez Odette & Aimé © Jacques-Henri Heim

« La meilleure date de ma vie »

Le concert du 2 novembre, pour James the Prophet, était son meilleur live. Dans la salle mythique du New Morning, où l’on passe de la rue au devant de la scène en quelques mètres, James a livré un concert intime et festif, résultat de deux semaines d’apprentissage en tant que première partie de Mos Def : « J’ai énormément appris pendant cette tournée. Les débriefs de l’équipe après les concerts m’ont permis de progresser, et les critiques constructives ont changé ma façon d’être sur scène. »

Pour la première fois, le rap de James était accompagné de musiciens, une nouveauté dans le live qui devient alors presque rock, mais qui a suscité sa part d’imprévus : « Pour une ou deux chansons, le batteur n’avait plus de métronome en retour son. Les répétitions étaient compliquées, on n’a pas eu beaucoup de temps pour les balances… Un des micros s’est aussi débranché en plein milieu d’un morceau ! Malgré tout ça, c’était une expérience très émouvante, et tout s’est globalement bien passé. » Ces petits incidents ont même créé une certaine spontanéité sur scène, accentuée par les cris d’une foule composée principalement de proches de James, venus pour fêter son anniversaire. Une autre des nouveautés, c’est l’apparition de Kalash Criminel pour son featuring G.O.P, une surprise qui a embrasé la salle pendant tout le morceau.

Les amis du rappeur n’étaient pas seulement dans la fosse : sur scène, cinq premières parties se sont présentées au public. Pab the Kid, meilleur ami et collaborateur de James, mais aussi Varou, ou encore le duo Princesse. « J’ai choisi ces artistes d’abord parce que se sont tous des amis, rencontrés grâce à la musique, mais aussi parce que je crois profondément en leur projet. » Très ému par la présence de ses proches, James n’était pour autant pas perturbé une fois devant le public : « Autant je suis un grand sensible avant de monter sur scène, autant mon corps reprend le contrôle une fois que j’ai un micro dans les mains. Les montées d’adrénaline m’empêchent d’avoir la nausée, et même si j’étais vraiment prêt à pleurer, je ne pourrais jamais craquer sur scène. »

Ambitieux mais critique envers lui-même, James aimerait ajouter du liant entre ses morceaux. Si son principal objectif est de composer à nouveau, et de proposer au public des mashups et des transitions travaillées, il aimerait aussi travailler son attitude sur scène. « J’ai tendance à être distant, j’aimerais parfois être plus comme Pab, qui n’hésite pas à se mettre torse nu et à sauter partout. D’un autre côté, ce n’est pas mon caractère, et c’est pour ça que l’on se complète bien. »

« J’aimerais parfois être plus comme Pab The Kid, qui n’hésite pas à se mettre torse nu et à sauter partout © Jacques-Henri Heim

Jay-Z, Tyler the Creator et une super-maman

Pab fait partie de l’entourage proche de James, déjà parce qu’il est un ami, mais aussi parce qu’il prend une grande place dans ses projets. « On est au studio ensemble, mais on n’apparaît pas sur nos albums les plus récents. Pourtant, on garde nos meilleures prods pour notre projet commun. On se fait grandir mutuellement, même si Pab est moins critique envers moi que je ne le suis envers lui, tout simplement parce que c’est moi qui l’ai mené à la musique il y a trois ans. » Malgré cette grande proximité, James est conscient que leurs carrières doivent être individuelles, et que certaines choses doivent être vécues séparément.

La bienveillance de James n’est pas incompatible avec son côté réservé, presque distant, et ce même avec son plus proche entourage. « Je ne suis pas du tout du genre à partager les chansons que j’enregistre avec mes proches. Pire, je serais gêné d’entendre que mes parents écoutent mes morceaux quand je suis là. J’imagine qu’on est un peu tous comme ça dans ma famille, très pudiques. Pourtant, c’est un peu grâce à eux que j’ai pu me concentrer sur la musique ces deux dernières années. » En effet, c’est adolescent, alors accompagné par sa mère, que le jeune rappeur a pu découvrir ses idoles en chair et en os : Jay-Z, Mac Miller, Tyler the Creator ou encore Kendrick Lamar, qui l’ont inspiré à faire la musique qu’il compose aujourd’hui. « Quand j’ai décidé de prendre ma première année sabbatique alors que j’étais accepté dans une université anglaise en sciences politiques, mes parents m’ont soutenu dans ma décision. Pour eux, les études peuvent toujours se reprendre plus tard ! J’ai eu de la chance d’avoir ce genre de support moral. »

Un futur voyageur au sommet du rap game © Jacques-Henri Heim

Y a-t-il un rêveur dans l’avion ?

« J’ai toujours voulu être pilote de ligne. C’est vraiment un rêve, et je compte mettre assez de côté pour pouvoir commencer une formation. » Passionné d’avions, James the Prophet a la tête dans les nuages et les yeux qui pétillent quand il parle de voyage. S’il connaît bien New-York, puisque sa grand-mère y habite, il aimerait découvrir tous les pays du monde, quitte à vagabonder plutôt que s’installer quelque part : « Et si vraiment je devais choisir un endroit où poser mes valises, ce serait dans une petite île du Pacifique, le genre d’île perdue où tout le monde se connait. »

L’argent n’est pas un but en soi pour James, qui est plutôt en quête de stabilité financière. Grand angoissé, James veut gagner assez pour ne pas avoir peur de ne plus avoir de toit : « Avoir de l’argent, c’est un moyen de ne plus y penser, d’être libre. Et la liberté, c’est un réel objectif pour moi. » Après deux années sabbatiques et un début de carrière réussi, il ne se verrait plus faire un travail qui ne l’intéresse pas, et abandonner les sensations incroyables qu’il a eu l’occasion d’expérimenter.

S’il est profondément solitaire et attaché à ses moments de solitude, James a besoin de contact humain : « Plus tard, j’aimerais habiter avec plein d’autres personnes dans une sorte de grande colocation. Il faudrait que la maison soit assez grande pour que je puisse avoir mon espace à moi, mais je ne pourrais pas habiter seul ! » Un peu comme une résidence d’artistes, mais sans date de fin, dit-il en riant.

Un rappeur est demandé à la caisse automatique

James est un médiateur, c’est à dire une personnalité profondément altruiste et empathique. « Je suis rempli de contradictions, je suis calme mais anxieux, j’ai besoin d’être entouré, mais je suis très distant. Par exemple, j’ai horreur d’appeler les gens au téléphone, et je choisirai toujours la caisse automatique. Même si je pense être assez franc, j’ai trop peur de blesser les gens pour l’être complètement. »

Hypersensible, il a tendance a garder beaucoup de choses pour lui. Sa peur du conflit, mais aussi son empathie profonde et son refus de mettre mal à l’aise ses interlocuteurs, font de lui quelqu’un d’attentionné mais distant. « J’aime les gens posés, avec qui il est facile de discuter calmement, qui écoutent les autres. À première vue, mes amis ne sont pas vraiment proches de mon profil psychologique, ils n’ont pas ma sensibilité, mais ils me complètent extrêmement bien. Ils m’apportent ce grain de folie que je n’ai pas, et me sortent de ma zone de confort. » Mais cette différence de personnalité le fatigue très vite : « Par exemple, j’adore passer du temps avec Pab, mais je sais que je ne pourrais jamais habiter avec lui. D’un autre côté, ça ne m’intéresserait pas d’être ami avec des gens qui me ressemblent trop. »

La personnalité pleine de contradictions de James font de lui quelqu’un d’intéressant et intéressé. Pourtant, la solitude qu’il s’impose à lui-même le prend parfois au dépourvu, quand il rentre seul en métro après une fête par exemple. Son état d’esprit actuel, fatigué mais heureux, reflète à quel point James profite de cette période unique dans sa carrière et dans sa vie. On lui souhaite tout le meilleur.

Merci au photographe, Jacques-Henri Heim, pour ses clichés magnifiques. Merci à John de Odette & Aimé pour son accueil chaleureux.

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