fbpx
En cours de lecture
Interview : Laura Cahen, une fille dans le vent

Interview : Laura Cahen, une fille dans le vent

Grâce à une écriture onirique et une production mêlant à la fois des rythmiques électroniques et des mélodies épurées, Laura Cahen nous transporte dans l’univers d’Une Fille, son second album réalisé par Dan Levy.

À travers son second album, Laura Cahen livre un manifeste évoquant la liberté, l’affirmation de soi et son fort attachement à la nature. Entourée de Dan Levy (ex-The Dø), l’artiste a été poussée dans ses retranchements pour en sortir le substrat, la substance même de sa sensibilité poétique. Sur des textes oniriques laissant la part belle au romantisme, cet album confine à la rêverie et à un univers où les émotions se lisent et se ressentent à travers les éléments de la nature.

Quelques jours avant la sortie de Une fille, nous sommes partis à la rencontre de Laura Cahen, une fille qui écrit « des textes en français, oniriques mais ancrés dans une certaine réalité sur une musique à mi chemin entre l’organique, l’électronique et la pop ».

Anoussa : Hello Laura. Ton album Une fille sort dans 10 jours. Comment te sens-tu ?

Laura Cahen : Je ne sais plus trop comment je m’appelle. J’ai super hâte. C’est toujours un sentiment un peu complexe parce que ça fait longtemps que je travaille sur cet album. L’écriture s’est étalée sur 5 ans. C’est à la fois irréel et à la fois très concret. Je suis très impatiente et en même temps un peu effrayée.

A. : Tu as travaillé avec Dan Levy qui a réalisé ce disque. Comment vous-êtes vous rencontrés ?

L.C. : J’adore son travail depuis très longtemps. Je suis très fan de The Dø et de ce qu’il a fait avec Jeanne Added. J’aime beaucoup ses musiques de films. Je rêvais de bosser avec lui mais je ne pensais pas que ça pourrait se faire. Par un heureux hasard, mon éditrice lui a fait écouter mes morceaux, il s’est intéressé, on s’est rencontrés et ça a matché. Le début de la collaboration s’est faite autour du titre La complainte du soleil qui s’est retrouvé au générique du film d’animation J’ai perdu mon corps sur lequel il bossait. Les planètes se sont alignées. Ça a été une belle première expérience qui nous a donné envie de poursuivre et de faire ce disque ensemble.

A. : Comment votre collaboration s’est déroulée ?

L.C. : Il a une manière de travailler singulière que je n’avais jamais vue jusqu’à présent. Il prend vraiment le temps de faire évoluer les choses, de discuter avec l’artiste et de faire des sessions espacées : 1 session de 2 jours, on se revoit 2 mois plus tard pour faire 3 jours de session. L’enregistrement du disque s’est donc étalé sur 2 ans parce que pour lui, c’est important de rentrer dans le processus créatif de l’artiste. Grâce à nos discussions, il a fait émerger d’autres façons de faire et j’ai ensuite composé les chansons suivantes de manière différente. Il a essayé de me bousculer, de me challenger, de me faire faire des chansons plus simples et directes. Je suis assez contente du résultat car ça a ouvert des perspectives même si je garde ma substance. Il m’a aussi fait évoluer sur ma manière de chanter.

A. : C’est-à-dire ?

L.C. : Je me cachais derrière des formulations et des fioritures. Il a essayé de rendre ma façon de chanter, de composer et d’écrire la plus brute possible. Je me créais un personnage – au niveau visuel et au niveau de la voix – un peu lyrique, d’un autre temps. Il a réussi à me faire prendre conscience de cet aspect parce que je n’avais pas conscience que je chantais de manière si lyrique, je ne l’entendais pas. Cette collaboration a été bénéfique et je suis très fière de ce disque.

A. : Comment avez-vous travaillé la production de l’album ?

L.C. : On est partis de l’essence des guitares/voix ou des pianos/voix. Parfois, il me provoquait pour me faire sortir des choses. Quand je pensais une chanson avec un piano, il me faisait prendre une base de guitare et inversement. Avec Dan Levy, il faut que ça vienne tout de suite. Grosso modo, on faisait un morceau et à la fin de la journée, l’arrangement devait être terminé et la chanson devait se tenir. Quand il ne sentait pas la chanson, il passait à une autre. Sur La Jetée, qui est une chanson qui me tenait à cœur, j’ai eu peur parce qu’on y est revenus à plusieurs reprises. Puis, une idée en amenant une autre, ça a fini par le faire.

Laura Cahen plein soleil, sous l’objectif d’Anoussa Chea
A. : Dans l’écriture, on ressent quelque chose de très organique. Tes textes et les titres de tes chansons font quasi systématiquement référence à la nature avec Les Ronces, La Jetée ou Nuit forêt

L.C. : Il est beaucoup question de nature, de romantisme. J’associe toujours les émotions aux éléments, à la nature. Je les rapporte à quelque chose de plus romantique. C’est comme ça que je ressens les choses. J’ai du mal à mettre des mots sur les émotions. Je trouve qu’il y a plein d’images dans la nature qui se rapprochent de ce qu’il y a à l’intérieur de notre corps : l’orage, la tempête, une mer d’huile, ça fait écho et ça m’inspire.

A. : Ton album s’appelle Une Fille. Qui est cette fille ?

L.C. : Une fille, c’est moi, c’est celle que j’aime, ce sont toutes les filles, c’est ma mère, c’est la sœur que je n’ai pas eu, ce sont mes héroïnes de films, ce sont toutes les femmes victimes de féminicides. Je suis terrorisée par ça et j’ai envie de m’inscrire dans ce combat.

A. : D’ailleurs, tu t’entoures de beaucoup de femmes…

L.C. : Sur scène, je suis accompagnée de 2 musiciennes : Zoé Hochberg et Audrey Henry (batterie, basse et claviers). Aujourd’hui, j’ai envie de mettre en valeur, le plus possible, les femmes autour de moi à des postes où ce n’est pas encore assez commun : sur scène, à la technique, dans mes clips. Je n’en fais pas une exclusivité car je privilégie toujours l’artistique, mais si je peux, je le fais parce que c’est important.

A. : Dans ton album, on retrouve un équilibre entre des morceaux à la fois très produits mais également des morceaux beaucoup plus épurés et minimalistes…

L.C. : Certains morceaux avaient une énergie bouillonnante, tendue avec une urgence, ça se ressentait déjà dans la composition des titres de La Jetée, Désarmée et Cavale par exemple. D’autres titres étaient plus mélancoliques. C’est sorti de cette manière, je n’ai pas pensé les choses en amont. Ça reflète aussi assez ma personnalité. Je suis quelqu’un d’assez réservé et timide mais en même temps ça bouillonne à l’intérieur.

A. : La chanson Coquelicot est en duo avec Yael Naïm. Comment est née cette idée de collaboration ?

L.C. : J’ai écrit cette chanson dans un camion pour aller à Berlin. Cette chanson est celle qui m’est venue le plus vite. Ça a été une fulgurance. J’ai écrit la première phrase et en 30 minutes, j’avais toute la chanson et la mélodie en tête et elle n’a plus bougé.

 

J’ai rencontré Yael Naïm au Centre Chorégraphique National de Grenoble où on était invitées pour réaliser une performance. J’ai chanté deux chansons dans une pièce avec une scénographie particulière. Yael et moi chantions dans des pièces qui étaient voisines. On s’est très bien entendues. Je l’ai trouvée incroyablement humble et bienveillante. J’ai eu envie de partager Coquelicot avec elle parce que le morceau me faisait un peu penser à elle. Je suis très admirative – on peut même dire fan – j’adore ce qu’elle fait, c’est une femme exceptionnelle.

A. : Dans tes live sessions, les arrangements électro sont très présents ce qui donnent une envergure différente à tes morceaux…

L.C. : Quand on est musicien, on est assez curieux de plein de choses. Je n’avais pas envie de me cantonner à une guitare voix. Sur les live sessions, je ne peux malheureusement pas toujours être entourée de mes musiciennes donc j’essaie de trouver des solutions pour palier à leur absence et pour que ce soit dansant. Et puis, j’aime bien l’électro tout simplement ! J’aimerais pouvoir faire danser les gens.

A. : On arrive à la fin de notre interview avec notre question signature chez Arty Magazine. Quelle est ta définition d’un artiste ?

L.C. : Woah ! C’est vachement dur comme question ! Un artiste, c’est un rêveur qui peut transformer les choses de la vie courante, du quotidien en matière vivante et organique et qui essaie d’ouvrir son âme pour toucher celle des autres.

Une Fille de Laura Cahen est disponible sur Spotify.

© 2021 Arty Magazine. Tous droits réservés.

Retourner au sommet