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Rencontre avec YNDI, la voix d’un rêve brésilien

Rencontre avec YNDI, la voix d’un rêve brésilien

Luis Jachmann

Auparavant connue sous son alias Dream Koala, l’artiste franco-brésilienne a sorti son premier single Novo mundo en tant que Yndi. Son premier album sortira au printemps 2021.

Sa mère vient de Rio de Janeiro et son père vient de la région de Minas Gerais au Brésil. Yndi Ferreira da Silva n’y a jamais vécu. L’artiste a grandi à Paris, a vécu à Berlin pendant deux ans et le mal du pays l’a ramenée à Paris. Elle combine son expérience en France avec ses racines brésiliennes pour son renouveau après la fin de Dream Koala. Son nouveau projet est une rupture et une continuité de son passé en même temps. Son EP Introdução et son premier single Novo mundo donnent le ton : Yndi lance un projet coloré et bilingue.

Toujours là où on ne l’attend pas

Nous avons rencontré l’ex-Berlinoise dans le nord de Paris au premier jour du printemps, à la mi-février. Aux dreads blonds fièrement arborés dans son Colors Show, Yndi présentait à l’interview de longs cheveux avec des pointes bleues, blanches et vertes. Toujours là où ne l’attend pas, la chanteuse était fidèle à elle-même pour nous emmener vers de nouveaux horizons, côté soleil, côté Brésil, dans son univers.

Luis : Bonjour Yndi. Commençons par parler de ton premier single Novo Mundo et de son clip très poétique. On y suit l’odyssée d’un oiseau au lever du soleil. Comment a germé cette idée avec la réalisatrice Nina-You Giachetti ?

Yndi : J’avais envie de collaborer avec des artistes pour créer un projet d’animation. Je voulais créer tout un univers visuel en mettant des éléments de la culture brésilienne – comme la religion afro-brésilienne, d’une manière très imaginative et généreuse. Quand je voyage au Brésil, je passe beaucoup de temps avec ma grand-mère. Comme elle est très croyante, la spiritualité garde une place importante dans les souvenirs que j’en ai et ils se sont mêlés à mon imaginaire.

L. : Visuellement, le petit personnage de la vidéo te ressemble de façon frappante…

Y. : Ah bon ? C’est drôle ! Je ne l’avais pas vu comme ça. Dès le début la réalisatrice Nina-You Giachetti et moi-même savions que l’on voulait créer une aventure, mais on n’avait pas encore caractérisé les personnages. Je lui ai montré beaucoup d’images du Brésil et de dessins animés. Et Nina-You a intégré mes idées. Elle voulait faire un personnage en terre cuite. Finalement, elle a fait des tests de design. Je les ai adorés. Mais je n’avais pas pensé à moi. Peut-être que ce petit personnage est inspiré de moi.

L. : Tu chantes « Je connais ce lieu. Une illusion d’une autre vie. » Dans quelle mesure ta vie personnelle y figure ?

Y. : Quand j’écris des textes, j’essaie de ne pas trop intellectualiser. Pour ce passage-là, c’est parce que je crois à la réincarnation plus ou moins. Pas forcément d’une manière bouddhiste. Je crois qu’en tant qu’être humain, on a à l’intérieur de nous une partie d’autres choses qu’on a vécu, avant nous, mais qui sont présents dans notre esprit. Et même dans une seule vie, on peut avoir beaucoup de vies.

L. : Et puis tu chantes : « J’avais une autre vie. Je la vois dans mes rêves. » Tu as eu une autre vie musicale sous l’alias Dream Koala avant ce projet. Puis, tu as pris une longue pause musicale. Quel cheminement as-tu eu durant cette période ?

Y. : Je n’ai pas l’impression qu’il y ait une grosse rupture entre mon précédent projet et celui d’aujourd’hui. J’ai sorti beaucoup d’EP et de singles avant, mais je n’avais pas réussi à créer un univers qui tienne sur un album entier. Ça m’a pris beaucoup de temps pour arriver artistiquement à un niveau de satisfaction où je me dise : « Bon, je suis prête à sortir un album. » Maintenant je crois que mon projet est plus cohérent avec moi-même car j’ai décidé de parler de moi, de mes parents au Brésil, de réécouter des vieilles chansons que mes parents écoutaient.

« J’essaie toujours de produire quelque chose qui sonne comme rien d’autre. Mon but en tant qu’artiste est de proposer aux gens une expérience qui soit unique. » © François Quillacq
L. : Il y a six ans, tu disais : « Ma musique est un point de rencontre entre la musique électronique, la pop et la musique expérimentale. » Est-ce toujours le cas six ans plus tard ?

Y. : J’essaie toujours de produire quelque chose qui sonne comme rien d’autre. Mon but en tant qu’artiste est de proposer aux gens une expérience qui soit unique. Quand on admire quelqu’un, on veut le copier. Et même il faut s’inspirer des autres, je crois que le côté unique c’est la force d’un projet. Parfois ça arrive qu’il y ait des défauts que les gens adorent dans une musique. Par exemple, si quelqu’un avait ma voix sur un album je ne l’écouterais pas. Je le trouverais vraiment nul. Et très souvent on m’écrit des messages : « Ah, j’aime bien ta voix. » Ça me fait plaisir. Pour moi c’est un défaut que les gens aiment bien.

L. : En tant que Dream Koala tu chantais en anglais. Là tu chantes en français et en portugais. Pourquoi ce changement ?

Y. : Chanter en anglais me semblait naturel parce que j’admirais des chanteurs qui chantaient en anglais. Je n’ai pas pensé à écrire en français par exemple. Mais quand j’ai préparé mon nouvel album, au niveau de mes inspirations et de mes émotions, il y avait une limite du fait que l’anglais ne soit pas ma langue. Je n’avais pas le choix : pour aller plus loin, je devais choisir le français et le portugais. Les mélodies me viennent avant les textes quand j’écris, et certaines étaient en français et d’autres en portugais. C’est très bizarre. J’enregistrais sur mon téléphone (ndlr : Yndi chante un yaourt : « nanani-nanana »). Certains mots ressemblaient au français, d’autres au portugais.

L. : Tu rêves dans les deux langues ?

Y. : Je rêve surtout en français. Mais quand je suis avec ma famille, je rêve en portugais.

L. : Il me semble que le portugais ait l’avantage que tu puisses parler aux Brésiliens. Sous le clip de Novo Mundo, je lis des commentaires comme : « Profundo! Te amo, preciosa. » ou encore « Très beau clip. Magnifique. » Tu construis un pont entre Rio et Paris ?

Y. : J’adorerais ! C’est vraiment mon objectif. C’est assez difficile de s’exporter avec le français. Si je voulais avoir du succès au Brésil ou au Portugal, je ne peux pas seulement chanter en français. Et je me sens à la fois française et brésilienne. Quand je vois des messages en portugais sur Instagram, ça me fait super plaisir. Ça veut dire qu’ils apprécient ce que je fais.

L. : En tant que franco-brésilienne, cela te fait quoi de savoir Bolsonaro au pouvoir ?

Y. : C’est horrible ! Ma famille habite là-bas, elle est directement impactée par ça. C’est horrible de voir qu’un pays peut perdre tant de progrès en un an. Quand on arrête de défendre nos droits, on peut les perdre. Je trouve que ça fait peur. Quand Bolsonaro a été élu, le comportement de certaines personnes en France m’a énervée : personne ne voulait comprendre comment il est arrivé au pouvoir. Ils se sont contentés de dire : « Ah, les brésiliens sont bêtes. »

« Toute ma vie, je me suis sentie jugée sur mon apparence, mes vêtements, ce que je faisais. À Berlin, tout le monde s’en fiche. » © François Quillacq
L. : Outre Paris et Rio, Berlin a également joué un rôle important dans ta vie. Tu y as vécu pendant plusieurs années. Quel souvenirs de Berlin as-tu ?

Y. : Toute ma vie, je me suis sentie jugée sur mon apparence, mes vêtements, ce que je faisais. À Berlin, tout le monde s’en fiche. Les gens veulent juste vivre tranquillement leur vie. Au niveau artistique, il y a plus d’initiatives underground, dans le sens où les groupes vont faire des petits concerts dans des petits bars. Ça bouge dans tous les sens tandis qu’à Paris c’est plus réglementé. C’est plus propre, légal. D’ailleurs, j’ai aussi de la famille à Berlin. La communauté brésilienne y est grande là-bas.

L. : Tu parles des petits bars, des petits concerts. Quand le moment sera venu, où aimerais-tu jouer ? Tu préfères les concerts intimistes ou les grandes salles ?

Y. : Ce que j’aime dans les grandes salles c’est que l’on peut y placer ses idées d’artiste fou. On peut mettre des lumières, des costumes. Il y a beaucoup de gens, donc l’énergie y est spéciale. Mais j’aime autant ces deux types de concerts.

L. : Parlons de la suite : Novo Mundo est la première chanson de ton futur album. Pour ceux qui l’attendent comme nous, quand sortira t-il ?

Y. : Si tout va bien, l’album sortira en mai/juin. J’espère que ça sera comme dans les dessins animés quand on ouvre une porte sur un autre monde. C’est ça pour moi la musique. Il y aura du français et du portugais – tout sera mélangé.

L. : Pour terminer, c’est notre question signature chez Arty Magazine : quelle est ta définition d’un artiste ?

Y. : J’ai l’impression que l’on vit dans une société où pour dire que quelqu’un est artiste, il faut que l’on reconnaisse son talent. En France, si tu chantes les gens vont te juger : tu chantes bien ou tu ne chantes pas bien. Si tu chantes bien, tu es artiste. Si tu ne chantes pas bien, on va te dire d’arrêter de chanter. Moi, je pense que ce qui compte dans l’art, c’est ce que tu mets dedans. Si ça te fait plaisir, c’est ce qui importe.

Introdução de YNDI est disponible sur Spotify.

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