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Entretien avec Arnaud Rebotini : « L’artistique est très lié à la notion de liberté et de libération »

Entretien avec Arnaud Rebotini : « L’artistique est très lié à la notion de liberté et de libération »

Tandis que l’on peut tirer une croix sur nos soirées du week-end (coucou Covid), on t’emmène au royaume de la nuit avec Arnaud Rebotini. Deux ans après avoir reçu son César pour la BO de 120 BPM, le grand producteur tiré à quatre épingles nous a reçu pour évoquer sa passion du cinéma, des machines et de la scène.

Marin : Bonjour Arnaud. Peux-tu me raconter comment as-tu élaboré cette configuration live à 360° ?

Arnaud Rebotini : C’est parti de l’idée d’un live totalement vintage, c’est-à-dire sans ordinateurs et avec seulement des synthétiseurs, comment on l’avait conçu dans les années 80. L’objectif était de faire un live qui soit transportable à deux ou trois personnes et installable partout. J’ai choisi mes instruments qui ont un peu évolué avec le temps et l’installation a été réfléchie en 360°. Ça remonte à une quinzaine d’années, mais ça a bien été imité depuis (rires).

M. : Quelles machines joues-tu sur scène ?

AR. : Les machines tournent mais je laisse les gros synthétiseurs analogiques en studio. En ce moment il y a un Prophet 5, un Jupiter-8 et un Pro-One sur lequel beaucoup de morceaux sont basés.

M. : Il y a une forte iconisation de l’objet instrumental dans le rock. Est-ce que tu as cette approche du synthétiseur en tant que musicien électro ?

AR. : C’est quelque chose qui est venu assez tardivement, parce qu’avant les synthés étaient vus par les rockeurs comme « j’appuie sur un bouton et ça joue tout seul. » Maintenant ces instruments sont devenus cultes et j’en ai été en partie le précurseur avec la pochette de Music Components et tous les synthétiseurs en photo façon manuel d’utilisateur. Aujourd’hui les gens trouvent cette pochette géniale, mais à l’époque les synthés analogiques intéressaient seulement trois geeks.

M. : Tu ressens que la musique électronique peut traverser les générations ?

AR. : La musique électronique évolue assez peu et comme le set est énergique, ça plait beaucoup en soirée. Hier, il y a un jeune qui me disait : « Je suis hyper fan de vous et mon père aussi. » C’était drôle et plutôt agréable.

M. : Parlons studio et de ton EP Fix Me. Comment est-il né ?

AR. : C’est la musique du spectacle chorégraphique d’Alban Richard et moi j’avais à épouser la dramaturgie, c’est-à-dire des idées de tempo et d’intensité. Il y a un morceau bonus qui a été abandonné par choix artistique.

M. The Great Preacher, Substance Doctrinale… Beaucoup de morceaux portent une thématique spirituelle ?

AR. : Le spectacle s’appelle Fix Me et s’articule autour de prêches évangélistes de femmes afro-américaines que le public n’entend que partiellement. Effectivement, il y a cette thématique religieuse.

M. : Tu multiplies les projets de BO notamment avec Robin Campillo dans le cinéma. Est-ce une envie que tu avais depuis longtemps ?

AR. : J’avais participé en 2003 à la bande-originale de Novo de Jean-Pierre Limosin, parce qu’il manquait un morceau final un peu romantique. J’attendais en me disant : « Quand est-ce qu’on m’appellera de nouveau pour une BO ? » (rires). Ensuite Robin est venu m’appeler pour son second film Eastern Boys.

M. : Quelle est ta part de créativité dans les commandes ?

AR. : C’est assez difficile à dire. Robin Campillo est assez directif et connaît bien ma musique dans tout ce que je peux écrire : clarinettes, flûtes… Il me donne pas mal d’éléments pour composer précisément. Comme il vient piocher dans ma grammaire, c’est facile de trouver le juste équilibre.

M. : J’ai beaucoup accroché à la BO du film Curiosa qui change de tout ce que tu as pu proposer avant. Tu me parles du processus de création ?

AR. : Je suis arrivé quand le film était pratiquement monté, contrairement aux projets de Robin Campillo où toutes les musiques sont écrites avant. Des musiques comme du Kraftwerk étaient ajoutées pour indiquer l’intention. En général, j’aime m’attaquer tout de suite à un moment-clef du film qui définit le reste de l’instrumentation. Y compris en choix d’instruments, je vois le film en couleurs. Par exemple, j’ai utilisé beaucoup de cors, de clarinettes et de basses dans la BO du Le Vent Tourne qui évoquent les forces de la nature et la campagne où se passe le film. Ensuite je vais chercher de la légèreté avec la harpe qui image le vent.

M. : Est-ce que le fait que Curiosa soit un grand récit littéraire, érotique, et philosophique a été une source d’inspiration ?

AR. : Totalement, c’est un mélange de musique impressionniste du début du siècle avec quelques références à Debussy, et la réalisatrice Lou Jeunet voulait apporter quelque chose de décalé par l’électronique. C’est ce que j’ai fait.

M. : Ma dernière question est la tradition chez Arty Magazine. Quelle est ta définition d’un artiste ?

AR. : Un artiste est quelqu’un qui jouit d’une grand liberté qu’il a gagné en pouvant vivre de sa passion. L’artistique est pour moi très lié à la notion de liberté et de libération.

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